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CLARISSE BARGAIN

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Insomnie
17 avr. 2018

                                                                           Odilon Redon


La nuit fait des merveilles

Elle est au courant de tout

Quand je cache même au sommeil

Mes rêves à dormir debout


Noire de monde elle pactise

Avec le fond de vérité

Qui passe ma tête indécise

Aux fenêtres des maisons hantées

Je vois un vortex grand ouvert
A se jeter dans la lumière
Dans le ciel blanc d’ennui

Où montent le corps et l’esprit

J’y envoie toutes les prières
Qui me débordent dans la nuit
Avant de retomber, poussières
Sur les toiles de mon lit


Afrique, point de départ
15 mars 2018


Partons de ce rêve... Ce rêve de janvier qui a crevé l’espace pour m’emmener de l’autre côté, en Afrique. Un rêve né dans le monde des rêves, à la source. Une inspiration. Dès lors je n’avais plus qu’une idée en tête. Poursuivre ce rêve dans le monde réel. Dans cet autre hémisphère, où le ciel est différent. L'autre bout du monde, est-ce bien la même Terre ? Cette nuit-là, j'ai rêvé d’une panthère noire. Pupilles émeraude, robe velours. Elle a surgi de nulle part pour m’interpeller. Puis dans le flou chromatique, les pièces du puzzle commencent à s’emboîter. Aller chercher la guérison dans les régions inexplorées de soi, voilà. Hantée, panthérinée, l'âme en migration, je la vois partout, sous toutes ses formes, dans les jours, les mois qui suivent. L'inspiration se transforme en exploration. Un besoin vital d'agrandir la vie, d'aller voir « ailleurs » si j'y suis. Ça veut dire partir, seule, là où je n'ai pas d'identité, pas de réalité physique, à la rencontre de ce guide qui m'a appelée. Ce sera l’Afrique du sud, les léopards, la lutte pour la sauvegarde des espèces rares. Je deviens volontaire, pour un mois, dans les réserves du Kwazulu-Natal, territoire des braconniers. Je veux honorer la promesse que je me suis faite : suivre le courant mystérieux de la vie, suivre le messager. L'exil me rapproche de ma véritable nature, l'autre partie de moi-même qui vit nulle part et partout, qui est chez elle partout sur Terre. La conscience libre qui voyage à travers le temps et l'espace et connecte dans la nuit les pôles opposés, à l'intérieur du ciel, le plus grand des royaumes où je bascule pour m'extraire de ma vie minuscule. Il aura fallu toute la puissance d’un rêve pour me donner ce courage. Plonger dans l'inconnu. J'en reviens avec l'impression que s'y est déroulé pour moi un morceau de vie parallèle, à mi-chemin entre rêve et réalité. Une transformation, sans retour.
Voyage
02 janv. 2018




Pour oublier je dors
Je tombe comme la nuit 
Dans les univers infinis 
Je change le décor
Mes rêves naissent 
Dans l'espace, ivres d'or
Brillant comme des feux de détresse
Sur les envers aveugles où je me blesse
Où je m’appesantis encore

Pour oublier je mords 
Dans mes joues déchirées
Comme le lion sauvage
Tapi dans l'immense cage
Seul dans l'aurore
Qui verse chaque jour dans l'arène
Une lumière inespérée
Levant son armée souveraine
Contre les esprits enragés

Pour oublier je dépose
Une prière un matin rose
Au creux du sycomore
Pour que s'écoulent comme une rivière
Les maux de tous les hémisphères
Dans le ciel inversé d'étoiles
Dans le flot des sources animales

Pour oublier je dépose
Une prière un matin rose
Dans le ventre de la baleine
Où sont blotties les madeleines
Et dans tes sauts larges en dehors
Je vois ressusciter le for 
Depuis cette plage où baignent
Les souvenirs qui m'étreignent

Dans tes battements
Quand cogne le pouls de la mer
Contre mon coeur qui se desserre
Je tiens les messages de la Terre
Et dans tes sauts larges en dehors
Je vois ressusciter le for 
Du grand bassin où je tombe, eau !
Je fais le voeu d'être à nouveau




Rêve
03 sept. 2017





Rien ne semble réel dans ce vide quand je glisse
Excepté l'infini temps-mort du précipice
Les jours sont des mois quand rien n'existe encore
Dans le jardin secret des rêves qui m'élaborent

Puis une pensée magique descend dans la nuit noire
Feu sacré aux confins de mon laboratoire
L'alchimie des ténèbres délivre sa dose
Au dormeur en exil dans la métamorphose

