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Fanny BELLOCQ

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Fanny BELLOCQ
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Passionnée par l'info et la culture, je fais résonner les sentiments qui m'animent à l'antenne en fonction de ces sujets qui me font vibrer.

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CV réalisé sur DoYouBuzz
Ave, César ! : les clowneries de Joelus et Ethanus
22 févr. 2016
Après Inside Llewyn Davis (2013), Joel et Ethan Coen reviennent à la comédie avec le pimpant Ave, César ! Les frères cinéastes détournent les studios hollywoodiens des fifties en utilisant leurs meilleures armes : l’humour, la satire et l’autodérision. Ave, César ! Cin&Mad te salue !
Eddie Mannix (Josh Brolin) est "fixer" chez Capitole Pictures, l’un des plus grands studios de cinéma à l’âge d’or d’Hollywood. Il est chargé de régler tous les problèmes des stars et les soucis de tournages. En pleine préparation du péplum "Ave, César !", il devra élucider le kidnapping de la plus grande vedette du studio, Baird Whitlok (George Clooney). 

Comme à leur habitude dans les comédies, les frères Coen ne se prennent pas au sérieux une minute. La scène d’ouverture donne le ton : dans un confessionnal, un homme avoue au prêtre qu’il a péché… Son "crime" ? Il a fumé deux cigarettes alors qu’il avait promis à sa femme d’arrêter ! Dans Ave, César !, qu’il s’agisse d’un Channing Tatum en "Fred Astaire communiste", d’un George Clooney en grande star étourdie, ou de scènes faussement tragiques, tout est caricatural, grotesque, loufoque. En somme, un film typiquement coenien. 

A mi-chemin entre la dénonciation et l’hommage, les réalisateurs proposent un regard sur l’industrie du cinéma dans les années 1950, à travers un patchwork de genres cinématographiques : péplum, comédie musicale, romance, western, ballet nautique. La religion en prend - encore - pour son grade : on pense aux chefs de communautés religieuses qui débattent sur la paternité de Dieu et sur la bonne adaptation de la Bible à l’écran. Le contexte politique de l’époque est lui aussi montré du doigt, avec l’opposition entre capitalisme et communisme.



Malgré toutes ces bonnes idées, l'ennui pointerait presque. A force de faire du Coen, les coen finissent par manquer d'originalité sur le plan scénaristique. Kidnapping, demande de rançon, anti-héros totalement à côté de la plaque... L'intrigue rappelle trop celle de The Big Lebowski. Le reste se résume à des "films dans le film" et aux caprices des stars. C'est finalement le plus intéressant, grâce à une judicieuse mise en abyme et un casting de choix : en plus de Josh Brolin, George Clooney et Channing Tatum, les prodigieux Ralph Fiennes, Scarlett Johansson et Tilda Swinton s'ajoutent à l'affiche.

Vous l'aurez compris : Ave, César ! garde un intérêt certain puisqu'il remplit sa principale mission : faire rire. Mais le film est loin de constituer la plus belle oeuvre des Coen. Espérons que le duo proposera autre chose que des pastiches de genres cinématographiques et des scénarios répétitifs. Espérons qu'ils nous épateront encore, sans abuser des paillettes. 

14/20
Film présenté en ouverture du 66e Festival de Berlin


The Danish Girl : un deuxième Oscar pour Eddie Redmayne ?
23 janv. 2016

Un an après Une merveilleuse histoire du temps, Eddie Redmayne réutilise son talent dans le vibrant The Danish Girl. A la clé, un rôle encore plus complexe, qu’il endosse à la perfection : celui d’un transsexuel torturé.
Inspiré de faits réels, The Danish Girl retrace l'histoire de la peintre danoise Lili Elbe / Einar Weneger (Eddie Redmayne). Profondément soutenue par son épouse Gerda Weneger (Alicia Vikander), l'artiste a été la première personne à avoir subi une opération pour changer de sexe en 1930.

Eddie Redmayne fait partie de ces acteurs qui "ont un truc". Ce "truc" qui éblouit, émeut et transcende, sans que l'on sache réellement pourquoi. Est-ce la gueule ? Le charme ? Le talent ? Probablement les trois. Dans Une Merveilleuse histoire du temps, qui lui avait valu son premier Oscar, il était incroyable. Devant la caméra de Tom Hooper, il est tout bonnement époustouflant.

Eddie Redmayne se glisse avec habileté dans la peau de cette "femme emprisonnée à l’intérieur d’un corps d’homme". Tout est joué avec force et maîtrise : il adopte la posture, les mimiques, l’allure d’une femme. L’acteur de 34 ans provoque toutes les émotions : compassion, tristesse, joie, parfois même dégoût… A travers sa prestation, il nous rappelle à quel point l’être humain peut être vulnérable et victime de ses propres démons. Il nous ferait presque ressentir le mal-être subi par un transsexuel, à une époque où ces personnes étaient vues comme des malades mentaux.


Nommé aux Oscars pour la deuxième année consécutive, Eddie Redmayne pourrait décrocher une deuxième statuette haut la main. Il serait alors le digne successeur de Colin Firth dans Le Discours d’un roi, dernier film de Tom Hooper. Son seul vrai concurrent ? Leonardo DiCaprio pour son rôle dans The Revenant (en salles 24 février prochain), autre grand favori cette année.

The Danish Girl ne serait pas aussi lumineux sans la prodigieuse Alicia Vikander. La jeune Suédoise était déjà très convaincante dans Ex Machina, Mémoires de Jeunesse et Royal Affair. Face à Redmayne, elle est au sommet de son art. La preuve : elle est, elle aussi, nommée aux Oscars.

17+/20

 


Carol : l'amour avec un grand A
21 janv. 2016
A travers le prisme des amours interdites, Todd Haynes (I’m Not There) propose un mélo poignant, porté haut par un duo d’actrices somptueuses, Cate Blanchett et Rooney Mara. En compétition pour la 88ème cérémonie des Oscars, ce film magistral possède tous les atouts pour remporter une ou deux statuettes… Verdict le 28 février prochain !
New York, 1952. Therese, jeune employée d'un grand magasin, rencontre Carol, une cliente distinguée et séduisante. C'est le coup de foudre. Le mari de Carol, avec qui elle est en instance de divorce, découvre leur liaison. De rage, il tente de lui enlever la garde de leur petite fille. Carol va devoir se battre pour survivre dans un monde qui rejette l'homosexualité.

Tirée d'un roman de Patricia Highsmith, "The Price of the Salt", l’histoire de Carol rappelle d’emblée celle de La Vie d’Adèle : une relation passionnelle entre deux femmes que tout oppose. La différence ? L’œuvre de Todd Haynes est beaucoup plus élégante et pudique que celle d’Abdellatif Kechiche. Le spectateur a enfin droit à une histoire d’amour, une vraie. Sans artifice. A l’écran, Therese (Rooney Mara) et Carol (Cate Blanchett) s’aiment en secret. Leurs yeux se cherchent, leurs mains se frôlent, leurs corps tremblent. Exit la bestialité : priorité aux sentiments. 

Amour impossible, homosexualité, mariage malheureux : Todd Haynes avait déjà abordé ces trois thèmes dans Loin du Paradis. Le cinéaste nous prouve, une fois de plus, qu’il maîtrise ces sujets à la perfection. Sur la forme aussi, la relation entre Therese et Carol est filmée de manière très subtile. Le cadrage est millimétré : les personnages occupent une seule moitié de l’écran, laissant place à d’autres éléments du décor. Cette verticalité des plans rappelle les tableaux d’Edward Hopper. S’y ajoutent une photographie soignée, signée Ed Lachman, et des costumes magnifiques, imaginés par Sandy Powell.


Il manquerait justement un peu de violence et de dureté à Carol. A une époque où l’homosexualité est vue comme une maladie mentale, Carol doit suivre une psychothérapie pour prouver aux yeux de la loi qu’elle peut avoir la garde de son enfant. Hormis cet élément, on ne ressent pas assez la cruauté de la société américaine des années 50 envers le couple - le seul entourage connu de Carol est son ex-petite amie, qui la comprend et la soutient. Le Secret de Brokeback Moutain, par exemple, raconte de manière beaucoup plus sombre la passion entre deux cow-boys dans les années 1960. Todd Haynes aurait pu se permettre, lui aussi, de noircir davantage son tableau.

