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Thierry Tareau

Consultant transformation digitale - Business developer

Responsable Innovation
Business developer
Chef de projet digital
Consultant transformation digitale
Veille stratégique, technologique et nouveaux usages
Thierry Tareau
65 ans
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Sucy en Brie (94370) France
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L'IA impose ses exigences
20 sept. 2026
Gartner
Les traditionnelles prédictions stratégiques annuelles de Gartner sont, pour 2027 et au-delà, exclusivement consacrées à l'intelligence artificielle. Cependant, ce qui me surprend le plus est le prisme retenu : il n'est pratiquement question que des défis et des contraintes qu'elle imposera aux entreprises et non des opportunités qu'elle leur offre.

Dans ce dernier registre, les analystes ne retiennent que deux propositions. L'une, élémentaire, concerne l'irruption de l'IA « physique » aux côtés des employés, que ce soit sous forme de robots à proprement parler ou de véhicules autonomes, de drones et autres appareils interagissant avec leur environnement. En la matière, une recommandation notable porte sur les impératifs de sécurité, qui devraient être placés en tête des préoccupations. La seconde est indirecte puisqu'elle esquisse l'émergence d'une activité de distribution d'énergie dans les grands groupes qui déploient leurs propres capacités de production face aux besoins engendrés par leur usages.

Une idée intéressante, qui changerait radicalement le fonctionnement des directions informatiques, touche aux nouvelles méthodes de développement logiciel. Il ne s'agit pas ici uniquement de considérer les impacts sur la programmation, dont l'assistance constitue un des premiers cas de mise en œuvre de l'intelligence artificielle, mais aussi du changement de perspective sur le patrimoine applicatif que son efficacité induit : d'ici 2029, 80% des applications générées seraient jetables, par conception, en réponse à des demandes ponctuelles ou pour une adaptation rapide à un contexte mouvant.

Dans la catégorie des challenges, ensuite, Gartner voit apparaître une classe d'acteurs opérant nativement via l'IA, ce qui leur procure la faculté de mettre sur le marché des produits personnalisés à grande échelle qui déstabiliseront les organisations restées à la traîne de la tendance, notamment par leurs conséquences sur la fidélité de leurs clients… et de leurs collaborateurs. Ce genre de prophéties est classique de l'exercice, mais elle a le mérite d'insister sur l'importance, indiscutable, de l'innovation et, en arrière-plan, de la nécessité de définir un cadre qui la stimule continuellement.

Gartner – Prédictions Stratégiques 2027

Mais les aspects financiers sont ce qui inquiète le plus le cabinet. Si la problématique des coûts directs du recours à des modèles intelligents est désormais relativement bien intégrée, divers risques périphériques sont également à envisager, tels que les attaques par épuisement de tokens – quand des personnes malintentionnées abusent de services exposés au grand public afin de provoquer une consommation excessive de ressources – et le débordement de capacité – quand les utilisateurs légitimes exploitent de plus en plus massivement des agents pour exécuter leurs tâches automatiquement.

La défense passera par la mise en œuvre d'une gouvernance spécifique. À un niveau tactique, il faudra installer des solutions de suivi et de contrôle en temps réel, fournissant un socle de pilotage aux décideurs. À un stade plus stratégique, ces outils devront être aptes à un rapprochement avec une mesure du retour sur investissement, et donner ainsi de la visibilité sur la valeur réelle dégagée par les initiatives, afin, le cas échéant, d'engager les arbitrages nécessaires. Dans ce but, 6 entreprises sur 10 disposeraient en 2029 d'une fonction dédiée à cette surveillance de l'équilibre coûts-bénéfices de l'IA.

Enfin, il restera à traiter le (vaste) sujet de la responsabilité qui, dans certains secteurs, dont le secteur financier, relève aussi d'un enjeu réglementaire. Pour Gartner, le directeur informatique ou, si le poste existe, le directeur de l'intelligence artificielle devra assumer cette charge supplémentaire de définition des règles applicables et se porter garant de leur implémentation effective. Dernière note, toujours dans ce domaine, ce sont les assureurs et non les régulateurs qui en établiront les normes, à travers les contraintes qu'ils édicteront pour offrir une couverture abordable à leurs clients.

En conclusion, les firmes qui aujourd'hui se concentrent sur des expérimentations avec l'IA, en essayant de déterminer comment elle peuvent tirer parti de ses opportunités, ont tout intérêt à se pencher au plus tôt sur le cadre général dans lequel elles devront se projeter quand elle sera devenue une composante stratégique de leurs infrastructures.
L'éducation financière en question, toujours
19 sept. 2026
PNC Bank
Fortement investie dans la distribution de services d'aide au bien-être financier des salariés, PNC réalise une enquête annuelle afin d'évaluer la situation et les attentes de ces derniers. L'édition 2026 révèle que, alors qu'ils s'estiment en mesure de gérer leurs flux au quotidien, ils manquent totalement de préparation pour leurs grands projets de vie.

Les études se succèdent et, qu'elles soient menées aux États-Unis ou ailleurs dans le monde, leurs résultats sont invariablement identiques. Celle-ci adopte une démarche extrêmement concrète qui met en lumière quelques conclusions saillantes : par exemple, 7 personnes interrogées sur dix affirment savoir ouvrir un compte d'épargne, tandis qu'un tiers seulement de l'échantillon possède les compétences économiques et financières élémentaires (telles que l'impact de l'inflation sur leur cagnotte).

Interrogés sur leur perception de leur avenir, de sérieuses inquiétudes émergent chez les collaborateurs des entreprises. Pour ne citer que ce sujet spécifique, partagé par tout le monde (ou presque), moins de la moitié des sondés (45%) se déclarent confiants pour leur retraite… quand trois quarts de leurs employeurs croient qu'ils se sentent prêts, au moins en partie. Seuls ceux qui ont la chance – ou les moyens – de disposer d'un accompagnement professionnel dédié exhibent une certaine assurance en la matière.

Au-delà des statistiques consternantes mais récurrentes à propos des effets sur l'efficacité au travail du stress vis-à-vis de l'argent, voilà précisément ce qui ouvre une perspective légèrement différente sur les lacunes de littératie financière des populations. Elles ont des conséquences d'autant plus délétères qu'une majorité d'individus a l'illusion de maîtriser son porte-monnaie. Le rapport ne l'aborde (évidemment) pas mais je considère que les banques ont une responsabilité dans ce désastre.

PNC – Financial Wellness

Je pense particulièrement à la manière dont ses métiers sont abordés par l'industrie avec son audience. Si j'exclus le suivi des opérations courantes, sur lequel les clients se déclarent justement plutôt à l'aise, les acteurs présentent (presque) exclusivement des produits, que ce soit sur leurs plates-formes « digitales » ou par la voix d'un « conseiller » (qui n'est souvent qu'un simple vendeur). Assortis de caractéristiques brutes, ils laissent supposer qu'une bonne gestion de finances personnelles se résume à choisir le bon support, sans requérir d'en comprendre le fonctionnement ni d'en mesurer l'adéquation (ou non) au besoin qu'ils cherchent à satisfaire.

Raison pour laquelle je milite pour une éducation financière immersive. Les programmes pédagogiques autonomes, décorrélés de la réalité de l'apprenant, n'ont qu'une portée limitée, à la fois parce qu'ils paraissent trop théoriques et parce qu'ils sont décalés par rapport aux messages implicites des fournisseurs. Apporter une information complète et personnalisée, avec toutes les explications nécessaires en vue d'en appréhender toutes les dimensions, dans le contexte de la recherche d'une réponse à un besoin ou d'un conseil authentique, est la seule approche valable.
Une IA pour remplacer les actuaires
18 sept. 2026
Huscarl
Huscarl, qui vient d'opérer une première levée de fonds au début du mois, s'attaque à une forteresse historique de l'analyse de données : l'actuariat. Elle développe en effet, à l'intention des entreprises auto-assurées, des outils d'intelligence artificielle capables de calculer des projections de pertes et de primes sur des scénarios personnalisés.

Bien sûr, il n'est pas question – en tous cas pour l'instant (?) – de remplacer les experts qui, dans les compagnies, affinent presque quotidiennement les évaluations de risques sur les produits courants de l'industrie avec des modèles mis au point et étalonnés sur de longues années. En revanche, la jeune pousse (française) défend ses atouts pour s'implanter dans des domaines plus spécialisés, tels que ceux que prennent en charge les entités captives, correspondant fréquemment à des besoins atypiques.

Huscarl propose ainsi de réaliser des études de faisabilité ad hoc ou bien de construire un véritable plan d'affaires pour une couverture donnée. À partir d'informations plus ou moins riches et d'une description des attentes, ses algorithmes vont élaborer un dossier d'étude sur cinq ans, illustrant l'équation économique d'un projet, y compris en conditions extrêmes, ou bien estimer le coût à prévoir, ligne par ligne, prenant même en compte les évolutions structurelles, par exemple autour des aléas liés au changement climatique.

