Only Lovers Left Alive : Jim Jarmusch donne du sang neuf aux vampires
On
ne compte plus le nombre de films sur les vampires ! Après Dark Shadows
(2012), la saga Twilight (2008-2012), ou encore le film
d'animation Hôtel Transylvanie (2013), Jim Jarmusch se penche à son tour
sur ce thème incontournable. Il nous livre, avec Only Lovers Left Alive,
un regard nouveau sur ces créatures, adorées par certains, détestées par
d'autres, mais toujours adaptées au cinéma.
Dans la ville
romantique et désolée de Détroit, Adam, un musicien underground, déprimé par
l'évolution des humains, retrouve Eve, son amante énigmatique. Leur histoire
d’amour dure depuis plusieurs siècles. Ces deux êtres en marge de la société
tentent de survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux.
L'intention de
Jim Jarmusch était bonne : celle de revisiter de façon moderne le sujet
« Vampires ». Le cinéaste a partiellement réussi sa mission. Le
long-métrage offre de nombreuses qualités : chaque plan, semblable à une photographie
d'époque, est travaillé au millimètre. Décors somptueux, mise en scène
impeccable, ambiance sombre... Tout y est. Le film aborde des questions
profondes, comme la relation entre les hommes et les femmes ou la notion de vie
éternelles. Quelques petites touches d'humour viennent agrémenter les scènes et
rendent le sujet moins grave.
Tilda Swinton
et Tom Hiddleston ne pouvaient pas mieux coller à leurs personnages. L'une,
mystérieuse et saisissante, l'autre, mélancolique et touchant, forment le
couple de « vampires rockeurs » idéal. Quant à Mia Wasikowska, elle
apporte la touche de jeunesse et de dynamisme dont le film, plutôt sombre,
avait besoin. La jeune femme extravagante et incontrôlable nous rappelle la
vigueur de Kirsten Dunst dans Entretien avec un vampire.
Malheureusement
Jim Jarmusch est tombé dans le piège du bon vieux cliché. Les
vampires sont forcément nostalgiques et pessimistes, amateurs de
littérature britannique, et arborent un style gothique, vêtements
de cuir et vieux fauteuils de velours obligent. Le
réalisateur pousse le stéréotype plus loin en nommant ses
personnages Adam et Eve, un homme et une femme condamnés à vivre
sur terre éternellement... C'est un peu too much M.
Jarmusch !
Le cinéaste est aussi un
adepte de la théorie du vide : le scénario est finalement
plutôt plat et sans action véritable. Only Lovers Left Alive
est comme un tableau d'art que l'on doit admirer pendant longtemps.
L'intérêt est ailleurs, dans tout ce qui fait l'ambiance générale
du film, dont la musique (signée Jozef Van Wissem et Sqürl),
magistrale, qui prend une place majeur dans le long-métrage et lui
donne tout son charme.
Si Only Lovers Left Alive a été
nommé huit fois au Festival de Cannes 2013, l'équipe du film est repartie
bredouille. Malgré un manque d'originalité quand au thème des vampires, on sent
bien que Jim Jarmusch a mis du temps à le peaufiner. Rien d'étonnant, puisque
la réalisation a duré presque dix ans ! Résultat : le film révèle un grand
esthétisme et un avenir prometteur pour le cinéaste. Une belle surprise.
14+/20
Film
en compétition officielle au Festival de Cannes 2013