En plus de ses deux récompenses au Festival de Cannes 2015 - Prix d’interprétation féminine pour Rooney Mara et Queer Palm -, Carol est nommé cinq fois aux Oscars. Le film pourrait bien décrocher des statuettes grâce au talent de ses deux actrices. Mais les catégories qui justifient le plus sa réussite - Meilleur film et Meilleur réalisateur - ont été écartées… Et c’est bien dommage.

16/20

Star Wars 7 - Le Réveil de la Force : le film hommage de J. J. Abrams
18 déc. 2015

Un vent de fraîcheur souffle sur la galaxie très lointaine de Star Wars ! J.J. Abrams reprend les codes de la saga et y ajoute un casting nouvelle génération. Ce Star Wars version Disney saura-t-il convaincre les fans ? Mais surtout, pourra-t-il conquérir de nouveaux spectateurs ? La réponse ici !
"Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine…". On connaît par cœur cette introduction de couleur bleue, à l'ouverture de chaque film de la saga. La même phrase, affichée de la même façon au début de Star Wars 7, donne tout de suite le ton et nous tient en haleine... Le titre jaune sur fond noir "Star Wars" jaillit sur l’écran. Les trompettes du thème musical de John Williams retentissent. Le célèbre générique "penché" défile sous nos yeux éblouis. Il n'y a plus de doute : J.J. Abrams jouera la carte de la fidélité avec l'univers de George Lucas. 

Niveau scénario, le réalisateur - épaulé par Lawrence Kasdan et Michael Arndt - utilise souvent les mêmes ingrédients que ceux des épisodes précédents… A tel point qu'il ne prend aucun risque, comme par peur de froisser les fans. Par exemple, la planète Jakku ressemble beaucoup à Tatooine, et la planète enneigée du Premier ordre rappelle celle glacée de Hoth. Le cinéaste aurait pu nous faire explorer des lieux et des tribus inédits... Mais Cin&Mad ne vous en dévoilera pas plus, au risque de spoiler ! 

Il est donc dommage que J.J. Abrams ne reprenne pas les rênes du huitième épisode (il sera réalisé par Rian Johnson) : on sent que le cinéaste a besoin de s’approprier le projet pour le faire gagner en maturité.
Que l’on vous rassure tout de suite : cet élément est le seul défaut de Star Wars 7. Le film offre toute une panoplie de nouveaux personnages (mention spéciale au petit droïde BB-8) interprétés par de jeunes acteurs talentueux : John Boyega, Adam Driver, Oscar Isaac, mais surtout Daisy Ridley, une révélation. Le réalisateur des deux derniers Star Trek connaît l’univers galactique comme sa poche : il propose une qualité visuelle et des effets spéciaux à couper le souffle. Des combats et courses-poursuites dynamiques apportent au film un rythme effréné. Une touche d’humour est présente. Mais surtout, un air de nostalgie plane dans l’air : la présence à l’écran de Harrison Ford, Carrie Fisher et Mark Hamill vieillis de 30 ans met du baume au cœur. 

Star Wars 7 marque le début d’une nouvelle trilogie. La scène finale, magnifique, vous rendra impatients de connaître la suite. Les fans vont adorer Le Réveil de la Force, voire le considérer comme le meilleur Star Wars. Quant aux moins convaincus qui s’attendent à un pur produit commercial estampillé Disney, ils seront agréablement surpris. Car l’esprit de Star Wars est bien là et le résultat est satisfaisant. On espère simplement que Rian Johnson apportera de nouvelles idées au prochain épisode. Que la force soit avec lui !

17+/20


Back Home : un drame familial envoûtant
15 déc. 2015
Filmer le deuil de façon honnête : tel était le pari de Joachim Trier avec Back Home. Pari réussi : le cinéaste norvégien signe un long métrage sincère et fascinant, servi par un casting haut de gamme.
Trois ans après la mort accidentelle de la célèbre photographe Isabelle Reed (Isabelle Huppert), son mari Gene (Gabriel Byrne) et leurs deux fils Jonah (Jesse Eisenberg) et Conrad (Devin Druid) tentent de surmonter leur deuil. Alors qu’une exposition se prépare en l’honneur d’Isabelle, une sombre vérité va éclater au sein de la famille.



N’ayons pas peur des mots : Back Home (initialement titré Plus fort que les bombes) est d’une beauté visuelle époustouflante. Le plan d’ouverture - une main de bébé serrant le doigt d’une main adulte - rappelle immédiatement l’affiche de The Tree of Life (Terrence Malick), et annonce d’autres plans très épurés. La photographie - l’un des thèmes centraux du film - est impeccable. Certaines séquences au ralenti, oniriques - le corps de la mère flotte dans les airs, enveloppé d’un linceul -, donnent l’impression que le temps est suspendu.

Loin des clichés et de l’apitoiement, Joachim Trier (Oslo,31 août) propose une approche plus noble de la mort et son acceptation. La caméra se concentre sur trois hommes touchés par le même chagrin. Trois réactions différentes au deuil. Trois souvenirs de la même femme.

Le personnage du jeune Conrad - brillamment interprété par Devin Druid - est de loin le plus intéressant. Ce lycéen au jean troué et chaussures de skate, le regard constamment éteint, se laisse envahir par la souffrance. Hermétique à toute communication, l’adolescent a accumulé trop de colère pendant ces trois années. A mesure que l’action se déroule, un léger suspense s’installe : on attend l’explosion, le moment où il pourra se laisser aller, exprimer ce qu’il ressent, extérioriser sa haine. Mais seule l’écriture lui permettra de soulager cette peine.


Entrecoupé de flashbacks et de photographies "vivantes" retraçant la vie personnelle et professionnelle d’Isabelle, le film se concentre sur deux thèmes majeurs. Il aborde avec finesse la difficulté que représentent les responsabilités d’un parent : avant sa mort, Isabelle fuit le quotidien familial en se consacrant pleinement à sa carrière. En tant que veuf, Gene doit assumer son rôle de père vis-à-vis de ses deux fils et "combler" l’absence de sa femme pour asseoir son autorité. A la naissance de son bébé, Jonah fuit ses obligations de jeune papa.

Autre thème : la mort, omniprésente. Les personnages ont un rapport très intime avec elle. Gene et ses fils doivent continuer à vivre dans le deuil. Par son travail de photographe de guerre, Isabelle côtoie la mort tous les jours. Conrad est fasciné par la décomposition des êtres vivants.

Back Home est un film plein de sincérité : il met ses personnages à nu et expose leur mal-être sans artifice. L’impuissance de ces hommes face à une disparition si soudaine nous touche. L'esthétisme des scènes et la méticulosité de la narration donnent un sans-faute à l'écran. Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2015, le film de Joachim Trier méritait amplement la Palme d’Or.
18/20



L'homme irrationnel : du Woody très allenien
23 oct. 2015

"Une étudiante tombe amoureuse de son professeur" : ce pitch aurait pu accoucher d'un film affeusement banal. Il n'en est rien. Si Woody Allen applique à la lettre ses bons vieux codes, il conserve tout son talent, et signe une comédie noire à ne pas manquer ! 
Abe Lucas (Joaquin Phoenix) est un professeur de philosophie torturé et dépressif. Lorsqu'il prend ses fonctions dans une nouvelle université, cet homme ténébreux intrigue toutes les femmes. Il entame une liaison avec sa collègue Rita Richards (Parker Posey), mais devient aussi très ami avec Jill Pollard (Emma Stone), sa meilleure élève. Celle-ci tombe sous le charme. Mais l'homme qu'elle admire tant s'apprête à commettre l'irréparable...

Questions existentielles sur fond de Kant et de Dostoïevski, personnages victimes de leur destin, bonne dose d'humour noir, le tout animé par un air de jazz : voici le cocktail détonnant de L'homme irrationnel. Après Magic in the Moonlight, finies les paillettes, retour au thriller : L'homme irrationnel s'inscrit dans la lignée de Match Point. La différence ? Ce dernier film garde une base comique, contrairement au long-métrage de 2005, plus sombre. Ici, Woody Allen aborde le sujet du crime avec plus de légèreté. En revanche, le film réunit des thèmes récurrents, chers au réalisateur : hasard, névrose, culpabilité, solitude… Sans oublier le fameux triangle amoureux.
A travers un récit en double voix-off, le cinéaste propose au spectateur de repenser ses perceptions morales : le crime est-il permis quand il est estimé juste par la personne qui l'a commis ? Abe Lucas a perdu le goût de la vie. Son acte entraîne sa "résurrection" et, par extension, implique le bonheur d'une autre personne. A l'écran, le geste est d'ailleurs très simple, sans violence : hormis le regard glaçant de Joaquin Phoenix, lourd de significations, tout se passe dans l'imagination du spectateur. A travers ce personnage, Woody Allen semble dresser son autoportrait. D'un côté, l'artiste cherche une muse pour combler son manque d'inspiration. De l'autre, l'homme doit trouver le moyen de redonner un sens à sa vie.