Dans une large mesure, la startup cherche plus à combler les niches dans lesquelles les professionnels ne peuvent s'engager qu'à remplacer le travail des actuaires, ce qui explique son positionnement. Elle promet notamment, de manière explicite, de fournir des résultats exploitables sur des risques que les acteurs traditionnels ne veulent pas considérer ou, du moins, pas avec le niveau de personnalisation souhaité, que ce soit par manque de données de référence ou en raison de leur mauvaise qualité.

Accueil Muscarl

Aujourd'hui, vus de l'extérieur, les actuaires représentent une élite intouchable dans l'univers de l'assurance. Pourtant, ils ne seront pas épargnés par la révolution de l'intelligence artificielle, bien au contraire. Leurs compétences en matières de statistiques sont évidemment parmi les plus exposées à l'automatisation… et, conscients du progrès, ils ont su s'approprier les générations précédentes de science de données en vue de décupler leur efficacité. Désormais, c'est le second pan de leur savoir-faire qui est menacé : la compréhension des sous-jacents d'un risque et d'une couverture. Certes les IA n'en ont pas une réelle perception mais elles sont néanmoins en mesure de les capturer dans des documents ou autre sources d'information et cette capacité peut probablement suffire à reproduire une expertise convaincante.
AmEx rêve de banque
17 sept. 2026
American Express
Entre autres sous la pression concurrentielle qu'elle subit de toutes parts, American Express recherche depuis quelques années des relais de développement. Dans ce contexte, après le lancement d'un compte de dépôt à l'intention du grand public en 2022, elle enrichit maintenant son offre de services bancaires destinée au marché des entreprises.

Conçue en priorité, quoique sans exclusivité, pour les membres de son réseau d'acceptation, la nouvelle gamme « Business Banking » de la firme complète donc le compte de dépôt déployé récemment avec un compte d'épargne à rendement élevé, sans frais. L'ambition sous-jacente est claire… et, franchement, peu originale, puisqu'elle parle de proposer aux PME des solutions de confiance leur permettant de piloter leur activité de manière plus efficace, en particulier en ce qui concerne leur trésorerie.

L'évolution n'en est qu'à ses débuts. AmEx promet ainsi, pour le début de l'année prochaine, d'intégrer à son catalogue un module de gestion de paye, en collaboration avec le spécialiste en la matière Gusto. Le principe consiste classiquement à fournir aux responsables de structures les moyens de résorber une de leurs plus grandes sources de frustration, validée, en l'occurrence, par une enquête, notamment dans sa dimension de suivi et de visibilité autant que du point de vue de la rationalisation du traitement.

American Express Business Banking

La démarche de l'américaine fait directement écho à une tendance observée jusqu'à maintenant surtout dans les jeunes pousses de la FinTech, qui consiste à étendre son périmètre de compétences à d'autres produits bancaires dès que les perspectives de progression dans la niche occupée initialement commencent à se tarir. Dans une conjoncture incertaine, la méthode fait particulièrement sens pour American Express qui peut espérer financer à coûts maîtrisés son métier d'origine dans le crédit grâce aux dépôts collectés avec ses comptes courants et d'épargne, comme une vraie banque.

En revanche, comme avec chaque expansion de ce genre, je m'interroge : quels arguments différenciateurs peut brandir l'établissement face à une concurrence déjà nombreuse, souvent plus avancée en matière d'expérience client, du côté des nouveaux entrants, ou disposant d'un catalogue beaucoup plus riche, susceptible de mieux répondre à des besoins spécifiques, chez les acteurs historiques. Au-delà de la promesse générique de simplifier la vie des entreprises, AmEx n'a que des avantages relativement triviaux à défendre, cashback sur les dépenses et rémunération attractive.
Des IA pour les conseillers financiers
16 sept. 2026
Claude
Coup sur coup, OpenAI puis Anthropic ont présenté leurs solutions d'intelligence artificielle générative à l'intention des conseillers financiers. Au milieu de la frénésie pour les agents IA, leurs prétentions, largement circonscrites à la documentation, paraissent timides : l'extrême prudence qui règne dans le secteur impose ses conditions.

Pour être précis, les annonces des deux firmes ne concernent pas exactement les mêmes populations : la déclinaison de ChatGPT s'adresse plutôt aux équipes de banque d'investissement tandis que celle de Claude est véritablement dédiée aux professionnels de l'accompagnement des particuliers. J'estime néanmoins intéressant de constater à quel point les approches s'avèrent similaires et, finalement, portent sur un périmètre contraint qui, en pratique, en limite la valeur en tant qu'offre tierce.

Les solutions visent ainsi un même objectif de simplifier les phases documentaires et préparatoires au travail des spécialistes. Dans cette perspective, l'accent est mis sur les connecteurs pré-intégrés, qui permettent à l'IA d'accéder directement et de manière aussi transparente que possible (donc sans requérir des configurations techniques parfois complexes) aux sources d'information habituelles de ses utilisateurs. À partir de cette matière, elle réalise les tâches administratives classiques de son audience cible.

Pour ChatGPT, qui rattrape ici son grand concurrent sur un produit datant de plus d'un an, il s'agit de produire des documents d'analyse financière – sous divers formats, y compris graphiques, adaptés aux chartes de chaque client, le cas échéant – en combinant des sources multiples et en opérant sur des dimensions variables (statique, temporelle…). Naturellement, OpenAI insiste sur les garanties de sécurité et de confidentialité qu'elle engage vis-à-vis des données ingérées par son modèle.

L'IA pour les Conseillers Financiers

Du côté de Claude, c'est une batterie de fonctions unitaires qui est mise à la disposition des conseillers, également dans l'optique de faciliter leur quotidien : études préalables à un entretien, portant, selon les cas, sur les investissements alternatifs, sur les aspects réglementaires, sur la fiscalité, la revue des équilibres du portefeuille… Les protections sont partiellement automatisées, par exemple le contrôle des exigences de la SEC sur les communications aux clients, ou déléguées à l'humain, dont la validation est requise pour les livrables potentiellement sensibles (notamment s'ils sont partagés).

En synthèse, les géants de l'IA proposent à l'industrie de la finance des outils qui se contentent d'implémenter les « basiques » de l'intelligence artificielle générative dans ses métiers, à savoir, en simplifiant le concept, l'acquisition d'information, son traitement, et la restitution de contenus dérivés plus ou moins originaux. Cette démarche évite certes les inquiétudes suscitées par des modèles qui élaboreraient des stratégies d'investissement ou émettraient des recommandations. Mais ne correspond-elle pas à ce que les institutions construisent déjà en interne depuis quelques temps ?
KBC propose un ange gardien contre la fraude
15 sept. 2026
KBC
La fraude bancaire provenant de plus en plus de manipulations sociales et non d'attaques technologiques, KBC généralise, après quelques mois d'une expérimentation concluante, un nouveau système de protection pour ses clients – notamment les plus vulnérables, mais pas seulement – basé sur la relation humaine et la confiance.

Le principe, que l'établissement belge se déclare officiellement disposé à partager avec l'industrie, s'avère simple. Le détenteur de compte, préalablement sensibilité, commence par désigner un ange gardien, à savoir une personne, en général de son entourage, susceptible de lui prêter assistance en cas de besoin. Dès lors, lorsque les mécanismes de défense de la banque détectent une transaction suspecte, le contact sélectionné est interpellé afin de vérifier sa légitimité avant qu'elle ne soit effectivement exécutée.

La mise en place et le fonctionnement du dispositif sont eux-mêmes sécurisés. La configuration initiale ne peut ainsi se réaliser qu'en proximité : l'activation à partir de l'application mobile affiche un QR code que le délégataire doit capturer pour la finalisation de l'opération. Ensuite, en cas d'incident, le transfert est suspendu jusqu'à ce que son émetteur et son ange gardien aient tous deux fourni leur confirmation, de préférence après avoir échangé entre eux, selon le scénario privilégié par KBC.

Cet aspect fait la différence avec les solutions proches, plutôt destinées au contexte des personnes dépendantes et à leurs aidants, que quelques autres acteurs – jeunes pousses, la plupart du temps – ont pu déployer précédemment, dans lesquelles un ou plusieurs observateurs externes se voient octroyer la possibilité de surveiller les mouvements d'argent de leur protégé(e), de manière plus passive. Ici, la confidentialité reste en outre globalement préservée, seuls les cas problématiques étant divulgués.

KBC – Ange Gardien

Le procédé comporte cependant une étape dont je ne comprends pas l'utilité. Alors que l'analyse des flux et l'identification des fraudes sont entièrement automatisées, jusqu'à l'envoi d'une notification à l'ange gardien, les équipes centrales de suivi de la fraude dans la banque appellent ce dernier pour lui demander de contrôler l'alerte. Cette sollicitation semble redondante et sans grande valeur ajoutée, potentiellement irritante pour son destinataire, et probablement coûteuse à mettre en œuvre.