La bête humaine surgit dans la jungle intérieure
Pour passer au rayon de ses pupilles émeraude
Ma vraie nature en proie aux ombres qui rôdent 
Aux transes enchantées d'intimes détonateurs

Puis le réveil vient et reprend mes esprits
Qui demeurent quelque part entre moi et la nuit
Du temps de l'inconscient dans la région noircie
Des rencontres animales auxquelles je me guéris

Et sous tes feux masqués dansent des papillons
Eclaireurs de passage dans notre dimension
Des poudres colorées fixent dans le cocon
Les ailes du futur aux flancs de l'horizon






F comme... Phenomena
18 janv. 2017


«Que dire, sinon m'enduire de tous tes crimes ?»

Mon cri du cœur s'adresse à Dario Argento - invité d'honneur du Festival du film fantastique de Strasbourg en 2016 - l'Italien féroce qui a donné corps à mon héroïne absolue de cinéma : Phenomena.

Je pensais moi aussi lui rendre hommage depuis un moment, parce qu'il m'a ouvert les portes du septième art et donné, en prime, des clés personnelles. Ses films ont hanté mes jours et mes nuits, opérant en moi quelques révélations intimes, un éveil fantastique.

A partir de , époustouflée, j'ai cultivé mon goût pour l'épouvante poétique, l'expressionnisme, la radicalité, le baroque, la violence qui a tout d'irréel. Sublimée par le sang, épais comme de la gouache, les faux-semblants, les couleurs intenses, la fantaisie, les vertiges de la mise en scène.

J'ai tout de même pu lui serrer la main et bredouiller quelque chose, poster en main, sur son personnage. L'adolescente lunaire, somnambule, télépathe, prête à affronter les ténèbres - en l’occurrence un maniaque - dotée d'une faculté secrète : communiquer avec les insectes. Haha.

C'est là qu'Argento, facétieux, fait mouche, au risque de perdre quelques fans, décontenancés par la distribution des premiers rôles : asticots, vers luisants, coccinelles, et un singe... allié à notre héroïne dans le grand final.

Tout commence quand Jennifer, perchée sur une corniche, assiste impuissante, en pleine déambulation nocturne, au meurtre d'une de ses camarades. Empalée à la fenêtre, sous ses yeux, par un chasseur de nuisettes. Ce meurtre inaugure un jeu de piste (façon Club des cinq, l'horreur en plus ) pour la jeune fille en fleurs, guidée à travers la campagne jusqu'à l'antre du monstre par un indicateur ailé de la pire espèce : Granda Sarcophaga. 

Tour à tour morbide et merveilleux, faussement naïf, Phenomena prend la forme d'un conte d'apprentissage où il est question d'humanité, d'animalité, de mort, de prémonitions. 
Argento explore encore la psyché féminine, après le Syndrôme de Stendhal et avant Trauma, décrivant à travers des scènes éclatantes la vision subliminale des êtres plongés dans des états de conscience particuliers, un des thèmes de prédilection du réalisateur. Ici le rêve éveillé d'une apprentie magicienne dépaysée, vulnérable, transportée dans une pension privée suisse, environnement hostile habité par la dualité de l'enfance. Innocence versus cruauté.

Argento, fétichiste, reprend les motifs qui le fascinent depuis toujours (c'est pour ça que je l'aime) et parle son propre langage, inclassable, mêlant giallo et féérie. Les contrastes sont partout : entre intérieur et extérieur lorsqu'il filme la nature, glorieuse, en gros plan ou de très haut, liant l'infiniment petit à l'infiniment grand. Dans les couleurs - le bleu du crépuscule, le vert du lac environnant - théâtre d'une nouvelle scène de terreur aquatique - le rouge sang, le noir des ombres qui rôdent, la blancheur des nuits de pleine Lune. Dans la musique, enfin, grâce à une BO magistrale, tonitruante, jubilatoire, associant hard-rock, métal et vocalises badass.