Dans la réalité, Woody Allen a justement trouvé sa nouvelle muse : après Diane Keaton, Mia Farrow et Scarlett Johansson, c'est au tour d'Emma Stone. La brillante actrice avait déjà fait ses preuves dans Birdman - ses performances ont failli lui valoir un Oscar. Son jeu est ici moins épatant mais reste convaincant. Joaquin Phoenix offre quant à lui une prestation réussie, bien qu'il ait déjà endossé le rôle de l'homme dévasté dans plusieurs films (Her, The Immigrant, Two Lovers).

Présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2015, L'homme irrationnel est un Woody Allen classique. Le cinéaste traite "le caractère aléatoire de nos vies" en mêlant le comique et le tragique. Son dernier film est donc sans surprise, hormis une fin saugrenue - seule et unique fausse note. Il vaut le détour pour ses acteurs, ses subtils dialogues et son délicieux mélange des genres, alliant cruauté et désinvolture.

16/20
Le Nouveau stagiaire : le film qui prend soin de vous
14 oct. 2015
Après The Holiday et Pas si simple, Nancy Meyers reste fidèle à elle-même. Elle livre une comédie pimpante animée par des personnages attachants. Un feel-good movie qui met du baume au cœur.

Ben Whittaker, un veuf de 70 ans, trouve sa retraite trop ennuyeuse. Il postule pour un poste de stagiaire dans un site Internet de mode, créé et dirigé par une jeune femme, Jules Ostin. Le choc des générations peut commencer !

Une chose est sûre : les fans de Nancy Meyers ne seront pas déçus ! Le Nouveau stagiaire (The Intern en VO) s'inscrit dans la même veine que ses prédécesseurs. A travers une histoire ultra-simple, la cinéaste s'amuse à inverser les rôles : le stagiaire est un homme âgé et la boss est une trentenaire dont le mari est père au foyer. Loin d'être un chef-d’œuvre du 7e Art, le film séduit par des caractéristiques chères à la réalisatrice : réflexion sur les relations humaines, thèmes qui nous touchent de près - ici le travail, l'amour et l'amitié -, bonne dose d'humour, et bien sûr, grosses têtes d'affiches.

Après Mel Gibson dans Ceux que veulent les femmes, Jack Nicholson dans Tout peut arriver, Kate Winslet et Cameron Diaz dans The Holiday et Meryl Streep dans Pas si simple, Nancy Meyers s'entoure à nouveau d'un casting solide. Robert De Niro et Anne Hathaway forment un duo détonnant. Leur présence donne une âme au film - c'est d'ailleurs grâce à eux qu'il a un réel intérêt.
Anne Hathaway retrouve le monde professionnel de la mode semblable à celui du Diable s'habille en Prada. Au lieu d'incarner la jeune assistante de Miranda Priestly (Meryl Streep), l'actrice prend cette fois la place de la patronne autoritaire. Anne Hathaway peine à jouer la méchante : même si les deux rôles sont différents, elle est loin de détrôner Meryl Streep. Robert de Niro est absolument touchant en papi plein de bonne volonté. Champion de boxe décadent (Raging Bull), trafiquant d'armes nerveux (Jackie Brown), gangster dépressif (Mafia Blues), père indigne (Happiness Therapy)… L'acteur de 72 ans a prouvé depuis bien longtemps qu'il pouvait tout jouer.

Nancy Meyers tente de dépeindre le monde d'aujourd'hui : sur-communication, sexisme dans le monde des affaires, amitié intergénérationnelle, équilibre à trouver dans un couple… Elle évoque de nombreux sujets mais ne les creuse pas davantage. Le Nouveau stagiaire se limite à sa dimension divertissante. La formule marche puisque l'ennui ne pointe jamais. S'il ne vaut pas The Holiday, il reste très agréable à regarder et donne le sourire. Comme toute l’œuvre de Nancy Meyers, ce dernier film mise sur l'allégresse et les bons sentiments, sans pour autant basculer dans le godiche. A Cin&Mad, on est fans.
16/20



Mémoires de jeunesse : la rampe de lancement d'Alicia Vikander
03 oct. 2015


Sous ses airs de drame à l’eau de rose, Mémoires de jeunesse révèle bien des surprises, mais surtout un nouveau talent féminin : Alicia Vikander, merveilleuse, crève l’écran.

Printemps 1914. Vera Brittain n’a qu’un seul but : intégrer Oxford, pour devenir écrivain. Malgré la réticence de ses parents, elle est encouragée et soutenue par son frère, ses amis et son fiancé, Roland. Mais lorsque l’Angleterre entre en guerre, tous les jeunes hommes s’engagent dans l’armée. La jeune femme s'engage alors en tant qu'infirmière. Et va voir tous ses rêves s’effondrer…

James Kent avait déjà brossé le portrait d’une femme forte dans son téléfilm sur Margaret Thatcher (Margaret). Avec Mémoires de Jeunesse, il réitère l’expérience sur grand écran en signant son premier long-métrage cinéma. Le film s’inspire du livre Testament of Youth, qui raconte le parcours de la féministe Vera Brittain. Cette femme pétrie de courage a sacrifié ses études et sa vie privée pour servir son pays et tenter de soutenir ses proches.

En bon écolier, James Kent respecte à la lettre les codes classiques du 7ème Art : décors, costumes, musique, photographie… Tout est impeccable. Mais côté scénario, le film s’apparente trop longtemps à un drame "archi-sentimental". La Grande guerre n’est qu’un détail. Elle laisse la part belle à une histoire d’amour mielleuse agrémentée de lettres enflammées. Seule Alicia Vikander (Ex Machina), dans le rôle principal, suscite l’intérêt et garde son spectateur en éveil.

Heureusement, le récit prend une tournure totalement inattendue. Il se transforme en un "vrai" drame, aussi émouvant que crédible. James Kent doit ce revirement de situation à la dure réalité de l’histoire dont il s’inspire. Mais surtout, Alicia Vikander continue de porter haut le film, tandis que son personnage évolue et gagne en sensibilité.

La jeune suédoise interprète avec vigueur la descente aux enfers subie par Vera Brittain, à mesure que la guerre lui prend tout. Rien d’étonnant à ce que l’actrice soit la nouvelle coqueluche d’Hollywood. Elle fait même de l’ombre à Kit Harington (Pompéi), indissociable du personnage de Jon Snow dans Game of Thrones.

Résultat : le pari est réussi uniquement grâce au choix de casting. Alicia Vikander délivre le message du film : comment continuer à vivre après tant de souffrance, se reconstruire après le deuil, côtoyer ses propres fantômes. L’actrice sera à l’affiche de The Danish Girl le 20 janvier prochain, aux côtés de l’incroyable Eddie Redmayne (Oscar du meilleur acteur en 2015). Le duo sera probablement explosif. Quant au film, il devrait marquer le couronnement de Miss Vikander. Promis, on ne le loupera pas.
14/20


The Program : la chute du roi Armstrong
25 sept. 2015


Après The Queen en 2006, Stephen Frears revient au biopic avec The Program, basé sur la vie du cycliste américain Lance Armstrong. Ben Foster ne se contente pas de "jouer" le sportif : il l’incarne complètement. Et sauve le film.

Le 22 octobre 2012, le champion du Tour de France Lance Armstrong est reconnu coupable de dopage. The Program retrace le parcours de l’auteur du plus grand scandale de l’Histoire du sport. Adapté du livre Sept péchés capitaux : ma poursuite de Lance Armstrong du journaliste David Walsh, The Program passe rapidement sur les débuts difficiles du cycliste - ses premières courses et son cancer - pour se concentrer sur ses heures de gloire.

