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Community Manager

Antoine VITEK

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  • 26 ans
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Emploi et carrière Ouvert aux opportunités

Mon profil en quelques mots...

Passionné par le Marketing, Internet et la Communication, je viens de terminer une étude sur l'influence des caractéristiques perçues des blogs sur le comportement de l'internaute.

Mes points forts : autonomie, rigueur, aisance rédactionnelle, sérieux, créativité et ouverture d'esprit.

Fort d'une double formation (Master Recherche Marketing de la Sorbonne et Master Professionnel Marketing de l'IAE de Nantes) alliée à des expériences professionnelles variées et à une forte implication personnelle pour Internet et le Marketing, je possède des compétences solides en Webmarketing, Community Management, Etudes et Recherche Marketing.

Blog

Francesc Miralles – L’amour en minuscules

18/01/2012

Francesc Miralles - L'amour en minusculesRésumé :

Samuel de Juan est professeur d’Allemand. Cet homme solitaire n’a pas vraiment d’amis mais sa solitude semble parfaitement lui convenir. Jusqu’au jour où un chat fait irruption chez lui, baptisé Mishima par Samuel. Même si ce dernier ne le sait pas encore, le chat va avoir une influence déterminante sur le cours de l’existence de notre professeur misanthrope. Il monte voir si l’animal n’appartient pas au vieil homme qui habite au-dessus de chez lui, et fait connaissance avec Titus, un ancien rédacteur qui travaille sur un livre.

Extrait :

Le vieux s’adressa à moi sur un ton soudain devenu plus doux.
-Dites-moi ce qui vous amène.
-Je suis arrivé jusqu’ici en poursuivant le chat. Mais je vois qu’il vous appartient.
-Eh bien,vous voyez mal.
Mishima se débarbouillait, en humidifiant tout d’abord sa patte avec sa langue. Ce n’était manifestement pas la première fois qu’il s’installait sous cette table.
-Alors, à qui appartient-il ?
-Ce chat s’appartient à lui-même, comme vous et moi.
Il paraissait évident que le vieux aimait les joutes verbales – ce que je n’ai jamais supporté pour ma part. Le plus raisonnable aurait sans doute été de quitter immédiatement les lieux et de le laisser avec le chat, quel que soit son propriétaire.
Mais une raison inexplicable me retenait dans ce salon, comme si mes talons avaient été cloués dans le parquet.

Avis :

De fil en aiguille, le roman semble mis en branle par un domino qu’on pousse et qui en entraîne des dizaines d’autres à sa suite (je viens de me rendre compte que j’avais inconsciemment piqué cette métaphore dans la quatrième de couverture), ou si vous préférez : l’effet papillon. Le principe est sympathique même si l’histoire n’est pas très vraisemblable. Mais j’ai été tout de même déçue dans l’ensemble et essentiellement pour une raison : le personnage de Samuel m’a paru très plat et peu sympathique pendant les trois quarts du livre (il est aussi fort possible que la traduction n’ait pas aidé). De plus, le mystère qui règne autour de Valdemar reste entier, ce qui m’a fait rester sur ma faim une fois le livre achevé.
En revanche, j’ai apprécié les références anecdotiques à divers éléments culturels : livres, films, expressions dans différentes langues. Il y a parsemées un peu partout au fil du livre de jolies leçons de vie ; je retiendrai donc cette note positive. Même si j’ai été moins enthousiaste qu’elle, je remercie Céleste pour cette découverte.

Note :

Francesc Miralles (1968) – Espagnol
342 pages – 2011 – ISBN : 978-2-265-08966-2

Fabien Clavel – L’Apprentie de Merlin (T.2)

11/01/2012

Fabien Clavel - L'Apprentie de Merlin (T.2)Résumé :

Ana se réveille de son long sommeil et sa surprise est grande lorsqu’elle apprend qu’elle a dormi pendant… quinze ans ! Merlin lui confie la tâche d’aider le jeune Arthur à monter sur le trône de Britannia. Mais le danger rôde dans la région : un ogre revenu d’entre les morts sème la terreur avec ses filles et la magie de la jeune apprentie ne sera pas de trop pour venir en aide à Arthur et à ses compagnons. Malgré la rudesse des combats quotidiens entre les chevaliers, Ana découvrira pourtant la douceur de l’émoi amoureux.

Extrait :

-Et ma mère ?
-Elle était triste. Je pense qu’elle aimait toujours son mari, Gorlois, mais qu’elle avait peur de lui. Il était défiguré par des cicatrices. Elle a dû tomber amoureuse de ton père au premier regard. Peut-être l’a-t-elle trouvé un peu arrogant au début, mais séduisant et viril…
La magicienne prit alors conscience du fait que le visage du prince touchait presque le sien. Ses boucles châtaines se mêlaient aux cheveux blonds d’Arthur. Elle sentait son haleine chaude sur ses pommettes.
-Je ne t’ai jamais demandé d’où venait ta mèche blanche, murmura-t-il.
-Je ne sais pas…
Elle craignait que son cœur, battant à toute allure, ne la trahisse. Son souffle était court. Pour la première fois, elle remarqua le duvet clair qui couvrait les joues de l’adolescent. Très lentement, comme si le mouvement ne devait jamais finir, était suspendu, il approcha sa bouche de la sienne. Ana entrouvrit ses lèvres, prête pour son premier baiser.
Quand il l’embrassa, une onde de chaleur déferla dans son ventre. Les runes de son dos frissonnèrent. Le soleil s’éteignit au loin, comme qu’ils en avaient aspiré tout le feu. Le monde s’évanouit, avalé par l’ombre. Il ne restait qu’eux deux, soudés l’un à l’autre.
L’apprentie s’abandonna à cette langoureuse plénitude. Elle avait l’impression de mourir. C’était à la fois doux et douloureux. Rien ne serait plus comme avant.

Avis :

J’ai préféré ce second tome au premier même si je continue à reprocher au récit son rythme inégal et parfois monotone (les combats qui n’en finissent plus deviennent ennuyeux à force…). J’ai aimé retrouver Ana, on est tout de suite dans l’histoire puisqu’on connaît déjà les personnages ; et puis, on en vient aux choses sérieuses puisqu’on découvre ceux qui vont devenir les célèbres chevaliers de la Table Ronde. J’ai apprécié la façon dont Fabien Clavel se réapproprie l’histoire tout en se permettant des libertés. Même si on est loin de Chrétien de Troyes, on retrouve vite nos repères dans l’univers arthurien.
Ce qui m’a agacée et amusée, c’est le côté Twilight du récit : Ana se pâme littéralement devant la musculature de “son prince”, elle s’embrase et pense mourir de douleur et de plaisir tout à la fois (rien que ça !) lorsqu’il effleure ses lèvres. Les jeunes adolescentes débordantes d’hormones seront certainement séduites (et peut-être l’aurais-je été aussi si j’avais lu ce livre il y a dix ans), mais mon Dieu : ce que c’est cul-cul ! Et même si la puberté travaille nos tourtereaux, ils ont en plus de rudes combats à mener ! Qui a dit que la jeunesse était fainéante ?
J’aime bien cette série finalement, elle me convainc de plus en plus car je me suis attachée aux personnages (et je le confesse, j’éprouve même  une certaine tendresse à l’égard de leur mièvrerie dégoulinante). Du coup, je suis frustrée de devoir attendre octobre pour savoir sur qui Ana projettera ses futurs délires hormonaux. Car tenez-vous le pour dit : Ana ne vieillira pas, elle va garder son corps d’ado de quatorze ans pour toujours… voilà qui nous promet de grands moments de romantisme.  La suite ! La suite !