En regardant Phenomena, pour la énième fois, j'ai pensé à Nosferatu de Murnau, à La Féline de Tourneur, deux autres films qui ont laissé leur empreinte. A Alice de Disney. Et puis ça m'a rappelé à quel point, petite, j'aimais déjà Fantômette, autre justicière masquée, farouche et indépendante, autre figure qui m'avait enchantée.
Plancton
13 oct. 2016


Flux-or à la dérive et guirlandes aquatiques
Des pépites aux abîmes aveugles de soleil
Quasars dans le soir du plancher océanique
Lueurs tardives des profondeurs qui s'éveillent

Le rivage se colore sous la nuit médusée
D'un immense bain d'aurore, une foule illuminée
Marine au gré du courant jusqu'à l'extinction
Des feux microscopiques qui brûlent dans le fond

Mardi gras sous la Lune, le ciel a déversé
Sur l'écume luisante de pyromanes affolés
L'incendie qui rayonne à des années-lumière
Attisant l'aube soûle des étoiles de mer

L'éclipse à l'horizon jette dans son sillage
Un rideau sur la nuit blanche des coquillages
Redescente aux enfers, le sommeil en apnée
Dans les lames pétrole, bleu des extrémités



Cosmos
12 août 2016
                                                                                       Leif Podhajsky

J'ai le spleen des hauteurs, des paradis sonores
Quand je mêle mes accords aux rondes nébuleuses
Dans le brouillard je vois des splendeurs éclore
Elles colorent mon coeur d'une grâce paresseuse

Échos célestes au carrefour des rêves éveillés
Mes pensées filantes séjournent à la lisière
Où s'ouvrent devant moi les portes de l'Univers
J'explore dans le vertige, pleine d'une joie sidérée
 



And Also The Trees / Oiseaux rares
21 avr. 2016


"Daisies blow through my head
Peacocks turn in the noon shade
And I'm ready here in the eye
Of the Solent dancing" 
                                                         - Rip Ridge



 


Une chaleur d'étuve a envahi le Petit Bain fin mars, pendant que se produisait dans la confidence un groupe majeur - que j'aime, que j'adore - réveillant par son invariable prestance toutes mes ardeurs musicales et littéraires

Absolue, poétique, solennelle, la musique d'And Also The Trees éblouit par son intensité. Sa puissance, inouïe, est contenue dans un écrin délicat et fabuleux. Sa beauté, caractéristique, se classe très haut sur l'échelle de mes rêves. Elle m'est apparue en 2007 avec (Listen for) The Rag and Bone Man. Effusions intérieures à la première écoute, et le sentiment de mettre la main sur un trésor.

Depuis 35 ans, Justin et Simon Jones dépeignent leurs paysages intimes avec la même pudeur, la même passion, la même intégrité. Leur précieux langage parle aux régions les plus reculées de mon âme, captive à l'écoute de cet imaginaire ultrasensible et romanesque, à l'évocation de ces étendues grises, de cet arrière-pays peuplé de bois dormants, de chimères et de nuages.

On y trouve le coeur battant des campagnes si chères aux deux frères, des décors impressionnistes à la Turner, à la Faulkner, composés par petites touches, baignés dans une clarté crépusculaire, habités par la voix secrète, profonde et mélopée de Simon, auteur des beaux textes du quatuor. Contrebasse, melodica, percussions, chaque instrument imprime de ses nuances l'ensemble, arrangé avec la plus grande subtilité.

Contrastée, cyclique, traversée de reliefs, de visions, d'énigmes et d'enchantements (The Floating Man), la musique d'And Also The Trees reflète à merveille la partition des éléments. Elle incarne le romantisme anglais, gothique, raffiné, pastoral. Elle figure un monde dans lequel s'expriment sans ironie les grands sentiments, où règne une paix vertigineuse. 

Album après album, l'horizon s'agrandit et le jour se lève sur le groupesombre, radical et impétueux à ses débuts. L'époque bouillonnante de Virus Meadow est mémorable, fameuse. La synthèse s'opère dix ans plus tard avec The Rag and Bone Man, pur chef d'oeuvre clair-obscur (The Accordeon Girl, Domed, Candace, Rive Droite), auquel je dois d'ailleurs le nom de mon blog et quantité d'authentiques émerveillements «in another land»...

Aujourd'hui, la tonalité a changé, l'urgence a laissé place à la tranquillité, comme s'impose le calme après la tempête. Des rythmiques jazzy se font entendre sur Hunter Not The Hunted et même un sublime tango hypnotique pour conclure Born Into the Waves, conçu comme un voyage, infiniment nuancé à l'image de sa pochette bleutée. Ces deux-là coulent dans mes veines depuis des semaines.

A dessein, j'ai gardé la guitare pour la fin. Reconnaissable entre toutes, maniée comme une mandoline, elle irradie. C'est l'ADN du groupe. Elle va et vient, déferle en vagues mouvantes et se multiplie pour donner aux chansons un éclat, une ampleur et une vitesse bouleversantes (Rip Ridge, Angel Devil Man & Beast). Quand elle se retire, on comprend qu'à elle seule elle contient tout : le jour, la nuit, les éclipses, et les aurores. Dans les intervalles, les notes agissent comme un baume, diffusant leur douce mélancolie.