Afin de justifier son initiative, KBC décrit une mésaventure survenue durant la phase pilote, organisée avec 2 000 cobayes, dans laquelle un de ses clients était en passe de perdre ses économies et a été « sauvé » par sa fille tandis qu'il était encore en communication avec son « assaillant », qui le pressait de réaliser un virement à son profit. Il ne fait guère de doute que le concept revêt une certaine efficacité pour un effort d'implémentation relativement raisonnable. Mais, comme bien des services anti-fraude, il n'a de valeur que si les consommateurs l'adoptent. L'enjeu sera de les convaincre.
Toyota prépare une fausse conduite autonome
14 sept. 2026
Toyota
La course à la conduite 100% autonome est lancée un peu partout dans le monde et les constructeurs automobiles traditionnels essaient d'éviter de se laisser distancer. Toyota annonce ainsi son entrée dans la danse d'ici 2028… mais son refus d'assumer toutes ses responsabilités risque de gêner consommateurs et assureurs.

Sa fébrilité face à la pression explique probablement pourquoi la firme veut démontrer qu'elle sera au rendez-vous de la prochaine grande avancée technologique de son secteur alors qu'elle n'est visiblement pas prête. Pour commencer, il n'est donc question d'un lancement officiel de son dispositif autonome que dans 18 à 24 mois et uniquement sur sa gamme de luxe Lexus, ce qui lui permettra de mieux maîtriser le déploiement que sur des modèles commercialisés par centaines de milliers d'exemplaires.

Beaucoup plus gênant, elle déclare qu'elle veut proposer un système capable de prendre en charge la conduite sans aucune assistance humaine, ce qui, en jargon technique, correspond à une automatisation de niveau 4, mais elle se contentera d'une classification officielle de niveau 2++, qui impose au conducteur de rester vigilant et d'être prêt à reprendre le contrôle à tout moment. Un module de suivi du comportement du véhicule est même prévu pour lui restituer les commandes dès que nécessaire.

Concrètement, ce choix de prudence implique que l'entreprise dégage sa responsabilité en cas d'accident, celle-ci étant reportée sans équivoque sur la personne installée au volant au moment des faits. Évidemment, il ne va pas inspirer une grande confiance chez les clients de la marque, ce qui constituera un handicap majeur dans l'adoption de la conduite autonome et, par rebond, dans la compétition concurrentielle, d'autres acteurs allant jusqu'à couvrir eux-mêmes les éventuels sinistres.

Toyota – Autonomous Driving

La position des assureurs dans ce futur paysage pourrait devenir intéressante à observer. Étant contractuellement engagés derrière le conducteur, ce sont eux qui, in fine, portent le risque. Se satisferont-ils des artifices de Toyota ou bien seront-ils tentés de contester son attitude, notamment quand ses discours admettent implicitement que son logiciel de pilotage est susceptible de commettre des erreurs, qu'il laissera le soin à un humain de rectifier tant bien que mal, potentiellement dans l'urgence ?

La situation a bien sûr le temps d'évoluer avant la concrétisation de la promesse de Toyota (qui pourra également changer d'avis d'ici là) mais la démarche offre une perspective supplémentaire sur les enjeux de l'assurance automobile de demain. Pour une bonne partie des spécialistes (la majorité ?), la responsabilité de la conduite autonome incombe au constructeur (ou à son fournisseur de logiciel). Mais qu'arrivera-t-il s'il refuse de l'assumer ? Ses voitures seront-elles exclues, donc invendables ?
La banque privée au-delà de la banque
13 sept. 2026
Citi
Comme en écho à la récente enquête de McKinsey sur l'évolution des attentes des clients de la gestion de patrimoine, Citi Wealth ajoute à sa palette de services l'accès à une sélection d'entreprises et d'experts dans sept domaines extra-financiers prioritaires, parmi lesquels les nouveaux enjeux technologiques occupent une place prépondérante.

La banque privée affirme observer la même tendance que le cabinet de conseil : les familles (notamment à travers leurs « family offices ») et les personnes qu'elle sert demandent plus que le pilotage de leur fortune et de leurs biens. Elles souhaitent également être accompagnées dans leurs besoins opérationnels ou dans leurs choix de vie et semblent considérer que leur partenaire financier pourrait assumer ce rôle.

Avec The Specialist Collection, Citi veut donc répondre à ces aspirations. Il n'est cependant pas question pour elle de se lancer dans des aventures tous azimuts, sur des thématiques où elle ne possède aucune expérience ni la moindre légitimité. Alors, elle se fait intermédiaire à forte valeur ajoutée, sans coût supplémentaire, en recherchant les meilleurs fournisseurs disponibles sur les différents métiers qu'elle veut couvrir et, apparemment, en se positionnant ensuite comme entremetteuse pour leur sollicitation.

Si, comme je l'imagine, les secteurs d'intervention retenus sont aussi issus d'une étude attentive des requêtes – latents ou explicites – des clients, ils reflètent des préoccupations qui méritent certainement l'attention. Il n'y a certes guère de surprise à retrouver dans la liste des catégories telles que les voyages personnels et l'aviation, le conseil en matière de santé et de bien-être, le recrutement de dirigeants (pour la sphère professionnelle), la sécurité physique individuelle et autres du même acabit.

En revanche, l'époque contemporaine marque clairement son empreinte avec deux spécialités : l'assistance technologique et la cybersécurité. La première, qui s'adresse principalement aux « family offices », constitue probablement l'indicateur d'une volonté de moderniser les méthodes traditionnelles de gestion de ce genre de « boutique »… qui, à n'en pas douter, exercera à son tour un impact sur la manière dont la banque privée interagit avec ces clients. Des changements de comportement sont prévisibles.

De son côté, la cybersécurité devient un sujet incontournable pour tout le monde et les plus nantis ne sont évidemment pas immunisés. Au contraire, ils peuvent représenter des cibles privilégiées et leur situation particulière exige des moyens de protection adaptés, ultra-personnalisés et aussi peu intrusifs que possible. Indépendamment des efforts de défense de leur banque sur ce qui est sous son contrôle plus ou moins direct, la mise en œuvre d'une couverture efficace constitue un impératif de notre temps.

Avec cette offre gratuite, Citi ne développe pas son modèle économique. Son objectif est ailleurs : dans un contexte de transformation progressive de la gestion de patrimoine et des attentes de sa clientèle, il s'agit avant tout de renforcer la confiance et le sentiment de proximité. Ceux-ci sont ainsi une composante sous-jacente de la prise en compte de demandes aujourd'hui mal satisfaites, notamment hors du champ financier.

Citi Wealth
RBC aux petits soins pour les nouveaux arrivants
12 sept. 2026
RBC
Contrairement à son grand voisin et à la plupart des pays du monde, le Canada reste à ce jour une terre d'accueil pour les étrangers et c'est dans ce contexte que RBC dévoile une offre bancaire dédiée, destinée à faciliter leur arrivée et leur installation sur le territoire… mais qui, malheureusement, trébuche sur la dernière marche de son parcours.

Les résidents de Chine, de Hong Kong, d'Inde, des Philippines, du Vietnam, du Costa Rica et de trois petits états des Caraïbes ont donc désormais la possibilité d'ouvrir un compte courant jusqu'à 12 mois avant la date prévue pour leur entrée au Canada et d'y déposer jusqu'à 75 000 dollars en une à trois fois. À la seule condition de posséder un justificatif d'identité valide émis par les autorités du pays d'origine, la procédure se déroule entièrement en ligne et prend, en principe, moins de quinze minutes.

Après leur arrivée, les clients pré-enregistrés de la sorte devront activer leur compte, ce qui leur donne immédiatement accès à une carte de crédit, quasiment indispensable pour survivre en Amérique du Nord, délivrée sans score de crédit ou autre analyse de solvabilité, son plafond étant alors déterminé à partir des revenus déclarés (et justifiés). Elle est gratuite au démarrage, tout comme le compte, et (évidemment) accompagnée d'avantages classiques (de type « cashback »), bonifiés durant les premiers mois.

Indépendamment de ses propres objectifs commerciaux avec une population vaste et potentiellement lucrative, l'ambition de RBC est de limiter le stress du déménagement dans une contrée souvent inconnue pour les candidats à l'immigration, permanente ou temporaire. En effet, de nombreuses démarches requièrent un compte bancaire domestique, par exemple pour la perception des salaires ou encore afin de faciliter la fourniture du document de preuve de fonds exigé pour la délivrance d'un visa.

RBC Nouveal Arrivant

La solution présente tout de même un défaut gênant, à savoir cette étape imposée d'activation après le débarquement sur le sol canadien. Non seulement le passage obligatoire dans une agence de l'établissement, probablement pour la validation de l'identité du bénéficiaire réel, paraît-il un peu saugrenu, il empêche surtout de profiter pleinement du compte pré-ouvert avant le franchissement de la frontière, alors qu'il serait utile pour certains actes (le règlement des frais d'inscription à l'université, au hasard).