The Program ne s’adresse pas qu’aux fans du Tour de France : il cherche à raconter le "phénomène Armstrong" et nous instruit sur son vécu. Stephen Frears (Philomena) est totalement fasciné par le personnage : il filme ses séances de dopage et de cyclisme avec gourmandise. Il déroule le fil de sa vie de façon linéaire et insère quelques images d’archives : la dimension réaliste du récit est accrue. Le tout est agrémenté d’une B.O. rock composée, entre autres, de Radiohead et des Ramones. Mais cela est-il suffisant ?
Le film s’articule autour de la double-personnalité de Lance Armstrong : d’un côté, le champion de sport adulé, vainqueur de la maladie et promoteur de la lutte contre le cancer. De l’autre, un immense escroc, qui s’entraîne tous les jours devant sa glace à déclarer avec assurance : « Je n’ai jamais été contrôlé positif à des produits dopants », le rictus aux lèvres.

Heureusement pour Frears, Ben Foster (X-Men l’affrontement final) interprète à merveille Lance Armstrong. En plus de ressembler physiquement au personnage, il l'habite complètement, suscitant à la fois l’admiration et la crainte. Il réussit pleinement sa transformation d’être humain faiblard en monstre injecté de drogue. Le film doit donc surtout son intérêt à son jeu d’acteur, sans compter les prestations de Chris O’Dowd (David Walsh) et Guillaume Canet (dans la peau du médecin-savant fou Michele Ferrari), impeccable pour l’un, surprenante pour l’autre.

Stephen Frears aurait pu creuser davantage l’aspect psychologique du sportif. Hormis l’évocation d’un mariage et d’enfants, on ne sait rien de sa vie personnelle et intime, ni précisément ce qui l’a poussé à devenir un grand tricheur. Si ce n'est, bien sûr, la quête ultime de la victoire. Il aurait été intéressant d’en savoir plus sur cet homme si singulier, dont l’esprit malhonnête a mis tant de temps à émerger.
13,5/20

Marguerite : le silence est d'or
23 sept. 2015
L’expression "chanter comme une casserole" prend ici tout son sens ! Dans Marguerite, Catherine Frot incarne une baronne cantatrice convaincue d’être talentueuse. Mais il n’en est rien… Le dernier film de Xavier Giannoli séduit par son savant équilibre entre le tragique et le comique. On applaudit.
A Paris dans les années 1920, Marguerite Dumont (Catherine Frot) organise régulièrement des concerts privés dans son château. Elle chante - ou plutôt crie - des airs d’opéra. Le public l’acclame après s’être bouché les oreilles. Son mari s’invente des petits accidents de voiture pour ne pas assister au massacre. Personne n’ose dire à la baronne qu’elle chante atrocement faux. La situation empire le jour où Marguerite décide de se produire devant un vrai public.


Sur le plan esthétique, Xavier Giannoli nous livre un petit bijou : gramophone, musique jazz, rideaux de velours, costumes… la reconstitution du Paris de l’époque est magnifique, l’ambiance est là. Côté scénario, le réalisateur s’inspire de la vie de l’Américaine Florence Foster Jenkins. Dans les années 1940, elle se produisait devant un cercle d’habitués, et croyait qu’elle était une excellente chanteuse. Xavier Giannoli rejette l’étiquette du biopic : il propose une interprétation plus libre de cette singulière histoire. Le point d'orgue : une scène finale plus personnelle, teintée d’étrangeté.

Le film s’inscrit entre la tragédie et la comédie : la cruauté de l’entourage de Marguerite Dumont contraste avec des scènes de chant cocasses. On observe avec fascination la réaction de l’auditeur face à un tel spectacle. Mais surtout, quelqu’un aura-t-il le courage de tout avouer à la baronne ? Car s’il y a bien un thème qui prédomine dans Marguerite, c’est l’honnêteté. Marguerite Dumont est victime d’un double-mensonge de la part de son mari : en plus de la laisser croire qu’elle chante juste, il entretient une liaison. Leur mariage à lui seul est une façade.

Malgré la grande solitude dans laquelle elle vit depuis des années, Marguerite parvient à garder une grande humilité. Le chant est la seule chose qui lui permette de survivre : "Il n’y a que la musique qui compte pour moi. C’est ça ou devenir folle", affirme-t-elle à son mari. Catherine Frot (Les Saveurs du palais) incarne avec subtilité cette Castafiore sensible et touchante. Déjà favorite, l’actrice pourrait aisément décrocher un César.

Avec Marguerite, Xavier Giannoli dresse le portrait d’une femme étonnante, qui s’acharne à devenir ce qu’elle ne sera jamais. Cette tragi-comédie lyrique, centrée sur le spectacle et l’illusion, délivre un autre message, sans doute directement inspiré de ce bon vieux Shakespeare : "Le monde entier est un théâtre. Et tous, hommes et femmes, n’y sont que des acteurs."
18/20

Whiplash : une grosse claque
08 janv. 2015

Attention les oreilles ! Whiplash n’est pas un petit film anodin, loin de là. Il arrive sans prévenir, nous livre une expérience hors-du-commun, et se termine avant même qu’on comprenne ce qui nous arrive. En somme, une claque en pleine figure.
A 19 ans, Andrew rêve de devenir le meilleur batteur de jazz de sa génération. Il s’entraîne avec acharnement au conservatoire de Manhattan pour atteindre l’excellence. Il est repéré par Terence Fletcher, un chef d’orchestre reconnu mais redoutable…

Il est impossible que Whiplash vous laisse indifférent. Sous ses allures de "petit film de musicos" (présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2014), ce long métrage est un véritable raz-de-marée. Dès les premiers roulements de tambour jusqu’au grand finale, il vous saisit par les tripes et ne vous lâche plus, par son histoire prenante, sa mise en scène millimétrée, et ses personnages fascinants. 

Le film laisse place à une grande part autobiographique : le réalisateur Damien Chazelle, lui-même ancien batteur dans un conservatoire de jazz, craignait aussi son chef d’orchestre. Son expérience personnelle retranscrite sur grand écran, déployée à grande échelle, donne au spectateur une perpétuelle sensation de malaise. Il vit les mêmes sensations de peur, d’angoisse et d’affliction que le héros. 

A l’inverse, d'autres scènes de répétitions et de concerts nous font swinguer, avec l’interprétation par l’orchestre Studio Band d’une musique jazz entraînante, même lorsqu’il s’agit de Whiplash, ce morceau si difficile emblématique du film, mais accompli sans fausse note, au détail près, comme l’exige l’abominable maître de musique (qui fait ici figure de maître du monde), brillamment interprété par J.K. Simmons. L’acteur donne la réplique à Miles Teller, également batteur dans la vraie vie, tout aussi convaincant par sa prestation fulgurante de musicien torturé.


Le film pose d’importantes questions sur les aspirations d’un artiste, et montre jusqu’où celui-ci est prêt à aller pour atteindre la perfection. Jouer de la batterie est une question de vie ou de mort pour Andrew. Il se trouve dans une situation d’addiction totale et malsaine, et de soumission à son maître, dont il satisfait les caprices les plus stupides. Entre jouer de la musique pour son simple plaisir et être performant au point de sacrifier sa propre vie, quelles sont les limites ?
 
Mais surtout, Damien Chazelle nous confronte à un véritable conflit intérieur : d’un côté, il y a le gentil batteur, victime du perfectionnisme pathologique de son professeur. De l’autre, un grand chef d’orchestre de jazz, certes très sévère, mais uniquement dans le but de pousser ses élèves à se surpasser pour devenir des musiciens hors pair. Impossible de distinguer clairement la victime du bourreau. On en vient même à se demander si l’acharnement du jeune artiste n’est pas, lui aussi, une sorte de folie. Et c’est là que réside la grande force du film.

Conforme à son thème, Whiplash dans sa totalité est dynamique, rythmé, réglé au détail près, dans sa construction, son montage, par ses plans, ses acteurs, et bien sûr, sa musique. Le film constitue une œuvre d’art dans sa totalité. Comme au sein de l’orchestre Studio Band, il n’y a aucune bavure, aucun faux tempo, rien qui dépasse. Whiplash illustre avec talent le monde de la musique, sa part de lumière, faite de tambours battants et de cuivres étincelants, mais surtout, sa part d’ombre, faite de sang et de sueur.