Note :

Fabien Clavel (1978) – Français
342 pages – 2011 – ISBN : 978-2-7404-2885-6

Emmanuelle & Benoît de Saint Chamas – Strom (T.3)

30/12/2011

Emmanuelle et Benoît de Saint Chamas - Strom (T.3)Résumé :

Tandis que Raphaël et Raphaëlle se lancent dans des missions sous l’égide de leur parrain pour gagner des PPDS (Points Pour Devenir Séide), les séides et les stromillons du monde entier sont convoqués pour découvrir la 37ème et dernière prophétie de Nostradamus. Celle-ci n’est guère rassurante et quand nos deux jeunes héros sont désignés comme les plus à même de remplir cette mission, leur parrain craint qu’ils ne connaissent le même sort que leurs parents. Bien entourés par une équipe qu’ils ont eux-mêmes constitués, ils partent à la poursuite du Margilin, mais le temps leur est compté puisque dans 15 jours, il sera trop tard.

Extrait :

Tandis que ses congénères poursuivaient leur patient examen, un furolin plus indiscipliné (ou plus audacieux) que les autres s’échappa pour voleter au-dessus de la foule. Après quelques circonvolutions, il dériva en direction des stromillons.
A son passage, Raphaëlle lui fit un petit signe de la main.
L’être de feu infléchit aussitôt sa course et tournoya gracieusement autour de sa tête, puis s’approcha à quelques centimètres de son visage.
-Tu es trop joli, ne put s’empêcher de dire la stromillonne, ravie mais n’osant plus bouger.
-Il va surtout te cramer les cheveux, ajouta son frère.
Le furolin se scinda en deux et Raphaël eut aussi droit au sien. Il réalisa alors que ces créatures n’avaient que l’apparence du feu car il ne ressentait aucune chaleur. En revanche, il sentit des picotements lorsque le furolin se frotta contre son ventre, puis son dos, tel un chat trop affectueux.
-Arrête… ça chatouille, dit-il en se retenant de rire.
Autour, les séides s’étaient retournés pour le regarder avec un sourire amusé.
Enfin, Raphaël ne sentit plus rien.
-Ouf, il est parti, soupira-t-il en se détendant.
Les séides continuaient à le regarder, lui et sa sœur, mais leur expression avait changé.
-Cornegidouille ! s’exclama Olympe.
Plusieurs autres exclamations de surprise fusèrent.
Puis une espèce d’onde de choc se propagea dans la salle.
Un instant plus tard, tous les regards convergeaient vers les jumeaux.
Ou, plus précisément, vers les deux flammes d’un bleu intense qui dansaient juste au-dessus de leurs têtes.

Avis :

Un troisième tome qui est dans la lignée des précédents. Mais cette fois, il s’agit carrément de sauver le monde. Et qui de mieux placé pour cette mission que nos jumeaux préférés ? Les aventures sont riches en rebondissements et on n’a pas le temps de s’ennuyer. Alors même si parfois, on devine un peu ce qui va se passer avant que ça arrive, il n’empêche qu’on prend beaucoup de plaisir à dévorer ce dernier opus. En tout cas, c’est une série qui devrait ravir les jeunes lecteurs.

Note :

Emmanuelle (1973) et Benoît (1970) de Saint Chamas – Français
286 pages – 2011 – ISBN : 978-2-09-252970-6

Fanny Saintenoy – Juste avant

27/12/2011

Fanny Saintenoy - Juste avantRésumé :

Deux femmes, Fanny et Juliette, que trois générations  séparent. Alors que Juliette vit ses derniers instants, elle se remémore les moments marquants de sa vie ; en écho, Fanny se rappelle des souvenirs partagés avec sa “Granny”. Et leurs vies qui défilent en filigrane donnent à lire l’histoire de quatre générations de femmes.

Extrait :

Granny, ma vieille, ça me fait bizarre d’être dans cette salle blanche et froide, avec toi qui transpires, qui fronces les sourcils. T’as mal ? Peur, peut-être ? Je préférais ta vieille maison : 14, rue de la Maladrerie. Elle n’avait pas spécialement de charme mais j’étais bien dans ton jardin. Je me rappelle l’odeur de l’édredon ; elle changeait avec les heures passées au soleil. Je me rappelle les courbatures, lorsqu’il faut changer de position avant d’entamer le prochain chapitre ; coude droit, coude gauche, fourmis dans les biceps. Rien que des jours de lecture à l’horizon, tout au bout du jardin, sous le figuier. Yourcenar et le Castor, Crime et châtiment, les lettres de Flaubert, tous les tomes des Thibault à la suite, Pennac et Bobin, Céline, toujours Céline, le chat Bébert dans son sac. Je pleurais en m’apercevant que Marguerite mourait à la fin de sa biographie, je riais jaune et noir en dévorant Nord, j’étais amoureuse de Benjamin Malaussène et je me faisais un sang d’encre pour lui. J’avais un petit côté Emma Quijote. Un midi, j’ai retrouvé ma mère pour déjeuner après deux heures de Sartre et je lui ai dit d’un air catastrophé : “Purée, ça y est, c’est la guerre, on est foutus !” Je n’ai aps lu comme ça depuis des lustres et ça aussi ça me manque. C’était du temps béni, rien que de l’insouciance : lire, aller chercher mes lettres dans la boîte, répondre, lire. Et puis en fond, t’entendre circuler, dans la maison, sur l’allée du jardin, le bruit de tes chaussons qui traînent au fil des pages.

Avis :

Je tiens tout d’abord à remercier les éditions Flammarion ainsi que Babelio qui ont eu la gentillesse de m’envoyer ce livre dans le cadre de l’opération Masse Critique.

Dans ce roman d’inspiration autobiographique, Fanny Saintenoy crée par le biais de l’écriture l’ultime lien qui peut unir ces deux femmes juste avant la mort de Juliette. Je n’ai pas de grief particulier contre ce roman mais il fait partie de ceux dont j’ai vraiment eu l’impression de passer “à côté”. J’ai été émue par la jolie aventure qu’a connue l’auteure et le plébiscite de son roman par Daniel Pennac, une histoire qui ressemble un peu à un conte de fées. J’ai apprécié dans le récit de jolies trouvailles de style, des affleurements d’émotion mais je n’ai pas été touchée plus que ça. Peut-être l’impression que je lisais pour la énième fois un livre inter générationnel qui n’apportait rien de nouveau au genre. A relire dans quelques années, pour une redécouverte que j’espère plus probante.

Note :

Fanny Saintenoy (1971) – Française
119 pages – 2011 – ISBN : 978-2-0812-6772-5

Emmanuelle & Benoît de Saint Chamas – Strom (T.2)

23/12/2011

Emmanuelle & Benoît de Saint Chamas – Strom (T.2)Résumé :

Raphaëlle et Suzanne sont en vacances chez les parents de la seconde quand elles découvrent dans le château un passage secret qui mène à un portail d’outre-temps. Mais ces passages permettant de rejoindre une autre sphère temporelle ne sont pas à double sens. Tristan va donc se lancer à leur recherche tout en donnant des informations précises à son filleul pour qu’ils puissent se donner des nouvelles. Débarqués en Egypte aux alentours de 2100 avant J.-C, ils devront lutter contre la menace qui pèse sur le royaume et venir en aide à la reine Nitokris, que le fils d’Horus cherche à supplanter.

Extrait :

Comme s’il voulait se rappeler à son bon souvenir, son ventre se mit à gargouiller. Après tout, il n’avait pas mangé depuis… quatre mille ans.
-Bon appétit ! se souhaita Tristan.
Il mordit à pleines dents dans ce casse-croûte.
Le sandwich poussa un hurlement.
Tristan, surpris, le lâcha, et c’est Sparadrap qui atterrit rudement sur le sol. Il se frotta l’arrière-train en maugréant :
-Sieurrr Rrraphaël a fait exprrrès.
Son estomac était sûrement déçu, mais Tristan, lui, éclata de rire.
-Bien joué, Raphaël !
Ainsi, son filleul avait eu la présence d’esprit de lui confier, sans le lui dire, son fidèle compagnon. Tristan était touché par cette attention. Sans compter que les facultés de transformation du komolk lui seraient sûrement utiles.
-Bien joué ? s’offusqua la créature. Vous voulez que je vous crrroque le derrrièrrre ?
Tristan lui  donna une petite tape amicale.
-Pardonne-moi, mais tu avais l’air tellement appétissant. Je suis bien content que tu sois là. Nous allons faire une belle équipe.
-Loin de sieurrr Rrraphaël, ça me ferrra des vacances, maugréa Sparadrap.
Tristan plaça sa main en lisière et observa longuement la vallée.