Après les avoir vus et revus sur scène, mon admiration ne fait que grandir. Chaque concert est un moment magique, privilégié, qui unit le public et les musiciens dans une ferveur (moite, pour le coup). L'émotion s'empare de tous les recoins, de toutes les humeurs, jusqu'au trop-plein. On en ressort hébété et heureux.

Quand même, je me demande comment un son, une musique, peut produire un tel effet. Sûrement parce qu'elle est essentielle, inspirée, en accord avec l'univers. En tout cas je l'aime passionnément, douloureusement presque, comment on peut aimer la vie, comme on éprouve parfois son insoutenable beauté.
Blizzard
23 mars 2016





Quand le soleil enlève son masque d'enragé
Le point du jour recueille les rêves égarés
Alors j'ouvre des yeux couleur d'épouvante
Baigneurs dans le magma de mes nuits brûlantes

Puzzle au matin dans le flou chromatique
Mille facettes éclaboussent de lueurs magiques
L'intérieur ébloui de mes murs qui dessinent
Un ailleurs dans le phare des aubes cristallines

Comme des fauves affamés flottant sur la banquise
Mes passions tristes expirent, relâchent leur emprise
Un arc-en-ciel cambré dans le froid magnétique
Imprime sur le blizzard ses brumes téléphériques

L'hiver achève enfin son austère festin
Couvant les vitamines dérobées à mes nerfs
Tandis que je consulte dans ces hémisphères
Les présages qui m'invitent vers un autre chemin

Halo
13 août 2015
                                                                                                                                                                   

L'hiver a fait son nid dans mon for intérieur
Et mes veines à ras bord charrient des avalanches
Un pur-sang électrique cavale et se déhanche
Dans le ciel barbelé de mes flots mitrailleurs

Sous son aile j'entends l'écho du paradis
C'est le bruit de l'univers quand il s'agrandit
Un feu d'artifice se mélange aux étoiles
Pour crever le ciel d'un blues phénoménal

Mes rêveries triomphent dans l'atmosphère
de ces prairies sauvages effleurées par la mer
Les vapeurs météores sombrent sur l'horizon
Aux lueurs carnivores d'une autre saison

Mais mon espoir se perd au fond des heures creuses
Quand la nuit vire au noir et crache ses caresses
Je hurle à la Lune mes rêves d'allégresse
Et poursuis la course des fusées-stoppeuses

De loin les fêtes ont toujours l'air joyeuses
Elles habillent le futur de pensées lumineuses
Des foudres imaginaires dans le soir irradient
Des chevaux fantastiques se dressent dans l'infini

Sous leurs ailes j'entends l'écho du paradis
C'est le bruit de l'univers quand il s'agrandit
Un feu d'artifice se mélange aux étoiles
Pour crever le ciel d'un blues phénoménal
Hélicoptères
04 mars 2015



A l'heure des songes irréels, mes peurs en embuscade
Enflamment des brasiers virtuels, allument des fusillades
Et quand je sors de ce dédale, toupie hallucinée
Je cours loin des monstres pâles, le coeur dévalisé

Tous les matins quand j'entends les hélicoptères
Je fais des rêves de roulettes russes, de revolvers
Des Canadairs dans le ciel, bombardiers de rage
Déchargent leurs bains de grêle sur mes hectares dans l'orage

Zigzags attendris dans le noir, les bras en hélices
Alouettes dans le miroir des amoureux novices
Autour de nous les geysers toussent leurs eaux réglisse
Réservoirs d'amertume, douceurs des précipices

Réveils enjoliveurs au bout des nuits animales
Rumeurs d'extincteurs lueurs d'aurore boréale
Des buvards bleus dans le ciel tâché d'insomnie
Boivent nos amours en fuite vers d'autres paradis

Tous les matins quand j'entends les hélicoptères
Je fais des rêves de roulettes russes, de revolvers
Des Canadairs dans le ciel, bombardiers de rage
Déchargent leurs aquarels sur mes hectares dans l'orage

Crépuscule
20 déc. 2014





Dans l'enfer des nuits blanches quand d'obscurs tourments
Envahissent d'étoiles noires les feux du firmament
Je traverse mon cœur au pieu des sentiments
Où se jettent en cascade des pluies de mauvais sang

