Journaliste reporter d’images depuis 25 ans, formé par le terrain plus que par les écoles. De Canal+ à l’AFPTV en passant par magazines et documentaires, je mets l’humain et les enjeux de société au cœur de mes récits.
Avec le confinement, Paris s’est assoupie. Cinq semaines que son ventre a cessé de digérer les va-et-vient de ses habitants. Chacun chez soi et le Covid-19 sera bien gardé. Contrairement à son habitude, la ville est silencieuse. Près des glycines en fleurs, on perçoit sans peine le bruit monotone et sourd des bourdons et le chant des oiseaux. Plus bas, le cliquetis de l’eau sur le quai Conti. Peu de voitures sur les voies sur berge. La pesanteur de la pollution, saturée d’âcres effluves, est devenue tolérable. Paris déserté offre un spectacle d’aurore et d’origine. La lumière transcende la vision, comme si les bâtiments s’étaient départis d’un voile quasiment imperceptible à l’œil nu. La tour Eiffel n’a plus le même visage. À contre-jour, le fer puddlé devient noir, massif. A 10 heures, la Dame de fer aspire la lumière et projette son ombre sur le pont de Iéna déserté de ses bouchons. À 14h, on aperçoit, entre ses jambes, le Champ-de-Mars, dont la pelouse intacte et touffue est livrée à elle-même. Le Trocadéro aussi est désert. Un fourgon de police est stationné. Les contrôles s’effectuent calmement, comme si il fallait préserver le silence. Sur la Seine, l’eau n’ondule que lorsque des goélands ou des canards viennent s’y poser. Les bateaux-mouches sont à quais. Ils attendent désespérément d’hypothétiques touristes confinés chez eux. Les parcs publics sont fermés. Au Luxembourg, un horticulteur taille la branche folle d’une haie pour lui donner un aspect « à la Française ». Au jardin du Carrousel, entre les Tuileries et le Louvre, les statues d’Aristide Maillol livrées à elles-mêmes subissent les offenses des pigeons. À leur côté, une Parisienne bronze dans l’herbe. De la musique plein les oreilles, elle « fraude le confinement ». Les arcades de la rue de Rivoli sont vides. Les palaces fermés. Près de Notre-Dame, les bouquinistes ont dissimulé leurs trésors dans leurs coffres-forts verts. Sur l’esplanade de l’Hôtel de Ville, quelques personnes déambulent nonchalamment. Le confinement ralentit le pas. La Pyramide du Louvre respire. Les touristes et leurs selfies incessants sont loin. Les longues files bruyantes d’attentes ont disparu. Les vendeurs à la sauvette se sont volatilisés. Plus au nord, à Montmartre, c’est aussi l’accalmie. Au pied du Sacré-Cœur, une dizaine de policiers ont remplacé les apéritifs improvisés sur les marches. Ils ont conquis la butte. Aucun promeneur ne se risque à les approcher. Un peu partout, les forces de l’ordre font respecter les nouvelles règles. La place du Tertre a perdu ses peintres et ses musiciens. Les passants sont des habitants du quartier. Face au musée Dali, un père et son fils jouent au foot. Surréaliste.