Avis :

J’ai beaucoup apprécié ce second tome dont j’ai trouvé le rythme plus enlevé (en même temps, on entre assez vite dans le vif du sujet vu que l’on connaît déjà les personnages). Et puis les voyages dans le temps sont un sujet plutôt attrayant, et que les auteurs ont su traiter de façon amusante. Raphaël et Raphaëlle sont toujours aussi sympathiques et courageux et de plus en plus doués pour se tirer de situations périlleuses. Le personnage de Suzanne est vraiment drôle et on est absorbés par les aventures de nos héros de la première à la dernière ligne. Mention spéciale pour Sparadrap qui est lui aussi désopilant. Et l’intrigue prend de la consistance, est construite avec minutie jusqu’à la révélation finale, qui introduit d’ailleurs un nouveau suspense. Je n’ai plus désormais qu’à me jeter, telle une hyène affamée, sur le dernier opus.

Note :

Emmanuelle (1973) et Benoît (1970) de Saint Chamas – Français
353 pages – 2011 – ISBN : 978-2-09-252968-3

Fabien Clavel – L’Apprentie de Merlin (T.1)

20/12/2011

Fabien Clavel - L'apprentie de Merlin (T.1)Résumé :

Ana est une jeune fille de treize ans qui vole pour vivre et pour faire vivre sa famille. Un jour, elle s’empare de la bourse d’un voyageur, mais ce denier n’est autre que Merlin. Cet homme la prend alors pour domestique. Alors que la guerre se prépare, Merlin va confier de plus en plus de responsabilités à Ana. Initiée aux pouvoirs de son maître, la jeune fille doit choisir le prince chargé de ramener la paix sur le royaume de Brittania.

Extrait :

L’élève accéléra le pas pour se placer devant le mage.
-Pourquoi me sauver alors ? Je n’ai aucune importance à vos yeux. Vous auriez pu prendre n’importe qui !
L’homme planta son regard dans celui de la jeune fille. Ses sourcils sombres accentuaient l’éclat verdâtre de ses pupilles.
-Dois-je te rappeler que ce n’est pas moi qui suis venu te chercher ? Que c’est ton larcin qui m’a obligé à venir récupérer mon bien ?
-Et après ? fit Ana en tapant du pied. Vous ne me dites pas toute la vérité.
Merlin gronda d’un air maussade :
-Tu veux la connaître ? Libre à toi. Je ne t’ai pas choisie. Tu m’as choisi.
Décontenancée, Ana recula d’un pas.
-Que voulez-vous dire ?
Comment crois-tu que je suis arrivé si vite pour tuer ce loup ? Comment ai-je su que tu étais menacée par le cavalier noir ? Tu n’en as sans doute pas conscience, mais dans ces deux cas-là, tu m’as appelé. Tu as hurlé mon nom dans la forêt.
-J’ai crié à l’aide ?
-Non, pas un mot n’est sorti de ta bouche. Mais chaque fibre de ton corps m’invoquait, réclamait ma présence.
Troublée, la jeune fille resta un moment silencieuse. Comment cela était-il possible ?

Avis :

Ce roman a visiblement du succès chez les ados, et je verrai bien ce qu’en dira ma classe de 4èmes qui le lira dans le cadre des Incos. Pour ma part, j’ai mis du temps à rentrer dedans car le début est quand même assez mystérieux, et j’avoue n’avoir pas toujours bien compris à quoi Ana allait bien pouvoir servir. Mais tant mieux car beaucoup de mystères planent sur ce premier tome.  La jeune fille est attachante car elle peine à trouver sa place dans un monde où ses parents la rejettent (gros bémol à ce niveau tant la mère d’Ana est la caricature d’une mégère et misérable ivrogne), où Merlin est finalement assez distant et où elle est donc bien seule. C’est à la fois fascinant : Merlin est un personnage très ambivalent qui ne laisse que très peu transparaître ses sentiments face à cette jeune fille en quête de reconnaissance ; et en même temps frustrant : on ne sait pas trop où l’auteur nous emmène. Mais petit à petit se dessine aussi le destin du futur roi Arthur et on est impatient de connaître la suite. Les passages de combats m’ont paru un peu longs mais j’ai plutôt apprécié dans l’ensemble et je trouve ça bien que dans un univers très masculin, on ait une héroïne qui n’a pas froid aux yeux.

Note :

Fabien Clavel (1978) – Français
341 pages – 2010 – ISBN : 978-2-7511-0385-8

Olivier Peru et Patrick Mc Spare – Les Haut Conteurs (T.1)

17/12/2011

Olivier Peru et Patrick Mc Spare - Les Haut Conteurs (T.1)Résumé :

L’histoire se déroule en Angleterre à la fin du XIème siècle. Le jeune Roland (le fils du grand Robert, l’aubergiste) rêve d’aventures et l’arrivée d’un Haut Conteur dans son village est un véritable évènement. Ces chasseurs d’histoires parcourent le pays, résolvent des énigmes puis racontent leurs aventures avec un talent qui fait toute leur renommée. Lorsque maître Corwyn, un Haut Conteur, disparaît dans la forêt des environs, le jeune garçon va partir à sa recherche. Il ne sait pas que cette quête va transformer son existence : il retrouve maître Corwyn mourant, qui lui confie un secret et sa cape pourpre, faisant de Roland un Haut Conteur. Dans un monde où les goules se repaissent des cadavres, Roland partira sur les traces du secret de maître Corwyn avec l’aide de Mathilde la Patiente, ancienne disciple du Haut Conteur qui va former Roland.

Extrait :

-Ce que je vais vous confier… vaut bien plus que ma vie. Vous ne devez répéter mes paroles qu’aux personnes dont je vais vous donner les noms. Est-ce que vous me comprenez ?
-Oui… mais…
-Jurez-moi, sur ceux que vous aimez, que vous exécuterez mes dernières volontés. Ma caste vous récompensera.
-Mais…
-Jurez-le moi ! Je n’ai que vous en qui placer les derniers mots…
-Je jure d’accomplir ce que vous me demandez, promit Roland. Je le jure… Mais laissez-moi vous ramener à Tewkesbury et ensuite je vous écouterai.
-Non… Vous allez m’écouter maintenant. Mes yeux ne distinguent plus que des taches sombres, mes mains sont froides comme la mort, mon corps ne m’obéit plus. Mon temps est fini… Il ne me reste plus que ma voix et la vôtre, la seule que j’aie entendue depuis des jours… vous avez presque une voix de roi… une voix d’homme courageux et franc… vous devez m’aider… votre voix sera la mienne, grogna l’homme en ouvrant sa chemise pour en tirer un vieux rouleau de cuir à l’intérieur duquel était enroulé un parchemin.
-Je vous aiderai, promit le garçon en réalisant que le conteur ne le reconnaissait pas et qu’il le prenait pour un homme en raison de sa voix cassée par son labeur à l’auberge.
-Alors, écoutez-moi bien, brave inconnu… Retenez bien tout ce que je vais vous avouer… Que Dieu vous garde et qu’il vous protège du pouvoir de cette page, murmura-t-il en plaçant le parchemin dans les mains de l’adolescent.