Je reprends connaissance dans les spirales rouges
Dans mon jardin secret où fleurit la violence
Hors de moi tes hivers frôlent mon inexistence
Toisent les pensées-arrière au fond de mes yeux rouges

Minuit dans la bulle de mes désirs orphelins
Les ciels armés du crépuscule remettent le jour à demain
Et mes souvenirs lovés dans un coin de la chambre
Ont le sommeil léger des amours de décembre

Il pleut des cordes sur l’oreiller de mes rêves
Des vagues à l'âme dans l'ombre se soulèvent
Émeutes intimes shootées au clair de lune
   Trésors assoupis au fond de la lagune 

Minuit dans la bulle de mes désirs orphelins
Les ciels armés du crépuscule remettent le jour à demain
Et mes souvenirs lovés dans un coin de la chambre
Ont le sommeil léger des amours de décembre
Monotonie i
28 août 2014

                                                                                                         (Odilon Redon)

Dans tes soupirs monotonie comme par enchantement
La magie discrète du réel se révèle à présent
Appuyé sur le bleu du ciel un manège fleuri
Déroule ses fastes d'aquarelle, valse dans l'infini 

Dans les prairies multicolores mes joies ont libre court 
Des parterres de boutons d'or braquent leurs abat-jour 
Vers le feu qui coiffe les nuages de fines mèches blondes
Dans les airs des amazones chevauchent entre deux mondes

Sur la baie gonflée de dunes, des cimetières de coquillages
Et des fantômes en porcelaine hérissent le rivage 
 Dans la mer qui s'essouffle voguent leurs carillons
Les murmures anonymes de l'ordinaire font sensation 

Avant le jour quand le brouillard efface le matin
Qu'au bout des yeux cernés de gris coule une nuit sans fin
Prisonnière des pesanteurs qui m'arrachent au paradis
Je rêve de toutes les couleurs de Ballyconneely

Orage
18 juin 2014
                                                                                                     (Leon Spilliaert)

Quand le ciel capricieux brusque les apparences
C'est le jour et la nuit dans la même seconde
Un sursaut de lumière dans un coin noir inonde
La voûte des nuages baignée d'ombres qui dansent

Mais derrière mes paupières se faufile un déluge
En un rien tout bascule, l'univers s'assombrit
L'ondée pâle récidive emporte mon refuge
Au coucher des ardeurs une moisson de dépit

L'asile bleu fugitif sur des sables mouvants
Se dérobe à ma vue au premier coup de vent
L'oasis où je rêve semé de doux mirages
Se coule dans le ciel prisonnier des orages

A l'intérieur de moi vibre le monde entier
Les fantômes invisibles cheminent en liberté
Dans ce désert de foudre où ma vie n'a pas lieu
Je demeure immobile loin du coeur loin des yeux

Mais partout le chagrin traîne son corps endormi
En secret s'y répand le poison de l'oubli
Qu'avec le jour étanche aux larmes de la nuit
Perle un bain de soleil pour éclipser la pluie
Avalanche
07 mai 2014





                                                                                                      (Leif Podhajsky)


Prise dans cette avalanche, brûlant morceau d'abîme
La tyrannie se noie dans un tourbillon blanc
Mes âges tendres au cou de tes baisers infimes
Chahutent nos rancoeurs d'éternels amants

L'écho s'agrippe encore à mes étendues noires
Et creuse en souterrain ma frousse, mélancolie
L'épaisseur de la nuit donne à mon désespoir
Les traits fauves d’un volcan quand gronde l'incendie

Bloomer pris de vertige sur tes montagnes russes
A l’horizon s'effacent les anciennes colères
Sous ce ciel de coton fais de ta peau d'hiver
Un tapis d'Edelweiss au jardin des Cirrus

Quand mes pensées se cognent aux portes du sommeil
Et me livrent en pâture à ces songes hilares
Homère et ses furies peuplent mes cauchemars
De chimères tapageuses et de sourdes merveilles

La douloureuse étreinte au matin me libère
Entre les bras du jour je reviens à la vie
Demain aux alentours les mêmes ombres qu'hier
Des allées de mystères au lieu du paradis

Bloomer pris de vertige sur tes montagnes russes
A l’horizon déclinent les anciennes colères
Sous ce ciel de coton fais de ta peau d'hiver
Un tapis d'Edelweiss au jardin des Cirrus