Malgré ce petit couac, l'initiative de RBC est une excellente illustration d'une approche centrée sur les attentes des clients et elle se traduit par d'autres attentions à l'intention de cette population de nouveaux arrivants, telles que la disponibilité de conseillers – dont une bonne partie ont d'ailleurs connu cette situation de première découverte d'un pays étranger – couvrant 200 langues différentes, pour une communication plus efficace (encore faudra-t-il parvenir à localiser celui dont on a besoin à tout moment).
L'agent d'Alipay automatise le café du matin
11 sept. 2026
Alipay
À l'occasion d'une conférence qui se tenait à Shanghai, Alipay présentait, en collaboration avec Starbucks, un nouveau service implémenté par son agent IA Ah Bao, permettant, par exemple, de commander un café tous les matins à 10 heures et plus généralement, à terme, d'exécuter diverses tâches sur demande.

Lancé en juin dernier, Ah Bao propose déjà des milliers de services pilotés par l'intelligence artificielle maison, allant de la simple recherche d'information – dans des domaines aussi variés que les loisirs, les sorties, la mobilité, le voyage, les soins vétérinaires… – à la possibilité d'exécuter des opérations – héler un taxi autonome, régler une facture… Avec sa dernière démonstration, il devient aussi capable de prendre en charge des commandes de bout en bout, y compris pour une date future.

En pratique, l'utilisateur exprime son besoin en langage naturel dans l'application dédiée, soit, dans la démonstration : « prépare-moi un latte glacé tous les matins à 10 heures ». Si nécessaire, l'outil lui demande des informations complémentaires. Une fois l'ordre confirmé, il assume en totale autonomie sa transmission à Starbucks, son paiement et émet un rappel lors de chaque occurrence. Une option autorise bien sûr la modification ou l'annulation de la tâche à tout moment (mais pourquoi pas via la conversation ?).

Alipay x Starbucks

Aussi séduisantes qu'elles paraissent (à certains consommateurs), ces évolutions technologiques soulèvent quelques sérieuses questions sociétales… Le modèle qu'esquisse Alipay, comme tous les promoteurs forcenés de l'IA, tend vers un monde de robots : les clients ne communiquent presque plus qu'avec des agents, des machines dirigent les employés des entreprises, en attendant de les remplacer entièrement, et la « livraison », surtout dans le cas des partenaires privilégiés du géant chinois (McDonald's, KFC…), est industrialisée à outrance. Une telle perspective, focalisée exclusivement sur la productivité maximisée, fait-elle rêver tant de personnes ?
Un compte au Crédit Agricole dès 10 ans
10 sept. 2026
Crédit Agricole
En plein rattrapage de son retard « digital », le Crédit Agricole ajoute désormais à sa nouvelle capacité d'ouverture de compte 100% en ligne une option – en partie inédite en France – accessible aux enfants de ses clients, à partir de 10 ans, qui vient donc compléter le livret d'épargne proposé dès la naissance, beaucoup plus ancien.

Les deux gammes de produits sont maintenant ouvertes à la souscription, de bout en bout, depuis l'application mobile de l'enseigne. Gratuite jusqu'à la majorité, l'offre de compte courant est assortie d'une carte de paiement, qui peut également être dématérialisée sur le téléphone du bambin. Naturellement, les parents disposent d'une totale visibilité sur l'activité de leur progéniture avec son argent, ainsi que de fonctions classiques de suivi des opérations et diverses possibilités de contrôles personnalisés.

La banque verte justifie son initiative par la nécessité d'apprendre au plus tôt les ficelles de la gestion financière… sans oublier de vanter le côté pratique pour les adultes de disposer d'un moyen simple de distribuer l'argent de poche (et d'en surveiller l'utilisation). En soutien à son premier argument, l'enfant aura tout intérêt à installer l'application du Crédit Agricole sur son propre « smartphone » afin d'y retrouver les services de pilotage budgétaire qui l'aideront à parfaire son apprentissage.

Crédit Agricole – Un Compte à 10 Ans

Le prétexte de l'éducation financière présente certes une certaine légitimité mais, en l'état, l'approche retenue est handicapée par une implémentation défaillante sur ce plan. De toute évidence, la consultation des transactions réalisées, en temps réel, ou les alertes lors de mouvements importants (par exemple la réception d'un versement, j'imagine) sont ridiculement insuffisants pour une démarche pédagogique sérieuse. Et si l'effort est reporté sur les parents, il leur faut un minimum d'accompagnement.

La littératie financière constitue un enjeu majeur dans les sociétés numériques du XXIème siècle, où l'argent, ayant perdu toute matérialité, n'est plus représenté que par des chiffres sur un écran. À défaut de continuer à donner des billets et des pièces aux enfants, afin de leur inculquer la notion initiale de ce qui rentre, ce qui sort et ce qui reste de leur cagnotte (revenus, dépenses, épargne), une méthode éducative adaptée est indispensable pour prétendre participer à la formation des futures consommateurs.

Sans cette composante critique, une offre de produit bancaire pour de très jeunes enfants ne relève que d'une démarche commerciale, dont on peut alors débattre de son caractère éthique, quand bien même les adultes conservent un droit de regard.
Le bien-être financier devient incontournable
09 sept. 2026
PNC Bank
En Amérique du Nord, le bien-être financier comme avantage salarié prend de l'ampleur depuis quelques années. Une initiative un peu saugrenue de la part de PNC Bank tend à démontrer que le sujet est désormais incontournable et répond à une attente majeure des consommateurs… que l'industrie a encore du mal à appréhender.

J'admets que mon raisonnement est légèrement tiré par les cheveux mais l'histoire nous enseigne que les concepts saillants, ceux qui marquent leur époque, passent toujours par une phase de « blanchiment », c'est-à-dire leur adoption superficielle par des acteurs pressés de se donner une image avant-gardiste, sans faire l'effort d'une implémentation sérieuse, voire sans même comprendre ce dont il est question. Voilà donc le premier signe de l'atteinte de ce stade pour le bien-être financier.

Historiquement, le domaine était l'apanage de spécialistes des avantages pour les salariés, d'abord jeunes pousses (dont la regrettée Kaira, au Québec) puis entreprises établies, en complément d'offres plus globales pour ces dernières. Désormais, une banque vient donc se positionner, ce qui semble légitime au premier abord : quoi de plus logique qu'un établissement dont le métier est de fournir des services financiers pour aider ses clients – ou la population – à se sentir en confiance avec leur argent.

Hélas, PNC usurpe sans vergogne le principe du bien-être aux seules fins de développer ses ventes. Sous le nom Workplace Advantage, elle propose en effet aux entreprises de plus de 100 employés de distribuer son compte bancaire classique, assorti du programme de récompenses normalement réservé à ceux qui justifient de plus de 25 000 dollars de dépôt, de contenus pédagogiques en ligne, de conférences éducatives et d'un accès à des conseillers supposés experts de la thématique.

PNC Workplace Advantage

Cet assemblage relativement classique dans bien des banques a-t-il la moindre chance d'infléchir les tristes statistiques sur l'impact des soucis d'argent sur la productivité des collaborateurs – entre autres les plus de 3 entreprises sur 4 qui constatent l'effet du stress de leurs effectifs sur leurs opérations ou les 4 heures par semaine, en moyenne, que passent les travailleurs à penser à leur situation au lieu de se concentrer sur leur mission ? C'est peu vraisemblable. Mais les employeurs pourront le mesurer !

L'accompagnement du bien-être financier demande beaucoup plus pour être efficace, notamment en termes de coaching de proximité, adapté au contexte de chaque individu. Que PNC Bank s'approprie l'expression afin de déguiser une offre extrêmement banale, en espérant de la sorte lui redonner du lustre est typique des démarches trompeuses affectant les idées émergentes dont le seul nom suffirait à séduire les clients. Si le bien-être financier se trouve aujourd'hui dans cette position, c'est une preuve de l'importance qu'il revêt et c'est de bon augure pour son développement « sincère ».
La banque en ligne de mire pour Lydia
08 sept. 2026
Sumeria
Quinze ans après ses débuts et quelques épisodes mouvementés, Lydia Solutions annonce aujourd'hui atteindre la rentabilité pour l'ensemble de ses activités – échanges d'argent et comptes de paiement – et profite de l'occasion pour exposer sa vision d'avenir, qui passera par l'acquisition d'une licence bancaire de plein exercice.

Le jalon est extrêmement important, pour la jeune pousse, bien sûr, mais aussi comme une illustration de la manière par laquelle la FinTech – celle des origines, pas celle qui se contente de créer des produits technologiques pour l'industrie financière – est réellement capable de révolutionner les modèles économiques en vigueur depuis la nuit des temps. Qu'on y réfléchisse : Sumeria, la marque qui portera ses ambitions bancaires futures, parvient à l'équilibre à peine plus de deux ans après son lancement.