Avis :

Un roman sympathique qui s’ancre dans le Moyen Âge anglais, sur fond de légendes fantastiques qui ont toutes un fond de réalité. La quête dans laquelle Roland s’engage promène le lecteur à travers des paysages peu rassurants, notamment des cimetières visités par les goules, à la poursuite d’un démon ancestral redouté : l’Upyr. J’ai aimé la dimension fantastique du roman, qui est en même temps très documenté puisqu’on a vraiment le sentiment qu’il s’enracine dans une terre réelle. Par contre, j’ai trouvé le style un peu plat. C’est plutôt bien écrit, les héros sont animés par de nobles sentiments mais manquent un peu de relief. Je pense qu’une pointe d’humour et d’émotion supplémentaires aurait pu donner un petit plus à ce roman car il reste assez froid finalement.

Note :

Olivier Peru (1977) & Patrick Mc Spare – Français
305 pages – 2010 – ISBN : 978-2-7511-0384-1

Emmanuel Carrère – Limonov

14/12/2011

Emmanuel Carrère - LimonovRésumé :

Emmanuel Carrère propose dans ce livre une biographie de Limonov qui se base sur les romans autobiographiques du héros, des interviews de lui, et bien sûr sur le regard que Carrère porte sur son sujet.  De façon plus générale, ce roman nous parle de l’Histoire de la Russie au XXème siècle

Extrait :

Je vis dans un pays tranquille et déclinant, où la mobilité sociale est réduite. Né dans une famille bourgeoise du XVIème arrondissement, je suis devenu un bobo du Xème. Fils d’un cadre supérieur et d’une historienne de renom, j’écris des livres, des scénarios, et ma femme est journaliste. Mes parents ont une maison de vacances dans l’île de Ré, j’aimerais en acheter une dans le Gard. Je ne pense pas que ce soit mal, ni que cela préjuge de la richesse d’une expérience humaine, mais enfin du point de vue tant géographique que socioculturel que la vie m’a entraîné très loin de mes bases, et ce constat vaut pour la plupart de mes amis.
Limonov, lui, a été voyou en Ukraine ; idole de l’underground soviétique ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain à la mode à Paris ; soldat perdu dans les Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends sur ce point mon jugement. Mais ce que j’ai pensé, simplement après avoir trouvé drôle l’anecdote des lavabos à Saratov, c’est que sa vie romanesque et dangereuse racontait quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Quelque chose, oui, mais quoi ? Je commence ce livre pour l’apprendre.

Avis :

J’aime beaucoup Emmanuel Carrère mais je craignais un peu d’être déçue vu que le sujet de ce livre ne m’est guère familier. J’ai finalement été agréablement surprise : la vie de Limonov est haute en couleurs et l’auteur sait la rendre vraiment attractive. J’ai particulièrement aimé suivre les aventures rocambolesques de Limonov à New York. Carrère fait un travail tout à fait remarquable : il ne cesse d’aller et venir entre la petite histoire et la Grande. Il nous fait part de son admiration pour Limonov mais avec des nuances, des interrogations qui restent sans réponse, et surtout il s’essaie à une tâche difficile qui est de nous donner matière à réfléchir sur l’Histoire de la Russie au XXème siècle. Pour ma part, j’ai un peu moins accroché au dernier tiers du roman car j’ai parfois eu le sentiment de me perdre dans l’évocation de tous ces personnages politiques, (et ce, malgré le talent de Carrère et la clarté de ses propos). Mais il est très intéressant d’appréhender l’Histoire d’une nation qui a eu un passé si différent du nôtre. Peut-être relirai-je ce livre dans quelques années, pour mieux en saisir toute la complexité. Mais ce qui est sûr, c’est que ça donne aussi envie d’aller lire les livres de Limonov (même si la recherche sur Amazon est peu concluante : beaucoup d’ouvrages sont épuisés). Je garde donc un bon souvenir de ce livre, mais je l’ai lu à un rythme très irrégulier qui tend à me le faire voir comme inégal avec des passages qui m’ont tenue en haleine des heures durant et d’autres (plus spécifiquement politiques, shame on me) qui m’ont paru beaucoup moins digestes.

Note :

Emmanuel Carrère (1957) – Français
489 pages – 2011 – ISBN : 978-2-8180-1405-9

Timothée de Fombelle – Vango (T.2)

10/12/2011

Timothée de Fombelle - Vango (T.2)Résumé :

Vango est bien décidé à se venger de celui qui a tué ses parents, espérant aussi par la même occasion découvrir la vérité sur ses origines. Entre traque et fuite, la course éperdue de Vango se poursuit, de l’Europe à l’Amérique sur fond de montée du nazisme à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale.

Extrait :

Trois semaines plus tôt, ils ne se connaissaient même pas. C’était dans le ciel de New York, la première nuit du voyage. Ethel aurait aimé y être à nouveau et tout revivre éternellement, seconde après seconde, en commençant par les premiers mots :
-Tu ne parles jamais ?
Bien sûr, elle n’avait rien dit, c’était sa réponse à toutes les questions du monde depuis cinq ans. Elle s’était penchée avec son verre d’eau à la fenêtre. Ils étaient cent mètres au-dessus des plus hauts gratte-ciel. La nuit verticale étincelait sous eux.  Elle en chercha même pas à savoir qui s’adressait à elle.
-Je t’ai vue avec ton frère, dit-il. Tu ne dis jamais un mot. Il s’occupe bien de toi pourtant.
Cette fois, en tournant la tête, il découvrit ses yeux verts posés sur lui.
Tous les autres passagers dormaient. Elle était sortie de sa cabine pour boire de l’eau et elle avait trouvé ce garçon, assis dans l’ombre, dans la petite cuisine du dirigeable. Il épluchait des pommes de terre. Il devait travailler là comme garçon de cuisine.
Elle alla vers la porte pour sortir et rejoindre sa cabine. Elle entendit une dernière fois :
-Si tu veux, je suis là. Je reste là. Si tu ne dors pas, je m’appelle Vango.
Ces derniers mots étranges l’arrêtèrent dans son élan. Elle se les répéta.
“Et si je m’endors, est-ce qu’il s’appellera encore Vango ?” pensa-t-elle. Elle le regarda à nouveau, malgré elle. Elle vit qu’il épluchait ses pommes de terre comme des pierres précieuses, avec huit faces parfaites. Elle vit surtout qu’il ne ressemblait à rien ni personne de ce qu’elle connaissait. Elle sortit de la pièce.
Le zeppelin était déjà loin de la côte. Manhattan n’était qu’un souvenir lumineux dans le ciel.
Vango dit :
-Moi aussi, tu sais, j’ai prononcé très peu de mots dans ma vie. C’est ton silence qui me rend bavard.
Elle fit un sourire qui la trahissait.

Avis :

Mon résumé est succinct parce que je ne voudrais pas dévoiler l’intrigue ; et puis de toute façon, je serais bien incapable de trier les informations tant l’histoire est complexe. Toujours est-il que j’ai dévoré ce second tome avec autant de voracité que le précédent : on progresse (lentement mais sûrement) dans la quête d’identité de Vango. On retrouve ses fidèles alliés et ses ennemis jurés et l’auteur continue de tisser des liens de plus en plus enchevêtrés entre tous les protagonistes du récit. Le suspense est mené d’une main de maître puisqu’à chaque page, on découvre un nouvel indice et on est émerveillé de la façon dont tout se tient. Le seul bémol que je pourrais noter, c’est que j’ai été frustrée parfois que certains personnages ne soient pas assez creusés, comme Hugo Eckener par exemple, qu’on perd de vue dans ce second tome, Andreï dont le parcours devient plus que flou et Boulard qui disparaît aussi sur la fin.  Mais il est vrai que construire une intrigue d’une telle ampleur est à double tranchant ; le romancier a créé des personnages très beaux et attachants donc on a tendance à toujours vouloir en savoir plus sur eux. Après, il faut aussi démêler l’écheveau compliqué qui s’est mis en place autour du héros dans le tome précédent et donc sélectionner les éléments les plus importants ; mais je n’aurais pas été contre un peu plus de délayage, quitte à avoir droit à un troisième opus pour faire durer le plaisir. En tout cas, c’est une saga ébouriffante qui m’a fait passer des moments de pur bonheur. Avec toujours en toile de fond ce sens aigu de la poésie qui achève de donner du charme à l’écriture. Une série à mettre entre toutes les mains.