La vrai générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent. – Albert Camus - See more at: http://www.momentpresent.com/2012/06/04/10-citations-sur-le-moment-present/#sthash.gMOp4Nb2.dpuf
Étincelle
21 avr. 2014



Je fais l'état des lieux, parcours les intérieurs
Des lueurs apparaissent dans mes lointains décombres
Sur le seuil mes amours ont le visage sombre
D'un tableau flou aux contours d'étranges couleurs

Il n'y a plus que moi sur ce champ de bataille
Et le soleil m'éclaire dans cette vague poudrière
C'est avril, fais un voeu et chasse la grisaille
De tes rêves évanouis au fond du cimetière

L'enfance, l'adolescence reposent côte à côte
Sur mes joues salées poussent d'ivres champs de blé
Il y a dans mon coeur mille tambours qui sautent
Quand j'apprends cette langue venue de l'étranger

L'amitié comme un baume égaye ma solitude
Au présent de ma vie, nostalgique-habitude
Cède le pas à l'envie qui d'une voix minuscule
Fait éclater ma joie comme un bouquet de bulles

Il n'y a plus que moi sur ce champ de bataille
Et le soleil m'éclaire dans cette vague poudrière
C'est avril, fais un voeu et chasse la grisaille
De tes rêves évanouis au fond du cimetière

Dans la nuit noire soudain où passe l'irréel
Pandore partage mon lit, chérit mes souvenirs
Je ne toucherai plus au doux rêve de m'unir
Mon double en cire est mort au pied de l'arc-en-ciel



Le phare
10 déc. 2012


Avec sa structure vertigineuse et son port majestueux, il était là où je l'avais laissé, l'oeil grand ouvert sur la mer étendue au soleil. Tapis au pied du phare s'agitait un petit chaos remuant d'herbes folles. Les pousses pêle-mêle se couchaient puis se redressaient sur toute leur longueur au gré du vent, mêlant leur éclat vert à la grisaille des rochers dans une tendre révérence. La poussière d'eau mêlée à la lumière d'avril qui éclaboussaient la végétation par vagues régulières l'alimentaient en petites mottes grasses et vigoureuses. Chaleur, clarté
J'attendis que le flot des derniers touristes se soit retiré, puis j'inspirai une longue bouffée d'air iodé et poussai la lourde porte, prête à embarquer. Il fallut quelques secondes à mes yeux pour s'habituer à la claire obscurité qui régnait à l'intérieur du phare. Avant d'entamer l'ascension, je m'adossais à la porte close et observais à quelques dizaines de mètres au dessus de ma tête le sommet de l'ouvrage, ouverture sur le ciel que l'escalier en colimaçon laissait entrevoir. Les cristaux aux reflets bruns irisés emprisonnés dans la pierre ainsi que la rampe noire de l'escalier dessinaient une spirale envoûtante d'ombre et de lumière. Incrusté sur l'extrême bord de la rade, le phare tout entier, vu de l'intérieur, avait l'apparence d'un gigantesque coquillage envahi par les bruits de l'eau. Froid, humidité. Parcourue par un frisson, je m'engageais dans l'escalier et m'enfonçais, marche après marche, dans un profond dédale de souvenirs.
Automne
17 nov. 2012


L’été se dérobe à mesure que s’égrènent les jours, c’est la fin du mois d’août. 
Comme à l’accoutumée, l’automne arrive, ponctuel, avec ses promesses de moiteur et d’obscurité. L’envie d’une dernière déambulation épaules nues me pousse au dehors. Bientôt les corps vont revêtir leurs tissus sombres, les silhouettes se draper dans une froide pudeur teintée d'anxiété. 
J’aimerais tremper mes lèvres dans un dernier verre de vin avant que l’été ne disparaisse, et l’ivresse.
Quelque chose dans l’air a déjà basculé. Avec son odeur piquante de pimprenelle, cette petite ruelle déserte a toujours eu le don de m’égayer. Au contact des rayons du soleil, ce sont mes idées noires qui prennent des couleurs. « Rue Gît-le-Coeur », je lis en apercevant son nom là, inscrit sur le mur, pareil à une épitaphe. Quel à propos! Il semble y avoir dans ce curieux odonyme un message personnel adressé par le destin. Ça y est, la fortune s’est enfin rangée de mon côté. Et la mélancolie, ma compagne la plus fidèle, a déguerpi. Ci-gît mon coeur. Greffe d'indolence. 
Dans la ruelle autour, nul témoin de ma renaissance, si ce n'est le petit bouquet que je tiens dans ma main serrée, frêle mais parfumé.