19/20


Une nouvelle amie : le sujet qui fâche
26 nov. 2014


François Ozon met le doigt là où ça fait mal. Comme toujours. Après Jeune & Jolie, il signe un film encore plus troublant, en rapport frontal avec l’actualité sur les questions de genre. Une nouvelle amie, tel un parfum de femme envoûtant, s’impose… "comme une évidence".

Suite au décès de sa meilleure amie, Claire tente de remonter la pente tant bien que mal. Elle avait promis de veiller sur le mari de la défunte, David, et leur bébé, Lucie. Une découverte surprenante au sujet de David va redonner à Claire le goût de la vie, mais aussi la troubler au plus haut point... 

Adapté de la nouvelle Une amie qui vous veut du bien écrit par Ruth Rendell en 1985, Une nouvelle amie brise les tabous par sa proclamation de la différence et de la féminité. Comme à son habitude, Ozon ose. En quelques minutes, le prologue est bouclé. Très vite, le cinéaste nous amène au cœur du sujet : le travestissement d’un homme. D’abord pour compenser l’absence d’une épouse disparue, mais finalement, pour accepter cette nouvelle identité jusqu’ici étrangère : celle de la femme.

Après le chamboulement, les questions, qui se déversent en cascade dans la tête du spectateur : questions sur l’égalité des genres, la notion de féminité (au cinéma comme dans la vraie vie) et les troubles de l’identité, que François Ozon aborde avec une certaine crudité pour mettre fin aux préjugés. Dans un contexte social chamboulé par ces mêmes réflexions, le réalisateur tape en plein dans le mille. De quoi en émoustiller plus d’un.

Mais ce n’est pas tout. François Ozon a trouvé l’acteur idéal pour incarner Virginia : Romain Duris, époustouflant dans son rôle d’homme travesti, repousse les limites de son jeu d’acteur et assume pleinement son image de femme à l’écran.

Oscillant entre le drame et la comédie, Une nouvelle amie ne se présente pas comme "un énième film dérangeant réalisé par François Ozon", mais comme une incitation à l’ouverture d’esprit, une ode à l’évolution des mœurs, un appel à une réflexion profonde sur les changements de notre société. Car non, François Ozon ne se contente pas seulement de nous perturber : il soulève de vraies problématiques, à travers un cinéma cru et percutant. C’est pour ça qu’on l’aime.

14+/20


 

White Bird : le film sage de Gregg Araki
25 oct. 2014

Après le délirant Kaboom (2010), Gregg Araki calme ses ardeurs et signe un film "normal". Ce thriller, visuellement coloré, psychologiquement sombre, fonctionne par la force de ses acteurs et la beauté de sa réalisation.
Corps qui change, temps passé avec les potes, découverte de la sexualité… Kat Connors, 17 ans, traverse la période de l’adolescence. Un jour, sa mère disparaît soudainement sans laisser de traces. Au début, Kat semble à peine troublée par cette absence. Mais ses rêves étranges vont l’amener à s’interroger sur les raisons de cette mystérieuse disparition.



Au placard, les folies artistiques et les délires perso ! Gregg Araki choisit cette fois la sobriété et revient aux codes "classiques" du cinéma. Une recette qui marche puisque le spectateur n’est pas largué au beau milieu de scènes d’hallucinations sans queue ni tête. Cette fois, le cinéaste l’invite à entrer dans son monde (finalement il n’est pas si effrayant, ce M. Araki) et à découvrir, pas à pas, une intrigue qui tient la route.

Adapté du roman Un oiseau blanc dans le blizzard publié par Laura Kasischke en 1999, White Bird s’attache à explorer le sentiment d’absence et la période difficile de l’adolescence (vécus par Kat), mais aussi l’enfer du train-train quotidien infligé par le rêve américain (vécu par la mère). 

Photographie, costumes, bande originale 80’s… tout est minutieux. Chaque plan, travaillé au millimètre, nous montre le résultat d'une œuvre d’art complète. Si quelques longueurs alourdissent parfois l’intrigue, l’histoire se déroule comme un fil. L’élément narratif final, un peu grotesque, mais drôle, nous rappelle que Gregg Araki a toujours besoin de nous surprendre, et ce par tous les moyens.

La talentueuse et désormais très connue Shailene Woodley (Divergente, Nos étoiles contraires) est entourée d’acteurs prodigieux : Christopher Meloni, Eva Green (Sin City : J’ai tué pour elle), Shiloh Fernandez, Gabourey Sidibe (Precious)… un casting sans faute.


White Bird réussit enfin une belle approche de la sexualité, du désir et de l’instinct primaire (symboles, ici, de l’indépendance de la jeune femme), poussés jusque dans la bizarrerie et le malsain, mais sans jamais choquer, toujours pris à la légère, rappelant l’insouciance de la jeunesse. Avec tous ces éléments et la touche de surréalisme si chère à Gregg Araki, le cinéaste semble bien avoir trouvé les clés d’un film accompli.

16/20

Mommy, d'amour et de haine
17 oct. 2014




  À 25 ans seulement et bourré de talent, Xavier Dolan nous démontre une fois de plus son talent indéniable pour les choses de la vie.




  Diane « Die » Després (Anne Dorval) est une mère courage qui se bat seule pour son fils Steve (Antoine-Olivier Pilon), une femme veuve et sans emploi que la vie n’a pas épargné. Très vite, les deux protagonistes se lient d’amitié à leur charmante voisine Kyla (Suzanne Clément), elle aussi très marquée par la vie et la perte soudaine d’un des ses enfants. Le trio inattendu se consacre alors au bonheur présent, au besoin immédiat de vivre et de ressentir des choses. Mais tout n’est pas rose depuis l’arrivée de Kyla.


   Antoine-Olivier Pilon  se montre attachant malgré sa rudesse d’adolescent incompris tandis que Anne Dorval nous livre certainement ce qui est à l’heure d’aujourd’hui son meilleur jeu d’actrice, d’une justesse et fragilité déconcertantes. Les hauts et les bas s’enchainent dans la vie de cet amour maternel passionné, à la limite de l’inceste, le film alternant tout du long des plans filmés en format 1:1, un format photographique très en vogue, et des plans 16:9 durant lesquels le spectateur se surprend à respirer à nouveau.


  C’est là que le génie de Xavier Dolan entre en scène. Ces techniques de mise en scènes cinématographique couplées à un jeu d’acteur fabuleux et un choix de musiques judicieux, apportent une atmosphère à la fois pesante et légère, et une esthétique léchée, très proche de certains clips vidéo diffusés sur MTV.


  Les qualités indéniables de ce film en font déjà le lauréat du prix du public du festival de Cannes 2014, et le portent en candidat idéal pour remporter lors de la 87éme cérémonie des Oscars en 2015, l’oscar du meilleur film en langues étrangères. Plus longtemps donc à attendre avant de savoir si Xavier Dolan transformera l’essai et deviendra lui aussi, à l’image de ses personnages, le héros de son propre destin.


   Note Cin&Mad : 17/20




Gone Girl : un thriller psychologique imparable
15 oct. 2014

Le prodige David Fincher est de retour avec "Gone Girl". Après "Seven", "The Social Network" et "Millenium", le cinéaste signe un thriller épatant sur l'enfer du mariage. 


Le jour de l'anniversaire de leur cinq ans de mariage, Nick Dunne (Ben Affleck) signale à la police la disparition de sa femme, Amy (Rosamund Pike). Très vite, la pression des autorités et l'affolement des médias abîment l'image du couple modèle. Nick ment, omet de raconter des détails importants pour l'enquête et se comporte étrangement. Le monde entier, jusqu'à son plus proche entourage, se pose des questions. Qu'est-il arrivé à Amy ? Pire encore. Nick a-t-il tué sa femme ?

L'histoire est adaptée du roman de Gillian Flynn, "Apparences". Dans ce titre, tout est résumé. Ben Affleck joue le mari niais, l'américain moyen qu'on adore détester. Rosamund Pike est la parfaite "American girl" : blonde, brillante, un brin manipulatrice. Mais tous deux sont à bout de souffle. Le couple idéal n'existe plus, Nick et Amy sombrent inexorablement dans un cauchemar sans fin. Gangréné, à la lisière du chaos, leur mariage filmé par Fincher devient alors un cadavre en décomposition. Le spectateur regarde au fil des minutes sa désintégration.  