Certes, elle n'est pas partie de rien et s'est appuyée sur l'expertise et les composants élaborés dans le cadre de l'application de règlements entre proches Lydia. Mais elle existe maintenant comme une solution financièrement autonome, exclusivement grâce à son compte courant dont, notamment, un client sur cinq choisit l'offre payante, dans une tendance qui voit en outre de plus en plus d'utilisations comme compte principal, ce que reflète un autre chiffre : 26 paiements mensuels par carte émise, en moyenne.

La recette du succès comporte deux composantes essentielles, qui valident brillamment toutes les promesses de la FinTech telle qu'elle est née vers 2007-2008. Il s'agit d'abord d'offrir aux consommateurs (en l'occurrence) une expérience incomparable, toujours pensée selon leur point de vue. Deuxième point, la maîtrise technique inscrite au cœur de l'entreprise lui procure un avantage extraordinaire sur ses coûts structurels… ce qui facilite évidemment sa capacité à créer un modèle profitable.

Dans ce contexte et plus particulièrement au vu des attentes de ses clients les plus fidèles (dont, en priorité, ceux qui gèrent l'essentiel de leur relation à l'argent avec Sumeria), Lydia Solutions souhaite donc passer à l'étape suivante et proposer en propre, dans la continuité de sa stratégie, un catalogue de produits plus complet, incluant par exemple crédit, épargne, investissement… Pour cette raison, elle a entamé en 2025 les démarches en vue d'obtenir un agrément d'établissement de crédit.

En filigrane, la licorne réagit d'une certaine manière (en la citant explicitement) à l'annonce récente par Revolut de sa toute nouvelle licence en France. Cette dernière démontre que l'initiative n'est pas une chimère. Plus important, je pense, elle constitue un défi à relever pour Lydia, de s'imposer comme un concurrent sérieux à ce qui ressemble à un rouleau compresseur mondial aux plus de 80 millions de clients. Le pari est ambitieux mais pas si fou qu'il y paraît : l'ancrage local a aussi de la valeur !

Sumeria
Un score de crédit accessible à tous les français
07 sept. 2026
Qapso
Dans de nombreux pays dans le monde, les consommateurs sont officiellement notés sur leur fiabilité financière, ce qui conditionne notamment leur accès au crédit et les modalités qui leur sont appliquées. En France, le système est différent et plus opaque. Mais le spécialiste Algoan permet désormais à chacun de consulter son score.

La jeune pousse développe depuis plusieurs années un mécanisme d'évaluation du comportement des personnes (ou des ménages) avec leur argent, que mettent en œuvre de plus en plus d'établissements afin de déterminer leur éligibilité à un prêt. Grâce à Qapso, sa nouvelle marque dédiée, elle ajoute une transparence bienvenue à sa solution en offrant aux utilisateurs de Bankin', l'outil de gestion budgétaire bien connu, la possibilité de découvrir gratuitement comment ils se situent sur cette échelle.

Concrètement, il suffit de connecter ses comptes bancaires dans l'application et une analyse des transactions enregistrées au cours des trois derniers mois produit un score de synthèse, assorti des faits saillants qui le déterminent et de commentaires objectifs, par exemple sur la faculté d'emprunt. Car la large diffusion de la technologie d'Algoan dans l'industrie fait de la réponse de Qapso, basée sur les mêmes algorithmes, une référence sérieuse et légitime en la matière, même si elle n'est pas universelle.

En outre la démarche ne s'arrête pas en si bon chemin. Ceux qui s'intéressent plus à leur santé financière qu'à l'obtention d'un crédit bénéficient d'un suivi dans le temps. Ainsi, au fil de leur existence, ils voient la progression de leur score, toujours avec des explications sur les facteurs importants qui l'affectent. Surtout, dans une logique d'accompagnement opérationnel, le service émet des recommandations personnalisées en vue de les aider à optimiser leur position, quel que soit leur point de départ.

Accueil Qapso

L'initiative d'Algoan, qui se rapproche de celles des officines de notation internationales (Equifax, Experian…), ouvre une fenêtre essentielle sur les processus jusqu'à maintenant un peu mystérieux qui conduisent les banques à accorder ou non un prêt. Il ne s'agit pas seulement de comprendre comment le système fonctionne mais plutôt d'en appréhender les ressorts internes afin d'apprendre à devenir un « meilleur » client… et se mettre de la sorte en capacité de réaliser ses projets, petits et grands.

L'intégration du service de Qapso dans l'application Bankin' représente aussi un événement notable, en complétant (enfin !) son approche historique principalement centrée sur l'observation du passé (et quelques projections vers l'avenir, tout au plus) avec une composante qui commence à prodiguer des conseils proactifs. Dans cette perspective, j'attends maintenant que ce qui est fait en priorité pour l'éligibilité au crédit se prolonge dans une vision globale d'amélioration du bien-être financier…
L'excès de confiance expose les jeunes à la fraude
06 sept. 2026
ABN AMRO
Historiquement, la fraude en ligne, notamment bancaire, affectait en priorité les seniors, particulièrement fragiles dans un univers qu'ils maîtrisaient mal. Or, aujourd'hui, l'évolution des menaces expose de plus en plus les jeunes adultes qui considèrent que leur culture « digitale » native suffit toujours à leur permettre de les reconnaître.

Elle est loin, l'époque où les messages des cybercriminels étaient faciles à repérer grâce à l'invraisemblance de leur contenus et les erreurs manifestes qu'ils comportaient. Seules les personnes encore novices du web, essentiellement parmi les plus âgées, se laissaient piéger… surtout en raison de l'inquiétude que suscitaient ces sollicitations insolites et inattendues, d'ailleurs, plus que par leur « qualité » intrinsèque.

Désormais, l'intelligence artificielle a changé la donne. Les attaques deviennent extrêmement sophistiquées – empruntant fréquemment des photos, des voix ou des vidéos de correspondants familiers impossibles à distinguer de leurs équivalents réels, comme le révèlent régulièrement les tests à l'aveugle – et rendent obsolètes les méthodes classiques de détection des arnaques que chacun connaît bien, maintenant.

Cette mutation du risque renverse aussi profondément le profil des victimes privilégiées. Selon une étude citée par ABN AMRO, et contrairement à ce que l'on observait il y a quelques années, les 18-35 ans sont en première ligne, devant les 65 ans et plus : 14% de cette classe d'âge a subi une fraude au cours de l'année précédente. Et les principales raisons d'une telle hécatombe sont l'excès de confiance dans sa capacité à repérer une escroquerie… et le mépris des nouvelles règles de prudence.

ABN AMRO – Better Smart Safe

Dans un retournement ironique de contexte, les consommateurs d'un certain âge, qui se sont également appropriés les usages numériques entretemps, sont plutôt prompts à écouter les recommandations de leur banquier et à mettre en œuvre les outils qu'ils leur fournissent en support, tandis que les jeunes générations, beaucoup plus investies dans des comportements à risque, ont tendance à les dédaigner. Selon l'institution néerlandaise, ils ne sont, par exemple, que 4 sur 10 à vérifier, qu'un appel de leur conseiller est légitime via l'option ad hoc de leur application mobile.

Plus généralement, leur habitude d'échanger en continu sur les réseaux sociaux, pour tous leurs besoins, dont leurs achats, et d'y réagir instantanément leur joue des tours. Deux autres statistiques le révèlent indirectement : 58% de cette catégorie ne prennent pas le temps de vérifier les contacts sur les boutiques en ligne qu'ils fréquentent et à peine plus de la moitié consultent leur réputation sur les sites spécialisés. En résumé, les préconisations élémentaires prodiguées pour leur sécurité ne les atteignent pas.

Pour ABN AMRO, ces constats procurent une occasion de lancer une campagne de sensibilisation dédiée. Une de plus ! La compréhension des erreurs commises par les victimes de la fraude devrait pourtant encourager à repenser fondamentalement les stratégies de défense. Concrètement, si les jeunes ne répondent pas aux injonctions actuelles face aux dangers auxquels ils s'exposent, il ne semble guère utile de redoubler de conseils. Une autre approche, adaptée à leurs pratiques, est indispensable.
RBC aide au développement de l'énergie solaire
05 sept. 2026
RBC
Avec son programme d'énergie solaire pour les collectivités, RBC imagine un moyen astucieux de respecter ses engagements en matière de responsabilité environnementale tout en permettant à des organismes publics ou associatifs de réduire leurs charges financières pour l'équipement de leurs locaux en panneaux photovoltaïques.

L'audience visée, qui, concrètement, comprend tous les acteurs porteurs de projets communautaires du Canada, est souvent confrontée à une équation économique difficile pour sa transition vers les énergies renouvelables, qui représente un investissement significatif face auquel il est généralement impossible de démontrer un flux de revenus : le seul impact mesurable est une réduction du montant des factures d'électricité… qui ne suffit guère à faire accepter un dossier de financement.