Note :

Timothée de Fombelle (1973) – Français
393 pages – 2011 – ISBN : 978-2-07-063891-8

Timothée de Fombelle – Vango (T.1)

09/12/2011

Résumé :

Sur le parvis de Notre Dame, Vango va être ordonné prêtre. La police surgit à ce moment : fendant la foule, le commissaire Boulard vient pour arrêter Vango, accusé d’avoir tué le père Jean, son ami et son protecteur. Vango, bon grimpeur, parvient à s’échapper en escaladant la cathédrale. Pourtant, des coups de feu se font entendre… alors que Boulard a ordonné à ses hommes de ne pas tirer. Qui est ce mystérieux russe à moustache qui en a après Vango ? Et cette jeune fille qui ne l’a pas quitté des yeux de toute la cérémonie ? C’est le début d’une longue traque pour Vango, et l’occasion pour le lecteur d’entamer aux côtés du jeune héros de fabuleuses aventures.

Extrait :

Vango poussa sur la pente de ce volcan éteint.
Il y trouva ce dont il avait besoin.
Il grandit avec trois nourrices : la liberté, la solitude et Mademoiselle. A elles trois, elles firent son éducation. Il reçut d’elles tout ce qu’il croyait possible d’apprendre.
A cinq ans, il comprenait cinq langues mais ne parlait à personne. A sept ans, ils grimpait les falaises sans avoir besoin des pieds. A neuf ans, il nourrissait les faucons qui plongeaient sur lui pour manger dans sa main. Il dormait torse nu sur les rochers avec un lézard sur le cœur. Il appelait les hirondelles en sifflant. Il lisait des romans français que sa nourrice achetait à Lipari. Il montait en haut du volcan pour se mouiller les cheveux dans les nuages. Il chantait des berceuses russes aux scarabées. Il regardait Mademoiselle couper les légumes avec des facettes impeccables, comme on taille les diamants. Puis il dévorait sa cuisine de fée.

Pendant sept ans, Vango crut qu’il n’aurait besoin de rien d’autre que de la douceur de Mademoiselle, que du monde sauvage de l’île, que du soleil et de l’ombre de son volcan.
Mais ce qui arriva autour de ses dix ans transforma sa vie pour toujours. A cause de cette découverte, son morceau d’île lui parut tout à coup minuscule. Ce fut en lui comme un incendie sous la mer. Le monde changea de couleur à ses yeux.
En remettant les pieds sur son petit paradis, il ne pourrait plus jamais s’empêcher de regarder, au-delà des falaises et du dernier rocher, l’horizon et le ciel.

Avis :

J’ai adoré ce premier tome ! J’ai quand même eu un peu peur au début : il y a énormément de personnages, d’aventures, de liens qui se tissent petit à petit, tout cela nous incite à rester bien attentifs. Mais c’est tellement bien fait ! Timothée de Fombelle construit son récit d’une main de maître, et comme avec Tobie Lolness, j’ai été envoûtée par la plume de ce talentueux auteur. Il joue avec les mots d’une façon merveilleusement poétique, il nous rend accros aussi bien à l’histoire qu’aux personnages. En plus, il parle de zeppelins, du début du XXème siècle, sur fond d’entre-deux guerres, mais sans tomber non plus dans le récit historique dogmatique. Chaque personnage est construit par petites touches, on apprend à les découvrir et à les aimer progressivement quand soudain, on se rend compte que ce livre est purement génial et que si on ne bossait pas le lendemain, on aurait bien suivi Vango jusqu’au bout de la nuit. Je me suis donc plongée illico dans le second tome, tout aussi prenant pour l’instant… mais il sera l’objet d’un autre article. En tout cas, ce roman est un petit bijou qu’il faut se procurer au plus vite.

Note :

Timothée de Fombelle (1973) – Français
371 pages – 2010 – ISBN : 978-2-75-11-0386-5

Emmanuelle & Benoît de Saint Chamas – Strom (T.1)

01/12/2011

Emmanuelle et Benoît de Saint Chamas - Strom (T.1)Résumé :

Raphaël et Raphaëlle sont jumeaux et orphelins. Ils vivent avec leur parrain, Tristan, qui est journaliste. Un jour, il déclare vouloir leur faire une surprise et les emmène au Louvre : ils y découvrent l’existence d’une société secrète, la confrérie des Chevaliers de l’Insolite, dont ils vont pouvoir faire partie. Ils mènent désormais une double vie et apprennent l’existence de mondes parallèles, tout en développant leurs capacités mentales. Lorsque leur oncle se fait voler un précieux ordinateur, ils vont avoir l’occasion de montrer qu’ils sont dignes d’appartenir à la confrérie.

Extrait:

-C’est dingue comme tu lui ressembles… On lui enlève les lunettes et on lui met une perruque et boum ! c’est toi. En plus, vous avez le même prénom…
Raphaëlle soupira.
-Ça doit juste être la millionième fois qu’on me le dit, fit-elle en épinglant une nouvelle photo de vacances sur son pêle-mêle.
Il fallait reconnaître que son amie avait raison. Elle était bien le portrait craché de son frère, avec le même visage triangulaire, les mêmes traits fins, les mêmes yeux noisette légèrement en amande.
-Je détesterais avoir un frère jumeau, dit Suzanne en fronçant le nez. J’aurais l’impression d’être… euh… une photocopie.
-Sympa, merci pour la photocopie.
Raphaëlle et Suzanne s’étaient connues cinq jours auparavant, le jour de la rentrée scolaire.

Avis :

Même si cette série a un petit air de déjà-vu (sociétés secrètes, super pouvoirs et quête initiatique), la sauce prend puisque les personnages sont plutôt sympathiques. L’intrigue est bien construite et parsemée d’énigmes qui raviront petits et grands. Petit à petit, on se prend au jeu et on n’a plus envie de lâcher le roman. Ce qui est bien aussi, c’est que la fin invite à lire la suite, mais sans pour autant nous laisser sur un suspense insoutenable. Bon, j’avoue quand même que je suis très tentée par les deux tomes suivants mais ça tombe bien car ils sont déjà sortis.

Note :

Emmanuelle (1973) et Benoît (1970) de Saint Chamas – Français
299 pages – 2010 – ISBN : 978-2-7511-0379-7

Jean-Michel Payet – Mademoiselle Scaramouche

28/11/2011

Jean-Michel Payet - Mademoiselle ScaramoucheRésumé :

Lorsque son père, un maître d’armes renommé, se fait tuer au cours d’un duel, Zinia Rousselières venge son honneur en combattant et en vainquant son assaillant. Mais cette jeune orpheline doit ensuite faire profil bas car on cherche à l’interroger sur les circonstances de la mort du jeune homme. Pourtant, Zinia n’est pas au bout de ses surprises : lorsque le caveau familial est ouvert, elle découvre que Zinia Rousselières y repose déjà aux côtés de sa mère. Quelle est donc la véritable identité de Zinia ? C’est dans cette quête riche en rebondissements que la jeune fille va se lancer.