Amy disparue, Nick devient le suspect numéro 1. Le long-métrage entre alors dans sa phase policière. La réalisation est corrosive, tranchante mais surtout toujours juste. Le scénario oscille entre les divers flash-backs et l'enquête. Les rebondissements s'enchaînent, le spectateur est fasciné par le maestro aux commandes. "Gone Girl" n'oublie pas au passage d'égratigner la société contemporaine. Du capitalisme ambiant aux médias en tout genre, Fincher critique ardemment. Comment une personne peut-elle être accusée coupable d'un fait sans jugement ? Où est passé la présomption d'innocence ?



Après plus de 2h20 de film, le twist final révèle l'étendue de l'intrigue. Le dernier quart d'heure devrait convaincre les derniers réticents. Fincher conclut sur des images fortes et un récit noir qui tend à prouver que le mariage est un véritable enfer. En accord ou pas, "Gone Girl" est sans nul doute un des plus grands films du cinéaste depuis "Seven". Imparable. 

Note : 17 /20


Si je reste : un mélo pour ados surprenant
22 sept. 2014

Hasard ou fatalité, les teen movies sont remis au goût du jour. Seulement un mois après Nos étoiles contraires de Josh Boone, R.J. Cutler propose avec ce premier long métrage, sa propre version du « drame sentimental pour ados ». Si je reste est tantôt niais, tantôt crédible, mais toujours riche en émotions.


Entre ses cours de violoncelle, le temps passé avec sa famille et son petit ami Adam, Mia mène une vie idéale. Mais tout bascule le jour où elle subit un terrible accident de voiture. Entre vivre ou mourir, la jeune fille devra faire un choix crucial.

Le très caricatural scénario de Si je reste ne promet ni monts ni merveilles. A sa manière, il réussira tout de même à en éblouir plus d’un. Adapté du roman éponyme de Gayle Forman, le film s’adresse en premier lieu à de jeunes adultes. L’héroïne, elle-même adolescente, connaît les premiers émois, une passion pour la musique… des événements auxquels les jeunes s’identifient facilement.

Grâce à une technique de flashback habilement utilisée, qui ajoute par petites touches des éléments du passé de l’héroïne, le film aborde le thème incontournable du destin et les questionnements existentiels qu’il suscite, mettant l’accent sur les choix à faire au cours d’une vie. Malheureusement, le côté teenager reprend trop souvent le dessus : une histoire d’amour très utopique, des éléments narratifs parfois trop tragiques et une fin cousue de fil blanc font perdre au film sa crédibilité.

Le film doit surtout son intérêt au talent de ses interprètes - notamment Chloë Grace Moretz, étoile montante récemment vue dans Sils Maria d’Olivier Assayas (sélectionné au festival de Cannes 2014) -, mais aussi à sa présence musicale, aussi bien au premier plan (tous les personnages baignent dans la musique) qu’au second (grâce à une bande originale incroyable).

Si je reste est une belle ode à la vie et à l’amour. S’il n’est pas accessible à tous les publics, le film trouve malgré tout le moyen de nous toucher par sa sensibilité et sa sincérité, que ce soit par l’image - ces « moments uniques » que nous avons tous connus -, le son - toute une palette de styles de musique -, ou par sa réflexion intéressante sur la fragilité de l’existence.
14/20
 
22 Jump Street : la fin justifie (presque) les moyens
05 sept. 2014

Après le lycée, l’université ! Phil Lord et Christopher Miller renouvellent l'aventure du duo de policiers déjantés formé par Schmidt et Jenko. Ce deuxième volet est, à quelques détails près, le même que son prédécesseur... mais en mieux !
Après un énième échec, Schmidt et Jenko sont renvoyés à Jump Street, l’unité de jeunes policiers infiltrés, qui a déménagé au n°22. Leur nouvelle mission : se faire passer pour des étudiants à l’Université MC State pour trouver le fournisseur d’une drogue qui a causé la mort d’une étudiante.

Non, 22 Jump Street n’est pas le remake de 21 Jump Street mais bien le sequel. Pourtant, à part quelques changements - personnages, lieu d’action, nom de la drogue -, il reprend scrupuleusement la même trame. Présenté comme une énorme autodérision de la part de ses réalisateurs Phil Lord et Christopher Miller, 22 Jump Street apparaît finalement comme une « version restaurée » de l’original. Ce « produit fini » est le résultat d’un travail plus abouti, faisant preuve de plus de maturité.

Si dans le premier opus, Jenko (Channing Tatum), le « beau gosse », intègre un groupe d’intellos, et Schmidt (Jonah Hill), le « loser », devient le garçon le plus populaire du lycée, les rôles s’alternent à nouveau dans le deuxième. Ce « retour aux origines » colle finalement plus à leur personnalité et donne au film un côté réaliste nécessaire. Sans cet élément, l’humour stupide et les gags en tous genres auraient repris le dessus, et le film aurait été aussi creux que le précédent.

Autre progrès : la psychologie des deux héros est davantage explorée, ainsi que leur relation professionnelle et amicale, malgré un humour gay exagéré. Mais ces quelques évolutions ne parviennent pas à redresser la barre puisque les clichés sont toujours présents - blagues racistes, manichéisme flagrant -, ainsi que les signes des grosses productions américaines à destination des adolescents - fraternités, fêtes d’étudiants, prédominance du sport -, des ingrédients déjà mâchés, digérés et recrachés dans 21 Jump Street.

Un troisième épisode ne serait pas du tout surprenant, mais les réalisateurs vont devoir creuser davantage leur sujet et faire preuve de plus d’originalité pour présenter une comédie policière digne de ce nom.

11/20


American Nightmare 2 : le cauchemar empire
23 juil. 2014
Après le huit-clos du premier opus, succès surprise au box-office, James DeMonaco choisit cette fois la ville de Los Angeles comme terrain de chasse. Bien que les intentions scénaristiques soient bonnes, cette suite est désespérément creuse et sans saveur.
Comme chaque année aux Etats-Unis, la Purge a lieu. Durant une nuit, tous les crimes sont légalement autorisés. A quelques minutes du début, Shane et Liz tombent en panne, tandis que Léo prépare une vengeance jusqu’alors inconnue. Eva et sa fille Cali se font capturer par des hommes armés. Poursuivi à travers la ville, le petit groupe va devoir s’unir pour tenter de survivre à cette nuit meurtrière…


Le premier volet d’American Nightmare était truffé de bonnes idées : le titre, l’affiche et surtout le scénario étaient accrocheurs… pour un résultat plutôt décevant. En faire une suite n’était donc vraiment pas nécessaire. On connaissait déjà le pitch : pendant une nuit, tous les coups sont permis. Une nouvelle fois, on assiste sans grande conviction au combat entre les « purgeurs », qui cherchent à soulager leur désir d’agressivité, et les « anti-Purge », qui tiennent à rester en vie.

La surprise du premier opus en moins, le deuxième ne possède quasiment rien pour nous éblouir. Aucun suspense, des personnages très caricaturaux… A part des scènes de violence gratuite, il n’offre pas grand-chose. Pire : le film, qui se veut horrifique, fait tout sauf peur, malgré la présence du producteur Michael Bay, spécialiste en la matière (on lui doit les remakes récents de Massacre à la tronçonneuse et Les Griffes de la nuit).
Comme son prédécesseur, American Nightmare 2 repose sur un manichéisme flagrant : les riches blancs d’un côté, les pauvres noirs de l’autre. James DeMonaco aurait pu imaginer une version intéressante de la lutte des classes du futur, mais manque de subtilité et exploite le sujet de façon trop banale. Lorsque le cinéaste dénonce les dérives (fictives) du gouvernement américain, on pourrait penser à une métaphore du capitalisme, mais la réflexion n’est pas poussée plus loin. Les gestes de solidarité entre des citoyens issus de la classe populaire sont les seuls éléments qui valent le détour.

Hélas, James DeMonaco ne compte pas s’arrêter là : il songe déjà à un troisième épisode d’American Nightmare… A force d’user son sujet jusqu’à la corde, le réalisateur pourrait finir par l’anéantir complètement.
9/20



Ablations : quand le cauchemar devient réalité
18 juil. 2014

L’angoisse est au rendez-vous ! Arnold de Parscau réalise un premier long métrage poignant, épaulé par Benoît Délépine au scénario. L’équipe gagnante dévoile une histoire cauchemardesque aux allures de thriller.
Un homme se réveille dans l’herbe, sans aucun souvenir de la veille, une cicatrice au bas du dos... Il se rend compte qu’on lui a volé un rein ! Hanté par cette disparition, il fera tout pour le retrouver, au détriment de son travail et de sa famille. 
 