De son côté, la banque se veut proactive dans sa démarche de « neutralité » carbone, notamment à travers son approvisionnement généralisé en énergie verte. Elle a cependant ses limites, certaines infranchissables. Ainsi, par exemple, étant locataire – et non propriétaire – d'une grande partie de son parc immobilier, elle n'est pas en mesure d'installer elle-même des panneaux solaires pour l'alimentation de ses locaux. Elle doit alors se résoudre à compenser ses émissions résiduelles de gaz à effet de serre.

RBC – Community Solar Program

Le programme d'énergie solaire consiste « simplement » à mettre en correspondance les deux problématiques. En pratique, RBC propose aux collectivités participantes de signer une convention sur 10 ans pour l'acquisition des crédits d'énergie renouvelable générés par leur installation, qui leur procurera un flux de trésorerie garanti, autorisant une réduction de leurs coûts. En amont, la mise en place du dispositif est également susceptible de mieux convaincre les décideurs de la viabilité du projet.

Naturellement, le système n'est pérenne qu'en fonction de la stabilité dans le temps des mécanismes de crédits sur lesquels il s'appuie. Une fois cette réserve posée, une idée complémentaire surgit immédiatement : serait-il envisageable d'implémenter une solution similaire au cœur des outils de financement de la transition écologique ? La banque pourrait intégrer directement dans ses offres de prêt l'achat de certificats de compensation, qui viendrait donc en déduction des échéances de remboursement…
La MAS investit dans la FinTech
04 sept. 2026
MAS
Les autorités monétaires des grands pays de l'innovation financière ont mis en place de long date des initiatives de soutien au développement de la FinTech. Elles prennent des formes variées mais celle que vient de lancer la MAS à Singapour se distingue par son investissement, à hauteur de 220 millions de dollars (environ 150 millions d'euros).

Avec la place de Londres, l'île du sud-est asiatique s'est imposée au fil des années comme une terre d'accueil incontournable pour les entrepreneurs de la finance et quelques 1 800 firmes, faisant travailler 10 000 personnes directement, y sont implantées, en général en vue de rayonner à l'international. Mais le contexte évolue toujours plus vite, les ruptures technologiques s'accumulent et la prochaine génération de jeunes pousses émerge aujourd'hui, autour de l'IA, l'informatique quantique…

Afin de ne pas perdre – voire de renforcer – la position de leader du pays, la banque centrale prend des mesures agressives, avec un plan d'aide opérationnel. Avec son budget conséquent, fixé pour les trois années à venir, il prend en compte toutes les dimensions de la promotion d'un secteur essentiel pour son économie avec quatre objectifs en ligne de mire : consolider les initiatives, accélérer les avancées de la FinTech, implémenter une infrastructure technologique et soutenir l'accès aux talents.

MAS – FinTech Innovation

En pratique, les fonds alloués se répartiront entre six canaux complémentaires :
  • La main-d'œuvre, comprenant entre autres la mise en place d'un mécanisme spécifique, subventionné, pour le recrutement de stagiaires ;
  • Le projet institutionnel, visant à encourager la création et le déploiement d'outils innovants, notamment dans les domaines de pointe, autant par les acteurs historiques que par les jeunes pousses ;
  • L'intelligence artificielle, pour l'enrichissement et l'adoption des composants dédiés à la FinTech, dont certains sont déjà identifiés ;
  • Les plates-formes, destinées à participer à l'élaboration et la propagation de solutions à l'intention de l'industrie dans son ensemble, dans une logique de contribution à la définition de standards mondiaux ;
  • Le centre d'excellence, portant la vocation de rassembler les fonctions innovantes, y compris celles d'acteurs globaux, sur le territoire de Singapour ;
  • Le prix de l'expansion, dans le cadre d'une compétition existante, qui accompagnera les structures entrant dans une phase de croissance à l'échelle (« scale-up »).
De toute évidence, la MAS a de grandes ambitions pour l'avenir de son secteur financier et elle met les moyens nécessaires à leur concrétisation. Les pays qui, aujourd'hui, se lamentent sur leurs difficultés à créer un écosystème d'innovation compétitif dans leur environnement pourraient en prendre de la graine…
L'Australie sceptique sur la monnaie digitale
03 sept. 2026
Reserve Bank of Australia
Après les doutes exprimés par la Banque d'Italie sur les « stablecoins », voilà que son homologue australienne égratigne un autre concept en vogue, la monnaie numérique de banque centrale (MNBC), qui en constitue en quelque sorte le pendant public. Cette fois, l'avis officiel est aussi explicitement partagé par les consommateurs.

L'organisme s'était déjà prononcé en propre en 2024, concluant à un faible intérêt de ce genre d'instrument, à l'intention du grand public, pour l'économie du pays. Afin de compléter ce point de vue, dans une démarche louable, qui mériterait d'inspirer le reste du monde, les premiers concernés ont été consultés, à travers des réunions d'échange, afin de connaître leur perception sur le sujet, notamment en termes de bénéfices et de défis potentiels par rapport à la situation qu'ils connaissent aujourd'hui.

La nouvelle étude, enrichie de ces résultats, prend également en compte l'évolution des réflexions et des initiatives menées dans différentes régions, la Chine et la zone euro étant spécifiquement citées. Sur ce plan, elle observe un ralentissement marqué des projets et elle réitère sa position selon laquelle les objectifs poursuivis dans ces différents cas ne semblent pas pertinents dans son contexte, ce qui ne l'incite pas, de toute évidence, à réviser son opinion initiale et lui suggère de rester passive.

Du côté des citoyens interrogés, les réactions sont claires et nettes, sur la même ligne. Globalement, ils sont indifférents aux promesses d'une MNBC, en considérant que les systèmes de paiement dont ils disposent actuellement répondent largement à leurs besoins, y compris à travers les innovations introduites ces derniers temps, capables de couvrir des cas d'usage émergents. Les risques induits par le rôle des banques commerciales dans ces mécanismes ne les font pas plus changer d'attitude.

Digital Currency in Australia

Point notable, la Reserve Bank of Australia souligne que les commentaires formulés à l'encontre d'une monnaie de banque centrale valent tout autant pour toutes les variantes de « tokenisation » de l'argent, qu'il s'agisse de dépôt bancaire virtualisé ou bien de « stablecoin ». Elle en déduit logiquement que l'avenir de ces outils privatisés dans le paysage des paiements vaut d'être questionné sans préjugés.

Naturellement, tous les passionnés d'innovation savent qu'il ne faut pas nécessairement s'arrêter aux avis de futurs utilisateurs pour créer des solutions révolutionnaires. L'enquête de la RBA ne signe donc pas automatiquement un rejet définitif. Il n'en reste pas moins que la proposition de valeur des MNBC – et des autres formes de monnaie numérique, donc –, telle qu'elle est présentée pour l'instant, ne séduit pas une de ses cibles. Ce constat, lui, représente un obstacle rédhibitoire à un éventuel succès.
Orange adopte Wero, prudemment
02 sept. 2026
WERO
Six ans après le lancement de l'initiative européenne de paiement souverain, Orange devient la première entreprise française à accepter les paiements marchand avec Wero, pour le règlement des factures de ses abonnés aux offres Sosh. Le jalon, quoique important et attendu, porte cependant sur un périmètre extrêmement limité.

D'abord utilisable exclusivement pour des transactions entre particuliers, le déploiement de ce qui est vanté comme la future alternative aux réseaux de cartes américains dans le commerce, en ligne dans un premier temps, a commencé, doucement, dans plusieurs pays… et l'hexagone les rejoint donc aujourd'hui, grâce à Orange. Les clients de l'enseigne verront ainsi apparaître une nouvelle option lors de leur passage en caisse virtuelle, leur permettant de finaliser la transaction dans leur application bancaire.

Sans aller jusqu'à estimer qu'il s'agit d'une pure opération de communication, la démarche reste toutefois tellement circonscrite qu'elle paraît relever de l'expérimentation. En effet, à ce stade, seuls les clients de BNP Paribas pourront effectivement profiter de la nouveauté, l'établissement ayant été retenu, selon toute vraisemblance, en raison du recours à la plate-forme d'acceptation de sa filiale Axepta. Les clients d'autres banques devraient pouvoir en bénéficier d'ici la fin de l'année.