Extrait :

-Lorsque tu es sortie de cette fièvre maligne, tu étais encore toute maigre et fragile. On ne te reconnaissait pas et, surtout, tes cheveux avaient changé de couleur. ta mère expliqua que c’était dû au remède qui t’avait sauvée. Les boucles qui s’échappaient de ton bonnet étaient devenues rouges.
Tout en disant cela, Suzanne continuait à caresser les longues mèches de la jeune fille, ces cheveux flamboyants qu’elle admirait.
-Du temps passa et les bruits qui couraient dans le bourg s’estompèrent peu à peu. pour finir, le regard de ton père sut faire taire toutes les langues. Puis ce fut à ta mère de tomber malade, mais elle n’eut pas ta chance. En peu de jours, elle rendit son âme à Dieu. Elle fut portée en terre par les quelques proches que tolérait ton père. Voilà. tu sais tout ce que je sais.

Avis :

J’ai passé un bon moment en compagnie de ce livre. Même si les rebondissements sont trop nombreux (à chaque chapitre, un nouvel imbroglio se met en place), ça a le mérite de divertir efficacement le lecteur. Par contre, je me demande si c’est très lisible pour un ado de treize-quatorze ans car déjà pour ma part, je n’étais pas loin d’avoir besoin de prendre des notes pour m’y retrouver. Il n’empêche qu’au fil des chapitres, j’y ai pris goût et le suspense étant efficace, je n’ai plus eu envie de lâcher le roman. Même si certaines scènes sont invraisemblables, notamment vers la fin, j’ai aimé découvrir le Versailles de Louis XIV, les troupes de théâtre itinérantes du XVIIème siècle, croiser Molière au coin d’un chapitre (eh oui car Zinia, en plus de démêler la pelote très enchevêtrée de son identité, rencontre du beau monde !). Zinia est un personnage sympathique et j’ai pris plaisir à découvrir sa vie palpitante le temps d’un roman. Une petite bouffée d’oxygène après le côté un peu plan-plan des livres précédents.

Note :

Jean-Michel Payet (1955) – Français
382 pages – 2010 – ISBN : 978-2-7511-0382-7

Cécile Chartre – Poil au nez

13/11/2011

Cécile Chartre - Poil au nezRésumé :

Angel vit seul avec sa mère depuis dix ans. Dix ans que son père n’est plus là mais qu’il tient à porter comme lui la moustache. En ce 31 décembre 1999, tous ses amis débarquent chez lui pour préparer le réveillon. Mais Angel n’a pas très envie de les voir ; il attend avec impatience qu’il soit minuit pour pouvoir ouvrir la boîte que son père lui a remise il y a exactement dix ans.

Extrait :

De temps en temps, je sors l’album, celui qui est rangé dans la malle, à côté du canapé. maman appelle ça sa malle aux souvenirs, et je crois que ça ne lui fait pas de bien de se replonger dans tout ça. Dedans, elle y a gardé vos premiers mots d’amour, une rose, les vêtements que je portais à la naissance, mes premières chaussures, et cet album photo. Elle ne l’ouvre pas très souvent, cet album-là. Seulement quand je pose trop de questions. Seulement quand je crève tellement de ton absence qu’elle n’a plus le choix. Il faut qu’elle me parle. De moi, d’elle, et de toi, surtout de toi. Alors, elle déballe notre vie d’avant. Et je m’attarde sur les photos, les tiennes, les siennes. Les vôtres. Et c’est l’occasion pour elle de me raconter comment c’était, avec toi. Et moi, je n’ai plus qu’elle, pour savoir. Elle est devenue notre mémoire, maman. Notre mémoire à nous trois.

Avis :

Un petit livre qui se lit vite, rapide et efficace. L’histoire n’a rien de révolutionnaire : Angel est un jeune lycéen qui doit aller de l’avant malgré son passé douloureux. Le personnage est désarmant mais j’ai été un peu agacée par la focalisation interne adoptée tout au long du récit et qui fait que les pensées d’Angel sont adressées à son père. Bien sûr, j’en comprends le sens mais ça donne au récit un côté très artificiel qui m’a assez vite fatiguée (heureusement que le livre n’était pas très long). Encore un roman jeunesse qui me paraît très formaté : moultes difficultés à surmonter pour pouvoir grandir, tel sera le lot encore une fois de cet adolescent. Alors certes, chacun passe par un moment difficile durant la période de l’adolescence, durant lequel il va devoir apprendre à se construire et à trouver sa place dans la vie. Néanmoins, n’y aurait-il pas moyen de transcender le regard porté sur cette période transitoire en lui redonnant son relief, en lui rendant sa part de rêves fous et d’imagination détonante ? Moi à cet âge-là, je lisais pour m’évader, pour atteindre quelque chose qui allait métamorphoser mon quotidien, pas pour être perpétuellement renvoyée à ma triste condition d’ado. Décidément, les romans pour ados à problématique “sociologico-bien pensante” et tout dégoulinants de bons sentiments commencent à me taper sur le système. Et Poil au nez en fait les frais.

Note :

Cécile Chartre (1971) – Française
90 pages – 2010 – ISBN : 978-2-7511-0383-4

Claire Clément – La petite Caillotte

12/11/2011

Claire Clément - La petite CaillotteRésumé :

Line a perdu sa maman une semaine après la naissance de son petit frère, Titouan. Dans un premier temps, elle n’a pas voulu s’occuper de ce bébé qu’elle tenait pour responsable de la mort de sa mère. Mais Caillotte (c’est ainsi que l’appelait sa Mamou) s’est finalement attendrie pour ce petit garçon qui souffrait du manque d’amour de sa famille. Par contre, son père et son grand-frère Tony font comme si l’enfant n’existait pas et quand la nourrice de l’enfant se casse le col du fémur, l’assistante sociale menace de placer Titou en famille d’accueil. Line a aussi un secret : elle a fait une rencontre extraordinaire dans la montagne. Un ours qu’elle a nommé Ivan. Mais les chasseurs veulent faire une battue pour se débarrasser de l’animal. Caillotte est bien décidée à se battre pour ceux qu’elle aime.

Extrait :

Pourtant, depuis sa visite chez oncle Willy, Line avait réagi pour sortir Titou de sa léthargie. Elle l’avait arraché à la mort qui déjà le tenait par un pied ! Jalais elle n’avait eu à combattre une telle forcenée, jamais elle ne se serait crue capable de cette énergie !
Line avait commencé à lui parler. Tout le temps, et de tout. Elle lui désignait par leur nom ce qu’elle lui donnait à manger, les bruits qu’ils entendaient. Elle lui racontait les histoires qu’elle connaissait, d’autres qu’elle inventait.
Elle l’avait conduit dans la forêt. Titou avait découvert le chant des oiseaux : celui mélodieux du bec-croisé, et celui strident de la bergeronnette. Line lui avait présenté l’écureuil dans sa niche, les deux hiboux amoureux. Elle lui avait montré les baies rouges qu’il ne devrait pas manger :
-Tu entends, Titou ? C’est du poison. Et le poison, ça tue.
Elle l’avait emmené au bord d’un torrent tumultueux, celui qui serpentait en bas de la maison. Elle lui avait montré le hoche-queue qui chasse les insectes au-dessus de l’eau, le cincle plongeur qui pique une tête dans le courant pour attraper les poissons ; la plage de sable et de cailloux où un jour ils iraient se baigner tous les deux. Elle avait même trempé un bout de son petit pied dans l’eau. Titou avait hoqueté de surprise en faisant la grimace. La petite Caillotte avait éclaté de rire. Lorsqu’elle riait, il essayait de l’imiter. Line lui avait appris à rire. Oh, son premier rire  ! Ce eptit bruit de gorge qui, un jour, l’avait saisi, timide, comme un minuscule moteur enroué. Titou lui-même en avait été étonné. Line s’était mise à pleurer et avait serré son petit frère très fort dans ses bras.
C’est ainsi que la mort avait lâché prise.
Aujourd’hui, son rire, Titou l’a gardé. C’est un rire solide qui n’est pas près de s’en aller.