Malgré un démarrage un peu difficile, Ablations convainc et séduit. Brimé par un jeu d’acteur d’abord peu persuasif, le film prend finalement forme et saisit le spectateur. Les hallucinations du personnage principal, Pastor (Denis Ménochet), donnent son impulsion au récit. Tels des sportifs professionnels, les acteurs ont besoin d’un échauffement - les 15 premières minutes du film - avant d’assurer leur performance. Denis Ménochet, encore assez peu connu des grandes affiches, a une « gueule ». Il colle parfaitement à son rôle, celui d’un homme bourru, à la fois faible et déterminé, qui mène seul son combat.


Ablations doit surtout sa force à la fraîcheur apportée par le jeune cinéaste Arnold De Parscau. Son premier long métrage est né sous le signe de la nouveauté : avec malice, il ajoute à ses scènes des détails visuels et esthétiques intéressants - dont un très gros plan sur la contraction d’une pupille lorsque la lumière pénètre dans l’œil -, comme,  ici et là, des petites touches pétillantes.

Le scénario, signé Benoît Delépine (Le Grand soir), est l’autre grande qualité d’Ablations. On assiste, impuissant, à la lente descente aux enfers de cet homme ordinaire, de sa première perte jusqu’à la chute finale. Bien que l’histoire paraisse farfelue au départ, elle est finalement crédible, et entraîne une réflexion sur le trafic d’organes et le caractère parfois « sacré » du corps humain. Les rares faiblesses d’Ablations n’enrayent donc pas un fait indéniable : Arnold De Parscau a devant lui un avenir radieux, celui d’un réalisateur créatif et accompli.
16/20

Tanta Agua : les malheurs de Lucía
17 juil. 2014


Quoi de pire que de partir en vacances avec ses parents ? Les passer sous la pluie ! Ana Guevara Pose et Leticia Jorge Romero signent un premier film riche en bonnes idées, aux allures d’autobiographie, mais parfois alourdi par un rythme lent.

Alberto emmène ses enfants, Lucía et Federico, en vacances, pour passer plus de temps avec eux. Mais la pluie omniprésente gâche leurs projets et laisse l’ennui s’installer. Lucía, adolescente mal dans sa peau, va malgré tout vivre un séjour fort en émotions.

Le synopsis de Tanta Agua ressemble en tous points au scénario-type d’un Sofia Coppola. Avec pour thème principal l’ennui, le premier film des deux réalisatrices uruguayennes nous faisait craindre le pire : serait-ce un Somewhere bis, devant lequel le spectateur s’ennuie autant que les personnages ? Heureusement, non. Les deux réalisatrices nous épargnent et ajoutent une pointe d’action dans leur long métrage.


Malgré un début assez lent et plat, on finit par se prendre au jeu et par suivre, étape par étape, les tristes aventures du père et ses enfants, dans un monde sombre et pluvieux. Peut-être parce que les vacances ennuyeuses en famille, quand on est ado et qu’on déteste le monde entier, on l’a tous vécu, au moins une fois dans sa vie. Peut-être parce que finalement, voir ce père maladroit et timide avec ses propres enfants, est touchant et nous rend compatissants.

Mais le véritable intérêt du film est la force et la profondeur du personnage de Lucía (interprétée par Malú Chouza). Au dernier quart du film, la caméra se resserre sur l’adolescente, son mal-être et ses états d’âme. Les réalisatrices abordent avec une certaine sincérité la première déception amoureuse, la première cuite, et le besoin d’indépendance propres à cette période de la vie. Se pencher sur ce personnage dès le début du film aurait été d’autant plus intéressant.

Autre élément intéressant : l’eau, présente partout dans le film. La pluie, la piscine, la station thermale… Toute cette eau, symbolisant le calme, la quiétude, mais aussi la purification et la régénérescence de la jeune fille, donne son unité au scénario. Après Tanta Agua, les deux cinéastes ont déjà un autre projet en tête, Aleli. S’il gagne en maturité, leur travail en équipe pourrait être une vraie réussite.


15/20


Her : une histoire d’amour 2.0
10 avr. 2014
En tant que réalisateur, producteur et scénariste de son 4ème long-métrage, Spike Jonze réalise le triplé gagnant. Il nous livre une histoire d’amour virtuelle à la fois délirante et réaliste. Société plongée dans l’ennui, absence de communication, addiction aux appareils numériques… Bienvenue dans un futur pas si lointain !
Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, sort d’une rupture difficile. Il fait l'acquisition d'un programme informatique capable de s'adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de Samantha, une voix féminine intelligente, et en tombe amoureux.

Véritable miroir de notre société future, voire actuelle, Her dévoile avec un humour noir les limites des relations humaines. Au centre de l’histoire : Joaquin Phoenix (The Immigrant), magistral, comme toujours. Il donne la réplique à une voix sensuelle et rassurante, celle de Scarlett Johansson (Captain America, le soldat de l’hiver). L’actrice n’apparaît jamais à l’écran mais révèle une présence presque physique à ses côtés. L’alchimie entre les deux amants est complète : le tour est joué.

Fortement romantique, aux allures de nostalgie, Her enchaîne les belles images (lumières de la ville, ascenseurs de verre, paysages enneigés) et les plans resserrés. Le tout est rythmé par une musique signée Arcade Fire, qui donne une dimension plus poétique au film.

Malgré tout, le scénario reste alambiqué. Spike Jonze va loin, très loin… jusqu’à explorer de façon invraisemblable certaines facettes des relations amoureuses. On ressent une peur inouïe face à une telle histoire : est-il possible de tomber amoureux d’un système d’exploitation, autrement dit du vide, de l’inexistant ? Spike Jonze nous fait brutalement réaliser à quel point la présence d’un être physique est vitale, et jusqu’à quelles folies le monde virtuel peut nous mener.

En dépit d’un récit perturbant, Spike Jonze offre un film bouleversant, entraînant l’introspection personnelle et la remise en question de nos pratiques numériques. A une époque de doute et d’incertitudes, la bizarrerie du phénomène Her vous intriguera au long terme, et vous rappellera que l’amour est une quête universelle, mais surtout réelle.
15/20

 
Dans l’ombre de Mary – La promesse de Walt Disney : gardez le rythme !
13 mars 2014
John Lee Hancock a un faible pour les héroïnes de Disney ! Scénariste de Blanche-Neige et le Chasseur (2012) et co-scénariste de Maléfique (sortie prévue le 28 mai), il s’attaque aujourd’hui à Mary Poppins, ainsi qu’à sa créatrice, P. L. Travers, l’auteure du fameux roman adapté au cinéma par Disney en 1964. Une manière de redonner vie à l’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’histoire du 7ème art !
Lorsque les filles de Walt Disney le supplient d’adapter au cinéma leur livre préféré, Mary Poppins, celui-ci leur fait une promesse... qu’il réalisera vingt ans plus tard! Walt Disney doit négocier dur avec Pamela Lyndon Travers, qui refuse de laisser son héroïne bien aimée se faire malmener par la machine hollywoodienne.


Sous l’aile de la Walt Disney Company (of course !), John Lee Hancock nous plonge tout de suite dans le contexte de l’époque : décors et costumes des années 1960, archives des studios… Tout y est. Dans l’ombre de Mary – La promesse de Walt Disney multiplie les références au film Mary Poppins. Entre la girouette, le grand sac tapissé et le parapluie à tête de perroquet, le long-métrage s’adresse en priorité aux fans de la nounou magicienne. Ceux qui n’ont jamais vu le grand classique sont logiquement délaissés par le réalisateur.

A la fois drôle et touchant, le film nous livre, à l’aide de flash-backs, le portrait d’une romancière hantée par son enfance, et la relation complexe qu’elle entretient avec ses personnages. Côté acteurs, Emma Thompson joue le rôle de cette femme asociale et mystérieuse avec une habileté certaine, face à un Tom Hanks toujours aussi talentueux.