Wero x Orange

Surtout, le cas d'usage retenu est marginal. En effet, les opérateurs de télécommunication se montrent très insistants auprès de leurs abonnés pour qu'ils adoptent le prélèvement automatique. En conséquence, je pense que la population susceptible d'être exposée au choix de Wero sera restreinte, comprenant uniquement les quelques personnes qui ont refusé le mode de règlement privilégié et les cas de régularisation sur incident. Les responsables du projet avancent prudemment…

L'annonce d'Orange constitue une excellente nouvelle pour l'EPI et son porte-monnaie virtuel. Néanmoins, chacune de ses étapes prend un temps infini et laisse de la sorte les consommateurs et les commerçants s'accoutumer toujours un peu plus aux systèmes existants. Alors que les opérations en boutique physique ne sont pas encore prises en charge (et que leurs modalités de mise en œuvre suscite des doutes), la phase la plus longue et la plus délicate – de séduction et d'enrôlement des utilisateurs au-delà des seuls échanges d'argent entre proches – n'est toujours pas sérieusement engagée.
J.P. Morgan investit encore pour le chèque
01 sept. 2026
J.P. Morgan Chase
Quand certains pays se préparent à abandonner le chèque imprimé, vestige d'un autre temps, aux États-Unis, J.P. Morgan Chase entame le déploiement de robots sophistiqués et d'outils à base d'intelligence artificielle afin d'optimiser leur traitement pour les entreprises qui en dépendent encore fortement dans leurs opérations courantes.

Comme observé dans le reste du monde, les américains délaissent peu à peu le chèque au profit d'instruments de paiement plus modernes et plus efficaces, avec un volume annuel en baisse de plus de 85% depuis son pic à la fin du siècle dernier. Pourtant son usage résiste, à hauteur de 2,8 milliards d'opérations en 2025, dans certains secteurs et chez certaines classes de population ou d'entreprises. Apparemment, ce niveau persistant suffit donc à justifier un investissement significatif de la part de la banque.

En l'occurrence, la première motivation réside dans le maintien de la confiance des clients pour lesquels le besoin est particulièrement criant, à savoir les organisations qui reçoivent des chèques en masse, avec un nombre important de correspondants, et recourent pour ce faire à l'offre de « lockbox ». Il s'agit d'une boîte aux lettres sécurisée dédiée, placée sous la responsabilité directe de la banque, auxquelles les payeurs adressent leurs règlements, pris en charge pour le compte du bénéficiaire.

Naturellement, la lecture et l'encaissement de chèque sont automatisés depuis des décennies ; il s'agit même d'une des plus anciennes mises en œuvre industrielle de la reconnaissance de caractères, y compris manuscrits. À cet existant, J.P. Morgan ajoute cependant une dimension supplémentaire : un robot mécanique capable, en totale autonomie, d'ouvrir les enveloppes, retirer les éventuelles agrafes et décoder tous les documents transmis, notamment pour faciliter les réconciliations de facture.

Dans un premier temps, l'institution équipe un de ses six centres, à Chicago, les autres devant suivre si les résultats sont au rendez-vous. Aucune indication n'est fournie quant au coût du projet mais on peut penser qu'il est loin d'être négligeable, entre les composants nécessaires, matériels et logiciels, et les probables exigences d'aménagement adapté des locaux. Est-il bien raisonnable d'engager des frais conséquents pour l'amélioration marginale d'un service voué à disparaître à terme ?

Après tout, même si la banque ne souhaite pas l'élimination du chèque (ce qui serait surprenant), ses clients, eux, préféreraient majoritairement, selon toute vraisemblance, l'éradiquer au profit de solutions plus rapides, mieux sécurisées et moins propices à la fraude, moins onéreuses… C'est bien dans cette direction que des initiatives devraient donc être menées en priorité, de manière à faciliter la transition des émetteurs de chèque, en prenant en compte les contraintes auxquelles il sont confrontés.

J.P. Morgan Chase – Lockbox
Un cas d'usage de stablecoin disqualifié
31 août 2026
Banca d'Italia
Comme la ruée vers la blockchain (toujours en cours), l'engouement actuel de l'industrie financière pour les stablecoins me semble reposer sur des illusions technologiques. Mais les messages ayant plus de portée quand ils émanent d'institutions respectables, découvrons ce qu'en pense la Banque d'Italie pour les transferts internationaux.

Afin d'analyser la situation du marché et vérifier une des promesses de la coqueluche du secteur, les chercheurs de l'établissement ont conduit une expérimentation anonyme, en conditions réelles, sur dix couloirs différents (dans les deux directions entre leur propre pays et l'Argentine, le Brésil, l'Afrique du Sud, les Émirats Arabes Unis et le Japon), représentatifs de contextes diversifiés, à travers l'envoi et la réception de 200 USDC (un des stablecoins les plus populaires du moment, lié au dollar américain).

Les résultats sont éloquents (et, franchement, sans surprise). D'emblée, les contraintes réglementaires en vigueur au Japon excluent ce dernier du champ de l'étude. Ensuite, en dehors d'un cas particulier (de l'Italie vers l'Argentine, étonnamment compétitif), le coût des opérations (jusqu'à 9% !) n'est pas systématiquement avantageux, ni en comparaison avec les moyennes publiées par la Banque Mondiale ni, surtout, par rapport aux tarifs pratiqués par Wise, leader de fait des échanges transfrontaliers.

Par ailleurs, les délais de traitement sont essentiellement régis par la disponibilité d'un réseau de paiement instantané aux extrémités de la chaîne de transmission (dont le cœur était assuré par la blockchain d'Ethereum), l'objectif du test étant bien de simuler une transaction typique du grand public, partant de et aboutissant à un compte bancaire en devise locale. En général inférieurs à 20 minutes de bout en bout, ils peuvent atteindre un ou deux jours, notamment avec les Émirats. Là aussi, Wise est compétitif.

Banca d'Italia – Stablecoin

La Banque d'Italie enfonce des portes ouvertes – mais c'est probablement nécessaire au vu des mythes qui circulent – en soulignant que, sur les deux aspects, le facteur limitant réside dans les mécanismes de conversion entre les monnaies fiduciaires et le stablecoin traversant effectivement les frontières. Ils ont toujours constitué le point de friction principal du domaine, certes sous des formes variées (par exemple avec les systèmes de correspondants), mais ce n'est pas en changeant de canal intermédiaire qu'il a la moindre chance d'être résolu. Détail amusant, le rapport déclare que la capacité à utiliser l'USDC (ou autre ?) directement, dans les commerces, éliminerait le problème : il pourrait en dire autant d'une monnaie mondiale universelle !

Ces constats ne devraient pas être une découverte : depuis les premières aventures des acteurs de la finance avec la blockchain, il est évident que son interface avec le monde réel représente le nœud de contention insurmontable, pour toutes sortes de considérations, de coûts, de délais, de sécurité, de confidentialité… À l'inverse, il n'est nul besoin de cette technologie terriblement inefficace pour optimiser ce qui peut l'être par un « simple » travail de refonte des processus et des infrastructures qui les supportent… comme l'a brillamment démontré Wise pour les transferts internationaux.
Infonuagique, la fin des illusions
30 août 2026
Nuage
Depuis une vingtaine d'années, les entreprises de tous secteurs, petites puis grandes, se sont laissées séduire par les promesses de l'infonuagique public… sans toujours bien en appréhender les contraintes. Aujourd'hui, un article d'Information Week suggère qu'un retour de balancier est en cours, avec un rapatriement interne de plus en plus fréquent de certaines applications.

Pour beaucoup de clients des services « cloud » d'Amazon, Google, Microsoft…, une des principales motivations de leur choix résidait dans la réduction des coûts d'infrastructure qu'ils espéraient en dégager au vu des tarifs agressifs pratiqués, rendus possibles par l'industrialisation à outrance de ces géants de l'informatique. Il est vrai que les investissements en matériel, les frais de personnel engendrés par leur pilotage et leur exploitation, les factures annexes (électricité)… résistent mal à la comparaison.

Hélas, à l'usage, il ressort que l'avantage économique supposé ne s'est que rarement matérialisé, ce qui conduit donc les responsables à considérer une ré-internalisation, surtout pour les charges de calcul stratégiques, pour lesquelles le besoin de reprise de contrôle se fait également sentir (quelques incidents retentissants, bien qu'ils restent exceptionnels, donnent à réfléchir). Les politiques de déploiement par défaut, voire systématique, dans l'infonuagique cèdent la place à une approche pragmatique.

La période actuelle n'est pourtant pas particulièrement propice à une telle transition, avec l'explosion des coût de la mémoire qui risque d'impacter fortement les budgets des projets d'équipement. Ne vaudrait-il pas mieux chercher à optimiser l'existant plutôt que de revenir à une situation antérieure dont les inconvénients n'ont évidemment pas disparu entre temps ? Dans cette perspective, il faudrait commencer par effectuer une analyse sérieuse de l'état du système d'information et de ses faiblesses structurelles.

Ainsi, les déceptions attribuées aux solutions du marché sont en fait dues à un grave malentendu (que je souligne depuis longtemps). Il était absurde, notamment dans les grands groupes, de croire que l'infonuagique allait permettre d'abaisser les coûts de manière significative sans prévoir au préalable une remise en question du patrimoine informatique, celui-ci comportant bien trop de spécificités uniques et s'appuyant sur des composants disparates et parfois exotiques pour s'adapter sans difficulté.