Avis :

Ça doit être le fait d’enchaîner les romans jeunesse en ce moment mais j’ai été un peu lassée par les bons sentiments que prônait celui-ci. Je suis quand même entrée dans l’histoire et j’ai été attendrie par Caillotte et Titou, mais je ne sais pas, c’est sans doute le fait d’avoir à chaque fois un personnage tout mignon ; on se dit : “il est trop chou, les choses ne peuvent que s’arranger pour lui” et effectivement, c’est ce qui se passe. Bien sûr, les personnages sont confrontés à l’adversité, mais on sait déjà qu’ils vont s’en sortir sans qu’on ait pu vraiment trembler pour eux. Après, je ne suis plus dans la peau d’une ado, et peut-être que quand on entre dans cette période, on a besoin d’entendre un discours doux et rassurant (ça me rappelle le ton employé par Françoise Dolto dans Le complexe du homard). Il n’empêche que trop de bons sentiments tuent les bons sentiments et que je regrette parfois le manichéisme de la littérature jeunesse. Autre point que j’aurais à reprocher à ce roman : son invraisemblance par moments, notamment dans la relation qui unit Line à l’ours. Autant la développer progressivement, ça aurait pu ajouter une touche d’émotion au roman ; autant là, ce n’est absolument pas crédible. Bref, un bilan en demi-teinte pour moi mais ce roman plaira sans doute davantage aux plus jeunes.

Note :

Claire Clément – Française
226 pages – 2010 – ISBN : 978-2-7511-0376-6

Véronique Delamarre Bellégo – SOS ange gardien

11/11/2011

Véronique Delamarre Bellégo - SOS ange gardienRésumé :

Kévin vit seul avec sa maman dans une cité. La vie n’est pas toujours rose et il aurait bien besoin d’un ange gardien pour venir lui donner un coup de main… Sitôt dit, sitôt fait : une jeune fille apparaît, elle peut lire dans ses pensées et lui donner des conseils. C’est une petite voix qui parle dans son cœur et qui lui dit qu’elle est là pour l’aider à traverser une mauvaise passe.

Extrait :

Je me lève, me regarde dans la glace du couloir : c’est bien moi, le Kévin du bâtiment C, de la 5e E, le “Ké-vain t’es moins que rien” de tous les jours.
Sauf que, là, ce matin, je n’en suis pas bien sûr, mais il vient peut-être de m’arriver un truc exceptionnel.

A moi, le presque fils de Kevin Costner et de ma maman qui m’a donné la vie.

Putain, c’est de la folie.

J’entends une petite voix dans mon coeur.

“J’aime pas les gros mots. C’est pas beau.”

C‘est vrai, moi non plus je n’aime pas vraiment les gros mots. J’en dis parce que ça le fait, tout le monde en dit, si t’en dis pas t’es zarbi – bizarre, quoi.
OK, je reprends.
Pour faire plaisir à la petite voix :

Purée, c’est de la folie !

Avis :

Un petit roman bourré de bons sentiments mais qui fait du bien au moral. Kévin est un personnage attachant, un ado un peu paumé dans lequel chaque jeune lecteur pourra retrouver une part de ses angoisses. Son ange gardien lui apporte une bouffée d’oxygène et d’espoir. Voilà une jolie fable sur la vie, servie par une écriture qui fait mouche : ce sont les pensées de Kévin dont on perçoit progressivement l’évolution. C’est quelqu’un de bien mais qui ne sait pas trop où il va et son ange gardien lui donnera un petit coup de pouce. On voudrait bien comme Kévin avoir une petite voix dans le cœur pour nous souffler des mots gentils quand ça ne va pas fort.

Note :

Véronique Delamarre Bellégo – Française
151 pages – 2010 – ISBN : 978-2-7511-0377-3

Christophe Léon – Granpa’

10/11/2011

Résumé :

John vit avec son grand-père depuis l’âge de huit ans car ses parents sont morts dans un accident. Il l’accompagne pour saboter des machines de l’Arizona Oil Company. Car Granpa’ a déjà dû renoncer à son premier ranch : on a inondé ses terres pour construire une base nautique. Mais cette fois, il est bien décidé à ne pas se laisser faire.

Extrait :

Cet après-midi-là, nous avions parcouru des dizaines de miles sur les terres du ranch. Vers la tombée du jour, nous nous étions arrêtés sur les bords de la rivière Grante où mon grand-père et moi pêchions certains samedis. Les chevaux avaient bu en pataugeant dans le lit de la rivière. Granpa’ avait plongé dans l’eau courante son chapeau Stetson à larges bords. Il s’en était servi pour s’asperger le visage. Des gouttes de rivière s’étaient accrochées à ses sourcils. Les rayons du soleil couchant irisaient ces perles d’eau. Ils leur conféraient l’éclat sanguin du rubis.
-Fiston, j’ai quelque chose à te dire. Mais avant ça, je voudrais que tu regardes attentivement autour de toi. Oui, c’est ça. Que tu observes les arbres, les bêtes, et même le plus minuscule des insectes comme s’ils étaient de ta propre famille. je voudrais que tu manges l’air. Ne te contente pas de simplement le respirer. Sens-le vibrer dans tes poumons, te nourrir. Et je veux que tu me dises si ça vaut vraiment le coup.
-Qu’est-ce qui vaut le coup, Granpa’ ?
-De vivre, fiston. De vivre…
Pas encore huit ans et mon grand-père me demandait si ça valait le coup de vivre ! J’avoue que la question m’avait parue idiote. Ce fut avec un sourire moqueur devant l’énormité de celle-ci que j’avais répondu :
-Bien sûr, Granpa’ !
-Alors souviens-t’en et écoute ce que j’ai à te dire, fiston…

Avis :

Le sujet du livre ne m’inspirait vraiment pas et ce fut pourtant une jolie surprise : car avant de parler de ranches et de compagnies pétrolières, il évoque la relation privilégiée qui existe entre John et son grand-père. Dans les flashbacks de John, on lit tout l’amour et toute l’admiration qu’il porte à Gran’Pa. Cet homme est attaché à des valeurs simples et essentielles, qu’il est prêt à défendre coûte que coûte. A son contact, John apprendra la vraie valeur de la vie. Le livre est par ailleurs extrêmement bien écrit, ce qui donne à la réflexion menée par l’auteur tout le relief et la beauté nécessaires.

Note :

Christophe Léon (1959) – Français
59 pages – 2010 – ISBN : 978-2-7511-0380-3

Myriam Gallot – L’heure des chats

09/11/2011

Myriam Gallot - L'heure des chatsRésumé :

C’est le dernier été d’Elise avant sa rentrée au collège où elle sera à l’internat. Alors elle veut profiter des moments passés avec Basile, son amoureux. Mais les grands qui traversent le village en mobylette et fument du cannabis troublent la tranquillité et l’insouciance de nos jeunes héros. Basile se met à traîner avec les grands et délaisse Elise qui, de son côté, recueille un chaton abandonné et fait la connaissance de “la vieille aux chats”. Cette vieille femme vient très tôt le matin nourrir les chats du cimetière et c’est dans son jardin que les jeunes du village viennent cueillir leur cannabis. Elle a une allure effrayante et des rumeurs circulent sur elle mais Elise commence à se lier d’amitié avec elle.

Extrait :

Je vois souvent Julie, Stéphanie et Pierrick. Avec eux, je suis ravie de redevenir une enfant car je sais de moins en moins ce que je suis. Une adolescente ? Pas encore. Une adulte ? Encore moins. Une enfant ? Plus vraiment. Eux ne se posent pas de questions, tout leur paraît évident, naturel. J’étais comme ça aussi, avant. Je ne le suis pas rendu compte que je changeais.
Je passe devant l’école du village et je suis envahie d’un drôle de sentiment, surtout quand je pense que je ne ferai jamais plus ce trajet le matin, de la maison à l’école. Quand je pense que je n’irai plus jamais à cette école. Je crois que c’est cela qu’on appelle la nostalgie. Mais je n’ai personne avec qui partager ce sentiment.