Si Dans l’ombre de Mary se présentait comme un énième prétexte commercial de la part de Disney, le film réserve finalement de belles surprises, étonne et rend nostalgique. Il pose les bonnes questions sur le fonctionnement du cinéma à l’époque et sur la relation entre l’auteur d’un livre et le producteur d’un film, le tout teinté d’une pointe de psychologie qui donne au long-métrage la profondeur dont il avait besoin. Chapeau, John Lee Hancock !

15/20



The Grand Budapest Hotel : le film 4 étoiles de Wes Anderson
05 mars 2014

Après le film d’animation Fantastic Mr. Fox (2010) et le long-métrage Moonrise Kingdom présenté à Cannes en 2012, Wes Anderson pose cette fois sa caméra en Europe, et signe son film le plus abouti. Bienvenue dans l’incroyable univers du Grand Budapest Hotel !

Dans la contrée de Zubrowka, le légendaire concierge du Grand Budapest Hotel, Monsieur Gustave, engage un jeune apprenti, Zero Moustafa. Vol d’un tableau, conflit autour d’un héritage familial, règlements de compte… Les deux personnages vont vivre des aventures rocambolesques !  

Inspiré des œuvres littéraires de Stefan Zweig, Wes Anderson choisit un cadre imaginaire pour poser son décor. Il nous livre une comédie délirante, aux accents burlesques, multipliant des scènes de cambriolages, de poursuites et d’évasions, plus comiques les unes que les autres. Car vous l’aurez compris, l’atout de ce film est sa grande part d’humour !
 

Les mouvements de caméra rapides et le dynamisme du long-métrage nous font parfois penser aux œuvres précédentes du cinéaste comme The Darjeeling Limited. Autre qualité : les textes, déclamés par la palette d’acteurs chers à Wes Anderson (Bill Murray, Jason Schwartzman, Adrien Brody, Owen Wilson et Edward Norton entre autres), dont la liste n’en finit plus de s’agrandir. Mention spéciale aux petits nouveaux de l’équipe, Ralph Fiennes et le jeune Tony Revolori, qui forment un duo maître-élève prodigieux.

La touche d’originalité en plus ? Wes Anderson multiplie les façons de filmer, du 4/3 au CinémaScope, chaque format symbolisant une époque différente. Le tout est agrémenté de décors et de costumes hauts en couleur, faisant de la photographie une véritable réussite. Seul reproche : à force de voir s’accumuler tous ces éléments, le spectateur a tendance à perdre le fil. Enchaînement des textes et des scènes, plans rapides, personnages nombreux, aux noms emberlificotés… Tout va trop vite ! Wes Anderson devrait parfois ralentir l’allure et reprendre son souffle.


Présenté à la 64ème édition de la Berlinale en février dernier, The Grand Budapest Hotel a remporté le Grand Prix du jury. Une récompense à la hauteur d’un film dont l’exubérance et la légèreté font de Wes Anderson l’un des réalisateurs les plus créatifs du moment.

16/20



Only Lovers Left Alive : Jim Jarmusch donne du sang neuf aux vampires
21 févr. 2014
On ne compte plus le nombre de films sur les vampires ! Après Dark Shadows (2012), la saga Twilight (2008-2012), ou encore le film d'animation Hôtel Transylvanie (2013), Jim Jarmusch se penche à son tour sur ce thème incontournable. Il nous livre, avec Only Lovers Left Alive, un regard nouveau sur ces créatures, adorées par certains, détestées par d'autres, mais toujours adaptées au cinéma.

Dans la ville romantique et désolée de Détroit, Adam, un musicien underground, déprimé par l'évolution des humains, retrouve Eve, son amante énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles. Ces deux êtres en marge de la société tentent de survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux.

L'intention de Jim Jarmusch était bonne : celle de revisiter de façon moderne le sujet « Vampires ». Le cinéaste a partiellement réussi sa mission. Le long-métrage offre de nombreuses qualités : chaque plan, semblable à une photographie d'époque, est travaillé au millimètre. Décors somptueux, mise en scène impeccable, ambiance sombre... Tout y est. Le film aborde des questions profondes, comme la relation entre les hommes et les femmes ou la notion de vie éternelles. Quelques petites touches d'humour viennent agrémenter les scènes et rendent le sujet moins grave.


Tilda Swinton et Tom Hiddleston ne pouvaient pas mieux coller à leurs personnages. L'une, mystérieuse et saisissante, l'autre, mélancolique et touchant, forment le couple de « vampires rockeurs » idéal. Quant à Mia Wasikowska, elle apporte la touche de jeunesse et de dynamisme dont le film, plutôt sombre, avait besoin. La jeune femme extravagante et incontrôlable nous rappelle la vigueur de Kirsten Dunst dans Entretien avec un vampire.
Malheureusement Jim Jarmusch est tombé dans le piège du bon vieux cliché. Les vampires sont forcément nostalgiques et pessimistes, amateurs de littérature britannique, et arborent un style gothique, vêtements de cuir et vieux fauteuils de velours obligent. Le réalisateur pousse le stéréotype plus loin en nommant ses personnages Adam et Eve, un homme et une femme condamnés à vivre sur terre éternellement... C'est un peu too much M. Jarmusch !

Le cinéaste est aussi un adepte de la théorie du vide : le scénario est finalement plutôt plat et sans action véritable. Only Lovers Left Alive est comme un tableau d'art que l'on doit admirer pendant longtemps. L'intérêt est ailleurs, dans tout ce qui fait l'ambiance générale du film, dont la musique (signée Jozef Van Wissem et Sqürl), magistrale, qui prend une place majeur dans le long-métrage et lui donne tout son charme.

Si Only Lovers Left Alive a été nommé huit fois au Festival de Cannes 2013, l'équipe du film est repartie bredouille. Malgré un manque d'originalité quand au thème des vampires, on sent bien que Jim Jarmusch a mis du temps à le peaufiner. Rien d'étonnant, puisque la réalisation a duré presque dix ans ! Résultat : le film révèle un grand esthétisme et un avenir prometteur pour le cinéaste. Une belle surprise.

14+/20
Film en compétition officielle au Festival de Cannes 2013



American Bluff : le charme n’opère pas
11 févr. 2014


Lunettes noires, décolletés plongeants et mallettes remplies de billets de banque… Après Fighter en 2010 et Happiness Therapy l’an dernier, David O. Russell garde le rythme et nous plonge cette fois dans l’univers fascinant de l’Amérique des années 1970. Le jeu d’American Bluff en vaut-il la chandelle ? Cin&Mad vous répond !

Irving Rosenfeld et Sydney Prosser forment un couple d’escrocs brillant. Le jour où un agent du FBI, Richie DiMaso, les arrête, ils sont obligés de coopérer pour retrouver leur liberté. Irving et Sydney vont alors devoir déterminer l’identité d'hommes politiques aux agissements douteux, au péril de leurs vies...



Avec ses dix nominations aux Oscars, American Bluff nous promettait du rêve, du mystère et des aventures rocambolesques, avec une bonne idée de départ : raconter l’un des plus gros scandales que les États-Unis aient vécu à cette époque, à mi-chemin entre la fiction et la réalité. Au final, le film est une énorme coquille vide, à l’apparence d’un puzzle que le spectateur doit reconstruire. Le scénario, assez plat dans l’ensemble, est truffé de confusions et d’incohérences. Résultat : au bout d’une heure et demie, on en a assez vu… Et on sent l’escroquerie venir !

Le seul élément qui donne un soupçon d’intérêt au film est le choix des acteurs et leur jeu, on peut le dire, « bluffant » ! David O. Russell est trop attaché à ses anciens castings pour s’en séparer : Christian Bale, Amy Adams (Fighter), Bradley Cooper et Jennifer Lawrence (Happiness Therapy) sont tous présents. On ne change pas une équipe qui gagne, après tout ! American Bluff nous offre aussi quelques scènes drôles et pleines de subtilité, ainsi que des costumes et des décors façon Seventies très réussis. Mais ces qualités ne suffisent pas à redresser la barre.


D’après Christian Bale, la majeure partie du film aurait été improvisée. Dans cette optique, David O. Russell a expliqué à l’acteur qu’il détestait les scénarios et ne s’intéressait qu’à ses personnages… Voilà qui résume bien l’ensemble du film ! Lors de la cérémonie des Oscars, seuls les acteurs et seconds rôles du film mériteront alors leurs statuettes.



10/20