Le seul véritable moyen de réaliser des économies sur la puissance de calcul, avec le « cloud » privé comme public, incidemment, consiste à uniformiser et rendre flexibles les logiciels qui l'exploitent. L'implémentation d'un modèle banalisé de serveur (virtuel) universel et d'une capacité intrinsèque de déploiement à la demande constitue un pré-requis indispensable autant à l'optimisation économique qu'à la maîtrise de son destin. C'est un travail en profondeur sur l'architecture qui devrait être engagé avant même de se poser la moindre question sur l'hébergement des applications.

Nuages
Visa avance dans la cybersécurité
29 août 2026
Visa
Tandis que le recours à l'intelligence artificielle prend de l'ampleur dans les offensives contre tous les secteurs économiques, Visa enrichit sa solution propulsée à l'IA d'analyse de vulnérabilités, mise au point dans le sillage de sa collaboration avec Anthropic, et lui ajoute des capacités d'assistance à la remédiation qui deviennent indispensables.

Le constat qui justifie la nouveauté aurait pu être fait dès la publication de la première version du « Vulnerability Agentic Harness », mais il fallait bien laisser un peu de temps à ses concepteurs pour lui adjoindre ces fonctions supplémentaires. C'est que la détection de failles de sécurité grâce à l'IA n'a désormais plus rien d'exceptionnel, y compris pour les cybercriminels. Le défi réside aujourd'hui plutôt dans la faculté des firmes à colmater les innombrables brèches repérées avec la réactivité nécessaire.

Les signalements automatisés arrivent à un rythme tellement effréné que bien des organisations admettent que leurs équipes informatiques (et leurs fournisseurs) n'arrivent plus à suivre. Conséquence principale, les corrections prennent du retard et les délais induits sont mis à profit par les personnes mal intentionnées afin de réaliser leurs méfaits. La seule solution envisageable, et concrétisée par Visa, consiste donc à miser aussi sur l'intelligence artificielle lors des travaux de remise à niveau.

Outre une ouverture sur d'autres modèles d'IA que celui d'Anthropic, l'évolution qu'apporte l'institution à son outil porte donc en priorité sur cet aspect. Un module additionnel propose ainsi des modifications de code destinées à neutraliser les défauts identifiés. Pour plus d'efficacité, il opère en boucle fermée : il est en mesure d'évaluer les changements réalisés et d'informer les développeurs des erreurs résiduelles, jusqu'à validation finale, matérialisée par l'éradication « officielle » de l'anomalie en cause.

Visa Vulnerability Agentic Harness

En parallèle de cette mise à jour technologique, sachant que VVAH (son petit nom) est distribué sous licence libre, Visa complète également son offre d'accompagnement. Celle-ci comporte notamment diverses composantes pédagogiques, permettant entre autres aux entreprises de s'approprier la plate-forme, et une formule d'assistance sur le terrain, en vue d'aider ses clients dans son utilisation, par exemple pour l'analyse des résultats, la définition des priorités et l'établissement d'une stratégie à long terme.

Depuis la récente apparition d'applications capables de rechercher les vulnérabilités des logiciels à une échelle industrielle grâce à l'intelligence artificielle, les responsables de sécurité ont tendance à perdre le sommeil, surtout dans les industries les plus sensibles, en raison autant de l'ampleur des risques qu'ils découvrent soudainement que du nombre ingérable d'alertes qu'ils reçoivent et qu'ils doivent trier dans la précipitation et donc avec de fortes probabilités d'erreur. Ils ont besoin en urgence absolue de solutions – informatiques et humaines – telles que celles que déploie Visa.
AXA aide les parents solos
28 août 2026
AXA
Dans un monde qui change en permanence, l'assurance doit régulièrement s'adapter aux grandes évolutions sociétales. Les garanties contre le harcèlement, notamment scolaire, se sont ainsi fortement développées depuis quelques années. AXA s'attaque maintenant aux défis qu'affrontent les parents solos au quotidien.

Les médias abordent de plus en plus fréquemment le sujet, surtout en période de rentrée des classes, pendant laquelle la pression est particulièrement sensible. Aujourd'hui, environ une famille sur quatre est composée d'un seul adulte et, dans une immense majorité des cas (82%), c'est une femme, dans une position statistiquement plus fragile qu'un homme, qui assume seule la charge des enfants, avec ses impacts importants sur son budget, son emploi du temps, sa santé psychologique…

Ces risques sont donc ceux que couvre dorénavant le contrat « Accidents de la Vie » d'AXA France. Les parents concernés – quelles qu'en soient les conditions, divorce, séparation ou deuil – bénéficieront ainsi pendant les 12 mois qui suivent l'événement déclencheur de services d'assistance qui leur permettront de faire face aux urgences de leur nouvelle situation et de reprendre pied progressivement dans leur vie d'après : garde des enfants, soutien scolaire, support psychologique (par téléphone)…

AXA – Parents Solos

Un second volet ajoute en outre un accompagnement administratif et juridique au dispositif. Il inclut notamment un accès à des informations qui peuvent s'avérer difficiles à obtenir par soi-même pour qui se trouve soudainement confronté au besoin d'effectuer des demandes d'aide sociale ou de connaître ses droits, par exemple. Si nécessaire, l'assureur propose également la mise en relation avec des associations spécialisés et des recommandations d'avocats (sans inclure leurs prestations, toutefois).

Traditionnellement, les accidents de la vie, tels que les conçoit l'industrie, englobaient les accidents et la maladie (dont, soit dit en passant, la couverture d'AXA introduit désormais aussi des composantes dédiées aux parents solos). Cependant, les comportements et les habitudes de la population évoluent avec le temps. Naturellement, la transition vers un modèle familial monoparental a toujours représenté un cataclysme pour ceux qui la subissent mais, au XXIème siècle, il s'agit presque de la norme. Il paraît donc indispensable de prévoir une assistance ad hoc dans ces circonstances.
Démocratiser la gestion de patrimoine avec l'IA
27 août 2026
Vanguard
Rêve ancien mais, hélas, jamais concrétisé, la gestion de patrimoine pour tous semble aujourd'hui réveiller les appétits, à l'aune des promesses de l'intelligence artificielle. Le géant américain Vanguard annonce ainsi l'acquisition d'Altruist, en espérant que sa plate-forme aide les conseillers spécialisés à démultiplier leur force de frappe.

Avec les générations successives de « robots-conseillers », la première vague de démocratisation du secteur vise, depuis une quinzaine d'années, à proposer une alternative aux personnes ne disposant pas des moyens de bénéficier des services d'un professionnel. L'absence d'une dimension d'accompagnement de proximité dans ces outils les a malheureusement relégués à un rôle de plate-forme d'investissement certes accessible, mais avec laquelle le client est largement laissé seul devant ses choix.

La vision cible a maintenant changé, y compris chez les trublions d'autrefois, qui, pour les plus évolués, ont mis en place des modèles de conseil humain pour les utilisateurs « haut de gamme ». L'objectif privilégié consiste désormais à rendre ces approches plus efficaces, de manière à en abaisser les coûts et parvenir de la sorte à les ouvrir à une population plus large… qui ne pourra cependant englober l'immense majorité des ménages, modestes, voués, pour l'instant (à jamais ?), à rester à l'écart de la tendance.

Altruist se positionne clairement sur ce créneau, avec une solution propulsée à l'IA pour l'optimisation des processus administratifs qui consomment tellement de temps et d'énergie chez les conseillers, qu'ils préfèreraient consacrer à aider plus d'individus dans le pilotage de leur argent : ouvertures de compte (et les contraintes, notamment réglementaires, associées), suivi des portefeuilles et rapports contextualisés (incluant aussi un portail dédié pour les clients), pilotage des opérations, facturation…

Vanguard x Altruist

Le domaine de la gestion de patrimoine est historiquement en retard dans sa transformation « digitale » et cette situation crée une opportunité pour des jeunes pousses qui voient dans l'intelligence artificielle un moyen de combler le déficit (en France, Patrimind, dont je parlais récemment en fournit un autre exemple). En revanche, leurs offres adressent en priorité des enjeux de productivité dans les métiers existants plutôt que d'envisager une modernisation pourtant nécessaire de l'expérience client.

Je reste toutefois optimiste pour l'avenir, même si celui ci semble encore lointain, car, comme je le remarquais dans un article précédent, je pense que les acteurs qui commencent à convaincre la profession de recourir à l'IA dans leur quotidien – et l'irruption de Vanguard dans la bataille devrait accélérer le mouvement – prendront certainement conscience, avec leurs clients, des possibilités d'étendre progressivement leur périmètre d'intervention, en particulier en permettant à leurs outils d'offrir les niveaux de conseil primaires qui font aussi partie du train-train des spécialistes et peuvent couvrir une part importante des besoins des moins fortunés.