Avis :

Ce roman décrit avec beaucoup de délicatesse et sans tomber dans des clichés éculés le délicat moment du passage de l’enfance à l’adolescence. Il est écrit du point de vue d’Elise et on s’attache très vite à cette toute jeune fille (en même temps qu’on est très vite en colère après Basile). On apprend beaucoup de choses de façon détournée : Elise grandit au cours de l’été qui précède sa sixième et le lecteur saisit à travers son regard d’enfant des bribes de l’histoire de son village. J’ai été séduite par la densité de ce récit mais je ne sais pas si sa densité fait complètement écho chez de jeunes lecteurs parce que l’auteure mène une réflexion beaucoup plus adulte qu’elle ne le semble à première vue.

Note :

Myriam Gallot (1978) – Française
155 pages – 2010 – ISBN : 978-2-75-110378-0

Gigi Bigot & Pépito Matéo – Les chaussures

08/11/2011

Gigi Bigot & Pépito Matéo - Les chaussuresRésumé :

Cet album raconte la vie d’une paire de chaussures, dont l’existence est bouleversée par l’arrivée de la guerre. Ces chaussures sont aux pieds d’une petite fille mais ce n’est qu’à travers le point de vue des chaussures que la perception des choses est envisagée.

Extrait :

Mais voilà qu’un matin, le chant d’un oiseau les a réveillées. C’était comme une caresse de printemps. Cet oiseau-là semblait très affairé : il n’arrêtait pas d’aller et venir, avec une brindille au bec, ou de la mousse ou bien encore une plume ! Son manège a duré des jours et des jours !
Il faut dire qu’il n’avait pas de temps à perdre : il construisait sont nid, un nid douillet pour son petit… tout au fond de l’une des chaussures. Lui non plus n’avait sans doute pas de quoi s’abriter. N’empêche, quand l’œuf a éclos, il en est sorti un petit oiseau tout ébouriffé, mouillé-collé avec une plume jaune sur le côté.

Aussitôt, dans un silence à tout casser, à tue-tête, il s’est mis à chanter !

Avis :

C’est un album tout en subtilité et en délicatesse. Faire parler les chaussures donne à l’histoire un caractère très poétique. Ce récit initiatique nous laisse entrevoir de façon très pudique le désarroi et le désespoir liés à la guerre, mais aussi la possibilité de tout recommencer. Les illustrations d’Isabelle Chatellard sont très parlantes et invitent à la double lecture : elles nous font comprendre que les chaussures ne sont pas magiques mais qu’elles évoquent par métonymie une souffrance beaucoup plus réelle : celle des populations touchées par des conflits qui les dépassent mais les font souffrir.

Note :

Gigi Bigot (1950), Pépito Matéo (1948) – Français
2011 – ISBN : 978-2-7511-0381-0

Annie Ernaux – L’atelier noir

23/10/2011

Annie Ernaux - L'atelier noirRésumé :

Annie Ernaux publie dans cet ouvrage son journal d’écriture de 1982 à 2005 : il s’agit des diverses interrogations qui la traversent concernant son œuvre en cours d’élaboration, ce qu’elle veut écrire, ce dont elle cherche à rendre compte dans ses livres et les difficultés inhérentes à la forme qui se posent à elle. Ce matériau nous offre un éclairage précieux sur les livres qu’elle a publiés et notamment sur Les Années, vaste projet de “roman total” qui a entraîné chez l’auteure un long questionnement sur sa mise en forme.

Extrait :

Commencer un livre, c’est sentir le monde autour de moi, et moi comme dissoute, acceptant de me dissoudre, pour comprendre et rendre la complexité du monde.

(Extrait du journal d’écriture du 5 juillet 1990)

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14 mai

C’est depuis octobre 83 que je veux faire une vie de femme, un “roman total”.
Le forme que je donnerai à la résolution de mes problèmes structurels ne peut être que celle qui correspond à qq chose de ma vie. Ce sera, dans mon livre, ce qui sera seulement et pleinement unique.
Il me paraît évident qu’une vie en narration romanesque est une imposture. Plus je pense à mon “histoire” plus elle est en “choses” extérieures (fond) et fragments (forme). les romans nous font croire que la vie est dicible en roman. Rien n’est plus une illusion. Fausseté de “l’autofiction” (en dehors de S. Doubrovsky).
Il y a un aspect auquel je pensais beaucoup il y a 10 ans, pour le RT : une vie de femme. Comment le faire voir dans ce que j’ai commencé ? (si je refuse le “je” ?).
Le pb du sensible, de l’émotionnel et de l’Histoire, non réglé.
Le pb de l’intériorité sociale, non réglé.

(Extrait du journal d’écriture de 2002)

Avis :

Voilà un livre tout à fait passionnant, surtout pour moi qui ai travaillé pendant un an sur l’œuvre d’Annie Ernaux (du coup, mon seul regret est qu’elle ne l’ait pas publié plus tôt). S’il est vrai que l’auteure inclut beaucoup de questionnements sur les formes que peut prendre son écriture au sein même de ses ouvrages en général, on se rend véritablement compte en lisant ce journal que sa préoccupation principale est l’articulation entre ce qu’elle veut dire et la forme à lui donner pour exprimer avec force la vérité qui préside à la création de chacun de ses livres. Ce livre va à l’encontre de l’image de l’écrivain-génie inspiré, il témoigne au contraire d’une recherche incessante, faite de tâtonnements et d’échecs et nous donne une idée du travail et de la difficulté que peut représenter le fait d’écrire. Un livre fort, qui laisse entrevoir encore une fois la profondeur et la qualité des réflexions qui poussent Annie Ernaux dans l’acte d’écriture.

Note :

Annie Ernaux (1940) – Française
203 pages – 2011 – ISBN : 978-2-36166-009-3

Ken Bruen – Calibre

11/10/2011

Ken Bruen - CalibreRésumé :

A Londres, un homme a décidé de rayer des la carte toutes les personnes mal élevées. Pourtant, quand il va commencer à envoyer des lettres à la police, l’assassin va vite comprendre que le Sergent Brant est un spécialiste de la grossièreté et qu’il n’acceptera pas qu’un autre que lui puisse tuer sur son territoire !

Extrait :

Merde en branche. Faut reconnaître, mec, que ces foutus Amerloques ont des expressions géniales. J’adore leur façon de jurer.
J’ai tué pour la première fois mardi dernier. Je n’arrive pas à croire que ça ait été aussi facile. Des remords ? Pas la queue d’un. Je regrette seulement de ne pas avoir commencé plus tôt.
J’ai quarante-quatre ans et je suppose que je suis ce que l’on appelle un type qui a mis du temps à trouver sa voie. Long à la détente, comme disent les Amerloques. J’aurais pu buter des cons depuis trente ans et qu’est-ce que je faisais ?
Je travaillais.
Un zombie.
Je crois que c’est Bob Geldof qui a dit que c’était la plus grande escroquerie. J’écoute I Don’t Like Mondays des Boomtown Rats et c’est exactement ce qu’il me faut. Ils ont tout pigé. La puce en silicone que j’ai dans le crâne a cramé.
Elle a mis le temps.

Avis :

Chaque nouveau livre de Ken Bruen est attendu avec impatience et sans surprise, je l’ai dévoré ! Mais c’est peut-être ce côté “sans surprise” qui a fait que je n’ai pas adoré ce 6e tome des aventures de Robert et Brant. Les personnages principaux n’évoluent plus beaucoup et il manque quelque chose pour que la magie de cette série opère encore dans sa totalité.
Une lecture agréable donc, mais qui me laisse sur ma faim. J’espère que Ken Bruen réussira à rajouter un peu de piquant et de rythme dans les prochains tomes !

Note :

Ken Bruen (1951) – Irlandais
219 pages – 2011 – ISBN : 978-2-07-078698-5